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Écoles : Blanquer siffle-t-il la fin de la récré ?

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@DR

Le jeudi 26 avril, le ministre de l’Éducation Nationale publiait quatre « recommandations » à l’attention des enseignants du primaire. Le but ? Fixer un cadre devenu chaotique et insister sur le nécessaire apprentissage des fondamentaux.

 

Réaction du syndicat SNUIPP-FSU, par la voix de sa secrétaire générale invitée de RTL Midi : « Il (Blanquer) est en train de nous dire il y a une bonne méthode, il y a un bon manuel qui existe et on en aurait pas eu connaissance, et voilà il arrive et il nous délivre tout cela (…) On est sur un ministre qui finalement ne s’adresse pas tant aux enseignants qu’à l’opinion publique, à laquelle il dit vous allez voir avec moi cela va bien se passer, je leur donne une petite notice, qui est un peu grande, hein, car elle fait 130 pages et avec cela on va avoir de bons enseignants et on va résoudre les problèmes (…) On est loin de l’école de la confiance (…)». Boum ! Le ministre, dans les cordes ?

 

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Des recommandations de bon sens

 

Pourtant, le document de 130 pages proposé par le Ministère de l’Éducation Nationale est un ensemble de « recommandations » de bon sens. Les parents d’enfants scolarisés, majoritairement effarés de la situation de l’école en conviendront. Que propose le Ministre ? Des circulaires sur la meilleure manière d’inculquer les bases de la lecture, du calcul et de la grammaire aux enfants. D’emblée, trois points s’opposent à la réaction négative des syndicats :

 

  • Le Ministre est évidemment dans son rôle en fixant les axes et le cadre aux personnels de son administration.
  • La situation inquiétante de l’école française est une évidence (nombre d’élèves ne savent plus écrire trois lignes correctement, et souvent plus lire autrement qu’en déchiffrant et pourtant… ils sont 90 % à obtenir le Brevet des collèges…).
  • Les premières victimes de la dérive bien réelle du système éducatif français sont les élèves (pour beaucoup demandeurs d’un véritable apprentissage) et les parents, lesquels souvent ne savent plus à quels saints se vouer quand ils regardent les cahiers de leurs enfants.

 

Que dit le Ministre ? Dans un entretien au Parisien, Monsieur Blanquer indique qu’il ne veut pas « uniformiser » mais « créer une référence commune », ce qui est bien le moins. Pour lui, le corps enseignant a besoin (et attend) un « cadre » clair, la liberté d’enseignement n’étant pas « l’anarchisme pédagogique ». Il est aisé d’entendre une majorité de parents d’élèves souffler un « enfin ! » de soulagement, comme lors de l’annonce de l’interdiction à venir des téléphones mobiles dans les collèges, autre mesure de bon sens qui limitera la consommation d’images pornographiques, entre autres, dans le cadre scolaire. Les livrets de 130 pages sur « l’apprentissage de la lecture au CP » envoyés aux écoles primaires visent à ce que l’école utilise « ce qui marche », selon le Ministre, c’est-à-dire « la méthode syllabique » et refuse tout compromis avec une quelconque autre manière de faire dont il est avéré qu’elle ne « fonctionnerait pas ». Monsieur Blanquer souhaite aussi un « manuel unique pour tous les élèves » en ce domaine. Pourquoi pas ? Une des difficultés pour les élèves est d’avoir à s’adapter en passant d’un enseignant à un autre, parfois même au cours d’une même année. L’absence de cohérence concernant l’apprentissage de la lecture est une évidence.  Concrètement, ce qui devrait être mis en œuvre :

 

  • priorité à la méthode syllabique.
  • retour à des leçons spécifiquement dédiées à la grammaire et à l’orthographe, et non plus seulement dilution de ces fondamentaux dans une pratique littéraire.
  • redresser le niveau d’écriture en multipliant la pratique des exercices d’écriture, avec une attention particulière portée sur le graphisme (et mise en œuvre réelle de la dictée quotidienne).
  • en mathématiques : retour de l’utilisation de comptines pour apprendre à compter et du par cœur pour les tables d’addition dès le CP et de multiplication à la fin du CE2.

 

Difficile de comprendre les réticences du Snuipp-Fsu devant ces mesures de simple bon sens, comme devant le fait que le Ministre de l’Éducation Nationale fixe le cadre dans lequel les fonctionnaires de son Ministère doivent agir. D’autant plus difficile qu’il n’y a là rien de révolutionnaire et que si ce bon sens est bienvenu il ne suffira pas à redresser la situation scolaire.

 

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Lever les tabous ?

 

Il n’est pas douteux que le fonctionnement interne de l’école, que Monsieur Blanquer veut recadrer, est une cause de l’état du système scolaire français. Ce n’est cependant pas la seule cause, et peut-être pas la plus importante. L’école est victime de deux démissions :

 

  • Une démission intérieure, face à laquelle un recadrage ne peut être qu’une première étape : démission de ces autres fondamentaux que sont l’autorité, l’effort et la transmission ; il n’y aura pas de redressement de l’école, tant en primaire que dans le secondaire, sans remise au goût du jour de ces fondamentaux. Le fait d’obtempérer à l’adulte maître du savoir à transmettre et d’être obligé à des efforts réels, conditionnant par exemple le passage d’un niveau à un autre, est une condition sine qua non d’une école redevenant lieu d’apprentissage.
  • Une démission extérieure. Le système scolaire d’un pays est directement impacté par ce qui se passe en dehors de lui, dans l’ensemble de la société, de même qu’il impacte ce même dehors. Il y a là un tabou dont le Ministre ne parle pas : l’école souffre de la transformation en cours du paysage sociétal français, autrement dit de la politique multiculturelle érigée en dogme, politique qui conduit à ce que des classes entières, dans certains « quartiers », ne comptent plus du tout d’élèves d’origine européenne ou dont la langue maternelle est le Français, ou bien sont composées d’une majorité d’élèves de culture et de religion musulmane. Ne pas poser la question de l’impact sur l’école de la transformation en cours de la société française revient à ne pas pouvoir réfléchir à des solutions adaptées.

 

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Le réel de l’école aujourd’hui ?

 

Un exemple et un témoignage récents, sur des sujets tabous qui empêcheront tout redressement de l’école tant qu’ils ne seront pas pris en considération :

 

  • L’exemple: les événements violents survenus en mars 2018 au lycée Utrillo de Stains, dans le 93, violences durant lesquels un adolescent a été frappé à coups de marteau tandis que certains maniaient la machette, arme fort peu traditionnelle en Europe. Il est frappant, au vu des photographies prises, ou des reportages réalisés, aux abords du lycée et diffusées dans les médias, de voir que la majorité des jeunes lycéennes sont voilées et que l’établissement n’est plus un lycée de culture européenne. Dans ce lycée où, aux dires des témoins enseignants, il est « devenu depuis longtemps impossible d’enseigner » et où « les élèves ne peuvent plus venir étudier en sécurité », les résultats au bac atteignent pourtant actuellement 85 %, dont 87 % en L et 92 % en STMG. Un lycée dans lequel il n’y a plus de sécurité, où la violence est devenue à ce point inadmissible et quotidienne que les enseignants exercent leur droit de retrait et que la totalité des surveillants se met en arrêt maladie, un lycée dans lequel il est devenu impossible d’enseigner et qui pourtant voit près de 9 de ses élèves sur 10… obtenir le Baccalauréat. Que dire de plus, au sujet de l’état du système éducatif français ?
  • Le témoignage: Serge, 37 ans, père d’une fille de 6 ans et d’un garçon de 9 ans. La famille habite dans une petite ville de province, préfecture de département. Témoignage sans filtre : « Dans la classe de mon fils, au moment des anniversaires, la maîtresse est obligée de vérifier sur les paquets de bonbons s’ils sont halal, vu que la majorité des élèves de la classe lui disent qu’ils ne peuvent pas en manger. Au début de l’année… on a eu un papier de l’école proposant des cours optionnels de langue étrangère, pour ceux qui le souhaitent. Les langues proposées ? Arabe, arabe et arabe… Pas anglais, pas latin, pas grec. Quand l’école emmène ma fille à la médiathèque, outre l’enseignante, le groupe est accompagné par une maman voilée. Quand c’est mon fils qui y va, le groupe est accompagné par un jeune homme barbu, la barbe des salafistes, qui garde les petits musulmans près de lui. Les petits musulmans viennent lui demander s’ils peuvent emprunter tel ou tel livre… C’est ce type qui décide. Pour moi, la sortie scolaire c’est dans le cadre de l’école, alors les beaux discours sur la laïcité hein… Je sais pas moi, je suis catholique, et on est en voie de communautarisation dans une société de plus en plus communautaire, on va vers une communauté catholique parmi les autres communautés, alors ok, je vais accompagner les gosses à la médiathèque en suivant la mode vestimentaire qui communautairement me va… Par exemple, j’ai envie de me balader dans la rue avec une grosse croix en bois sur l’épaule, alors je vais aller à la médiathèque en habits de moine avec une grosse croix sur l’épaule… Pourquoi pas ? Le voile, la barbe, ce sont des marqueurs religieux et identitaires. La croix, les fringues de moine, je peux ? Pareil, le poisson c’est terminé le vendredi. Ok. Par contre, il y a des menus au choix, pour le porc. Sans déconner, mes enfants sont dans l’école du centre-ville… Les mamans musulmanes voilées qui viennent chercher leurs gamins, elles ne leur parlent qu’en arabe. Je me souviens, moi, à l’école on me disait que la langue de la république c’est le Français… Ah ouais ? Je passe dans la rue le matin, personne ne parle français… La rue parle arabe. Sans compter qu’il y a trois cafés où pas une femme ne peut rentrer ici, pas un européen non plus d’ailleurs. Voilà, c’est comme ça, la vie ici ».

 S’il faut en effet revenir à des fondamentaux à l’école, et sur ce point le Ministre a raison, cette même question des fondamentaux doit se poser aussi à l’échelle du quotidien en dehors de l’école. Un quotidien qui voit les fondamentaux d’une république Une, indivisible, laïque, où les femmes et les hommes sont en théorie égaux et dont la langue est le Français, être battus en brèche. Il n’y aura pas de remise en ordre dans l’école sans remise en ordre à l’échelle de la République. En France, école et République sont indissociables. Leurs valeurs doivent dominer l’ensemble du champ social, même si cela se fait au détriment de telle communauté ou de telles velléités identitaires. 

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