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Éditorial de Jacques de Guillebon : De profundis droitibus

Le numéro 52 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial du numéro, par Jacques de Guillebon.

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© Valentin Deniau pour L'Incorrect

Si l’on en croit un candidat mal placé, qui ne voit autour de lui que socialisme ou centrisme, la droite, qu’il incarne seul, ne pèserait pas plus de 8 % dans ce pays. C’est en tout cas, à l’heure où nous publions, le pari désespéré que nous pouvons faire sur son score. Est-ce de sa faute ? Oui. Est-ce seulement de sa faute ? Non.

Ce score, que nous prédisons à nos risques et périls, est étonnant à plus d’un titre : quand on demande aux Français de s’identifier dans le champ politique, près de 45 % se prétendent de droite. Il se peut que les Français mentent, ou plutôt se trompent eux-mêmes et que droite suppose dans leur tête ou haine de la gauche qui leur a fait tant de mal; ou amour immodéré de la liberté ; ou volonté de s’enrichir contre un État spoliateur; ou enfin simplement refus de l’immigration; mais que rien de tout cela ne s’articule et que ce peuple, comme trop souvent les peuples, ne sache pas réfléchir plus loin que ce qu’il croit ses immédiats intérêts.

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Notre vraie faute, après cinq années sous Macron, cinq années qui eussent dû nous permettre et surtout nous obliger de réfléchir politiquement, est de n’avoir pas compris comment prendre le pouvoir. La génération des années 2010 qui a cueilli sans trop se fatiguer les fruits intellectuels de ses aînés – fruits d’une contre-offensive lancée depuis 1998 dans les pas de la Fondation Marc Bloch de Philippe Cohen et d’Élisabeth Lévy, appuyée par la puissance de feu de croiseurs comme Maurice Dantec ou Philippe Muray – cette génération aura cru qu’il suffisait d’invoquer Gramsci, de se croire nombreux à cause de la Manif pour tous, d’investir quelques pans de l’édition, de la presse, et surtout de la télé, de saturer enfin les réseaux sociaux, pour gagner à la fin. Sans plus prendre la peine de penser, ni de lire, ni d’essayer de comprendre le monde.

Cette génération qui aura fait d’un polémiste de plateau son idole – ressemblant en cela, et seulement en cela, à la France périphérique – et invoquant l’histoire toute la journée aura oublié de prendre le temps de la connaître, et surtout de la reconnaître quand elle passe à cheval sous ses fenêtres: sur les trois crises qu’a eues à vivre la France depuis 2017, Gilets jaunes, Covid, invasion de l’Ukraine, elle n’aura rien eu à dire, aucun enseignement à tirer, sinon « qu’on nous ment » et refusé l’obstacle. Le président en exercice a joué sur du velours, confronté à telle indigente opposition.

Le bilan de ces cinq années d’Emmanuel Macron aura été catastrophique. Le nôtre ne l’est pas moins

Mais plus grave peut-être, cette droite identitaire a complètement oublié son peuple, lui promettant seulement quelques espèces sonnantes et trébuchantes contre un surcroît de travail, Fillon et Sarkozy rôdant comme ectoplasmes au-dessus d’elle. Elle ne lui a rien proposé à ce peuple si loin d’elle, rien que de le débarrasser des racailles et des islamistes, saine idée mais ô combien incomplète. Quelle politique culturelle pour cette droite qui se veut « culturelle »? Aucune. Quelle politique étrangère quand le Russe attaque pour cette droite « gaulliste » et « schmitienne »? Aucune. Quelle politique sanitaire ? Encore une fois, aucune. Qu’il est loin le temps du thomisme et du maurrassisme organique quand chacun se bat pour sa liberté individuelle.

En vérité, cette droite n’aura pas été trop réactionnaire, elle ne l’aura pas assez été. Cette droite n’aura pas été trop intellectuelle ou culturelle, elle ne l’aura pas assez été. Cette droite n’aura pas eu de trop grandes valeurs, honneur ou devoir, elle n’en aura exercé aucune. Cette droite n’aura pas été trop politique, elle ne l’aura pas été du tout.

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Le bilan de ces cinq années d’Emmanuel Macron aura été catastrophique. Le nôtre ne l’est pas moins. Mais nous nous interdisons en plus de nous poser la question. Si nous voulons demeurer la droite des réseaux sociaux et des meetings, nous ne serons jamais que notre propre caricature. Personne ne nous croira. Personne ne nous rejoindra.

En vérité, si nous connaissions tant soit peu notre histoire, nous saurions qu’on ne brigue jamais le pouvoir temporel sans avoir pris le pouvoir spirituel: sans saint Rémi, pas de Clovis. On réclame une droite de l’âme, de l’esprit et du cœur surtout – car le courage sans le cœur est une impossibilité étymologique.

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