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Éditorial essais de février : Des conséquences de ce que l’on pense et de la dynamite

Le numéro 50 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial essais, par Rémi Lélian.

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Aujourd’hui, on oscille paradoxalement entre une admiration pour les idées parce qu’on aime la discussion et un mépris pour la pensée qu’on prend pour du vent, une distraction incapable de faire voler des avions. Ce n’est pas faute pourtant d’observer les conséquences concrètes de certaines philosophies dont les Golems maléfiques, tels les wokes, fruits d’un nietzschéisme morbide, tentent d’imposer concrètement leur joug. Sans parler de la profusion des méta-récits issus du post-modernisme, la faute à Nietzsche encore, qui viennent contaminer la science pour la transformer en un point de vue parmi d’autres et qui obligent l’expert à rendre des comptes au fou et à l’escroc. Nietzsche nous avait prévenus, il est de la dynamite et si rien n’existe tout est permis ; ainsi, un Youtubeur comme Didier Raoult peut tout à fait être considéré comme un grand scientifique, ce qu’il aurait paraît-il jadis été, si tant est que ce monde existe et qu’il ne soit pas simplement un récit enchâssé dans un autre, une narration à laquelle on peut renoncer à tout instant et dont on sait qu’elle ne portera pas à conséquence.

On ne pense correctement qu’en ordre

Au fond, l’ensemble du monde moderne considérant la pensée comme désincarnée donc inoffensive, a péché tout à la fois par excès de légèreté et par esprit de sérieux. Parce que la science, elle, ne s’amusait pas à fabriquer un univers, mais qu’elle tentait d’en définir l’objectivité, il valait mieux la respecter, elle – c’est faire preuve de sérieux – et laisser divaguer l’intelligence dans les contrées de la dialectique qui ne casse pas de briques – ça en revanche c’était léger. On pouvait discuter, parler de tout et de rien, imaginer des châteaux en Espagne, et pour les plus aventureux d’entre nous jouer à l’Allemand, produire des systèmes philosophiques qui nous auraient expliqué comment le monde fonctionne une fois pour toutes et pour toujours. Mais, même la perfection métaphysique d’un Hegel ou d’un Kant, quelques vérités essentielles qu’ils approchent, ne peut enclore le monde et, pour le second, se contenter de dire qu’on n’en peut rien dire à la fin ne change pas grand-chose à l’affaire : les cercles sans réalité absolue qu’ils dessinent n’ont pas vocation à être défaits, la recherche de la vérité étant sacrifiée au profit de la satisfaction qu’on tire d’avoir imaginé la perfection.

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On se rappellera alors que la pensée n’est solitaire et autonome, systématique, que depuis peu, qu’elle a longtemps refusé de dévaluer le réel sensible auquel la science s’attache et qu’elle considérait que la métaphysique s’entait naturellement sur la physique. Autrement dit, toutes complications perceptives acceptées par ailleurs, toutes révolutions physiques admises, sauf à décider que ma lubie possède autant de vérité que les lois de la gravitation universelle – et pourquoi pas qu’un cigare égale un bâton de dynamite – il importe de savoir qu’une pensée désincarnée produira des vérités désincarnées, soit des mensonges qui ravageront le monde dans sa totalité sensible et intelligible ; bref, on ne pense correctement qu’en ordre, par échelle crescendo d’importance : physique, métaphysique, théologie. Plus précisément, je crois en Dieu parce qu’Il s’est révélé, je sais que la vérité existe car je peux la concevoir, j’accepte la science qui me prouve en s’approfondissant au fil du temps que le monde existe indépendamment de ma perception ; si je pensais l’inverse, par esprit de conséquence, je me convertirais au wokisme, je vanterais Didier Raoult et je fumerais un bâton de dynamite.

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