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Éditorial monde de mai : Le naufrage ukrainien

Le numéro 53 est disponible depuis ce matin en kiosque, par abonnement, et à la demande sur notre site. Voici l'éditorial monde, par Laurent Gayard.

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© Valentin Deniau pour L'Incorrect

I l semble que Vladimir Poutine ait bien mieux préparé sa guerre de l’information que la guerre elle-même. Après une campagne très coûteuse en hommes et en matériel, et l’échec de la prise de Kiev, les rêves de restauration impériale ont laissé la place à des objectifs plus modestes et pragmatiques. L’enlisement russe paraît conclure le déroulé de la « guerre idéale » poutinienne, depuis la guerre éclair contre la Géorgie en 2008 jusqu’à l’annexion-surprise de la Crimée en 2014. Mais la guerre idéale du Kremlin avait pris fin avant cela, avec l’ouverture du front au Donbass, en 2014 également, inaugurant une guerre d’usure entre armée ukrainienne, séparatistes et soutiens militaires russes. Le Donbass déchiré par l’interminable conflit n’est plus, depuis 2014, qu’un micro-État mafieux livré aux seigneurs de la guerre. Après avoir encouragé la sédition, livré des armes et fourni des mercenaires aux groupes séparatistes, le Kremlin a décidé de reprendre la main dans ce conflit, en piétinant les accords de Minsk de 2015 et en faisant le ménage au sein des groupes prorusses.

Le Kremlin a décidé de reprendre la main dans ce conflit, en piétinant les accords de Minsk de 2015

Après l’élimination d’un certain nombre de chefs de guerre séparatistes, dont le célèbre Alexandre Bednov, dit « Batman », tué dans une embuscade, Moscou a placé l’un de ses pions à la tête de la « République de Louhansk »: le « président » Igor Plotnitski, remplacé en novembre 2017 par son propre chef des services secrets, Leonid Pasetchnik. Dans la seconde entité séparatiste du Donbass, la « République populaire de Donetsk », c’est le « président » Denis Pouchiline, autre marionnette du Kremlin, qui a remplacé le dirigeant séparatiste ukrainien pro-russe Alexandre Zakhartchenko, tué dans un attentat à la bombe le 31 août 2018. Cette valse des hommes-liges de Moscou à la tête des « républiques » du Donbass illustre un aspect trop souvent négligé du conflit en Ukraine, à la fois guerre interétatique au service des rêves de restauration impériale de Vladimir Poutine mais aussi guerre mafieuse destinée à établir un contrôle strict de Moscou, via ses vassaux, sur l’ancien bassin charbonnier et industriel devenu une plaque tournante des trafics de toutes sortes dans cette partie de l’Europe.

À la lumières des intérêts crapuleux qui sont aussi en jeu dans la guerre du Donbass, devenue guerre d’Ukraine, on comprend mieux la nécessité pour les Russes de sécuriser l’accès à la Crimée et la conquête de Marioupol, dont on ne sait, à l’heure où s’écrivent ces lignes, si les dernières lignes de défense représentées par le 503e bataillon de marine, la 36e brigade d’infanterie de marine et le bataillon Azov auront été pulvérisées à coup de bombes thermobariques. Pour autant, le plan d’invasion de l’Ukraine se solde par un fiasco, dont le point d’orgue est la destruction du Moskva, navire amiral de la flotte russe, vraisemblablement coulé par des missiles ukrainiens Neptune. Et comme un enfant qui enrage de ne pas voir son caprice satisfait, le Kremlin reproche désormais aux occidentaux l’aide et les livraisons d’armes à l’Ukraine pour, magnifique inversion rhétorique de la part du ministre russe de la défense Serguei Choïgou, « faire durer au  maximum la guerre. » Elle pourrait durer longtemps en effet.

Lire aussi : Éditorial monde d’avril : La realpolitik des amis du désastre

Selon le site Oryx, qui documente les pertes matérielles à partir des photographies en zone de guerre et images satellites, la Russie a perdu 2995 véhicules, dont 519 tanks. L’armée russe admet elle-même la perte de 300 chars d’assaut, dont une centaine au moins ont été détruites par les drones de fabrication turques Bayraktar. Certes, les forces armées terrestres de la Fédération de Russie posséderaient encore plus de 2000 chars mais avec un tel réservoir de matériel et au vu de la résistance ukrainienne, la seconde phase de la guerre qui s’est engagée à la mi-avril est susceptible de laisser aux portes de l’Europe une nouvelle guerre d’Afghanistan, qui avait saigné à blanc la défunte Union soviétique. Quelle que soit désormais l’issue du conflit, les risques qu’il entraîne sont devenus incalculables. Et lentement mais sûrement, c’est tout le continent qui menace de sombrer dans le rêve impérial, devenu cauchemar, de Poutine.

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