Le Plan France 2030 détaille les enjeux qui feront l’objet de soutiens publics. Il y en a dix et c’étaient déjà à peu près les mêmes sous François Hollande, ce qui est assez logique car le chef de l’État était déjà au pouvoir. Ces sujets sont la production de médicaments, d’hydrogène, de voitures électriques et d’avions bas-carbone, la décarbonation de l’industrie, la modernisation de l’agriculture, la culture et l’exploration spatiale et océanique. En soi, ces idées sont bonnes. Mais elles présentent toutes des faiblesses structurelles, qui sont parfois suicidaires.
En premier lieu, tous les objectifs du Plan sont défensifs. Soit ils répondent à des demandes politiques décorrélées des marchés, soit ils courent après nos concurrents, sans jamais chercher à anticiper ou précéder les autres (excepté la production d’hydrogène). Par exemple, la volonté de produire en France deux millions de véhicules électriques ou hybrides sert à ne pas se laisser distancer par les marques étrangères. Rappelons que la France a produit en 2018 plus de 2,3 millions de voitures, et moins d’un million en 2020. Le plan ne sert qu’à réparer une partie des dégâts liés à l’enfermement des gens. Autre exemple : le président souhaite investir des centaines de millions dans des studios de production d’images. Mais ce n’est que « pour rester dans la partie » et non pour la gagner. Dans le spatial, il veut financer des lanceurs « réutilisables »… jugés inintéressants il y a moins de 36 mois.
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Par ailleurs, le plan 2030 n’est qu’un empilement de mesures déjà votées. Par exemple, le président a annoncé le 12 octobre 2021 dans le plan France 2030 qu’un milliard d’euros d’ici 2030 sera alloué aux petits réacteurs nucléaires innovants, soit 125 millions par an. Or, la loi de finances 2020, votée fin 2019, leur prévoyait déjà 125 millions. Et le plan de relance annoncé le 3 septembre 2020 leur attribuait 470 millions sur deux ans.
De la même façon, le plan France 2030 veut faire de notre pays le « leader » (un bon point) de l’hydrogène vert, grâce à l’ouverture « d’au moins deux gigafactories d’électrolyseurs », déjà annoncées dans le plan hydrogène de juin 2021.
Le troisième grand objectif du plan, qui repose sur la décarbonation de l’industrie, afin de « baisser de 35 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2015 », est issu de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), votée en 2015. Cette loi a défini une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2050. La France a du retard et le plan France 2030 vient le rattraper.
De même, l’objectif qui concerne la réalisation d’un « avion bas-carbone » est un calque du soutien financier accordé à l’industrie aéronautique en septembre 2020 dans le cadre du plan de relance, afin de préparer un successeur de l’Airbus A320 plus sobre en carburant.
À aucun moment, il n’a rappelé que, pour désindustrialiser, il faut des gens qui désindustrialisent, et que ces gens sont toujours là
En troisième lieu, le président n’a fait que survoler les raisons de la désindustrialisation, qu’il impute à un manque de « rapidité ». À aucun moment, il n’a rappelé que, pour désindustrialiser, il faut des gens qui désindustrialisent, et que ces gens sont toujours là. Les normes handicapantes ne sont pas arrivées seules. Les charges écrasantes n’ont pas été imposées par le Saint-Esprit. Le monopole des Polytechniciens dans l’industrie et les cabinets ministériels est un symptôme de décadence que le candidat évite d’aborder avec soin. Les gens qui ont empêché l’industrie spatiale française d’investir dans les lanceurs réutilisables sont toujours en place. Pour 140 millions, ils viennent de vendre le savoir-faire des moteurs spatiaux à l’Allemagne.
Enfin – et c’est le plus grave – le candidat Macron a décidé de ne pas prendre de risques là où il le faudrait, c’est-à-dire lorsque les avantages naturels de la France sont tels que nous pouvons gagner la compétition. Avec sa superficie océanique et ses industries du maritime, la France pourrait exporter des terres rares d’ici dix ans et rééquilibrer sa balance des paiements, donc rembourser sa dette. Cela exigerait d’investir la poignée de milliards nécessaires pour inventer les technologies capables de sortir ces minerais par 1 000 ou 5 000 mètres de fond, et de ne pas se contenter d’injecter 100 millions par an pour l’exploration en précisant lâchement : « Je ne parle pas d’exploitation. »
Pour cela, il nous faudrait un chef d’État. Quelqu’un comme Kennedy montrant le ciel et disant : « Dans dix ans, je veux un Américain sur la lune ».





