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Entretien avec Cédric Bru : Yves Adrien ou le fantôme du rock

Cédric Bru retrace la vie du légendaire critique rock Yves Adrien dans une biographie fantasmée où se côtoient tous les spectres du Paris interlope des années 70-80 : le Palace, la drogue, Edwige Belmore, et un goût immodéré pour l’avant-garde à tendance électrique.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Pourquoi une biographie sur un personnage aussi fantomatique ?

J’ai commencé à lire Yves Adrien dans les années 70, quand il a publié Je chante le Rock Électrique. Nous étions toute une bande de gosses obsédés par le rock et nous prenions un peu les « rock critiques » pour des grands-frères. Son style est assez difficile pour des gamins de 15 ans et à vrai dire, on se retrouvait plus dans Best que dans Rock’n’Folk… De toute manière, tous ces critiques étaient pour nous comme des joueurs de football, de véritables stars. Écrire sa biographie était une manière de fixer ce nom qui a toujours flotté dans l’air. L’idée de double récit est venue assez naturellement, en écho à son existence « trouée ». J’ai voulu broder autour du mystère de sa vie un véritable jeu de piste littéraire.

Vous définissez le style Yves Adrien comme empreint d’un certain « hermétisme » et passant d’articles de « connaissance » à des « papiers de sensations »…

 La formule, comme précisé dans le livre, est empruntée à Noémie Vermoesen. Elle montre comment Yves Adrien est passé d’une écriture journalistique très documentée à une littérature où le style et la réflexion poétique sont devenus maîtres. Avec ce que cela implique de difficulté de lecture. C’est aussi un rite de passage pour le lecteur : je suis Yves Adrien ou pas. Si c’est oui, j’en paye le prix et accepte d’être emporté vers des rivages inconnus…

 L’achat de disque était vu comme une expérience sacrée à partir des années 70, c’était la naissance de la contre-culture.

 Incontestablement, le rapport à la musique a changé. À l’époque, le rock était une sorte de religion sans clergé, une prise de position radicale. Aujourd’hui, 83 % de la consommation musicale se fait par le biais du streaming, payant ou non. Comment voulez-vous que ça fasse rêver les jeunes ? De plus, le rap qui a supplanté le rock – du moins dans l’écoute, pas dans les concerts – n’a été que brièvement lié avec la pratique d’achat de disques et emprunte aussi à une philosophie plus binaire.

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On se rend compte à vous lire que l’histoire du rock est indissociable de la façon dont il s’est « écrit » à travers la critique. En somme, il n’y a pas de rock sans une littérature du rock.

C’est sûr, mais ce n’est pas nouveau, il y a une influence de la presse sur la compréhension ou la diffusion de la musique. Prenez les yé-yé : qu’en aurait-il été du mouvement sans les journaux ou les émissions de radio comme Salut Les Copains par exemple ? Pour le cas du rock, le mot d’ordre des grands rock critics était : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ! » Ils étaient des prescripteurs. Philippe Garnier disait : « Nous sommes les seigneurs du château ». Ils sont arrivés avec le journalisme gonzo en provenance des États-Unis à un moment où la musique avait besoin de cette incarnation viscérale. [...]

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