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Éric Zemmour, adepte de l’étatisme ?

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Publié le

27 juillet 2021

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Zemmour étatiste ? Lors d’un débat face à David Lisnard sur l’organisation de l’État, le polémiste a déclaré que le libéralisme était responsable de la bureaucratisation française depuis 40 ans, pour mieux défendre sa conception napoléonienne de l’État. Réponse d’un libéral, pour qui le dégraissage du mammouth est urgent. Tribune.
Zemmour Lisnard

Éric Zemmour porte l’espoir d’une candidature présidentielle refusant les oukases d’une gauche moralisatrice vénérant entre autres, à l’inverse des libéraux, les administrations aussi pléthoriques qu’inefficaces. Pourtant, débattant avec David Lisnard, Éric Zemmour a développé une critique acharnée du libéralisme. Il a paradoxalement déclaré cette pensée responsable de la bureaucratisation de l’État depuis 40 ans. D’après l’auteur du Suicide français, notre pays a détruit l’efficacité de son organisation administrative bonapartiste en mettant en œuvre une série de réformes libérales qui auraient rogné progressivement ses pouvoirs au profit des instances européennes, de la régionalisation, ainsi que par la multiplication des autorités indépendantes et autres agences parapubliques.

Il faudrait cependant mettre Éric Zemmour au défi de citer le moindre théoricien libéral qui aurait pu se faire l’apôtre des réformes dénoncées. Il paraît extrêmement peu probable par exemple que Milton Friedman, contemplant l’organisation actuelle de l’administration française, déclare tout radieusement : « Voici le modèle étatique dont j’ai toujours rêvé ». En réalité, les programmes de décentralisation et de déconcentration mis en œuvre n’étaient absolument pas libéraux, mais bien plutôt sociaux-démocrates. Ils constituaient la victoire posthume de la gauche girondine sur le jacobinisme, la revanche de Lamartine, battu en 1848, face au bonapartisme. Ils tenaient de la philosophie politique et sociale d’Habermas, de la philosophie juridique de John Rawls, l’ensemble revu à la mode énarque.

Lire aussi : Zemmour, le feuilleton de l’été (2/2)

Certes, Éric Zemmour défend le libéralisme économique. Mais sa position relève de l’utilitarisme. Il y a lieu en effet de distinguer deux conceptions du libéralisme. La première repose sur l’idée que la liberté forme le principe cardinal de l’ordre politique. Le droit d’entreprendre se justifie alors en tant qu’il représente le prolongement de la liberté d’action humaine dans la sphère économique. Les citoyens doivent par principe disposer des fruits de leur travail et se voir garantir une véritable autonomie individuelle par rapport aux pouvoirs publics, grâce à la propriété privée.

À l’inverse, la vision utilitariste du libéralisme de marché n’accepte au fond ce système que parce qu’il offre un moyen plus efficace de produire de la richesse en comparaison au collectivisme. Les nouvelles philosophies budgétaires issues de la « théorie monétaire moderne » s’inscrivent d’ailleurs strictement dans cette logique, puisqu’elles considèrent que l’impôt ne relève pas de la participation volontaire des citoyens au financement d’un certain nombre de services publics, mais que la fiscalité forme le moyen pour l’État d’obliger la population à travailler afin de fournir la richesse indispensable à la puissance publique. L’État accorde aux citoyens l’entreprise privée comme le système soviétique du kolkhoze concédait aux paysans des jardins privés, pour mieux les exploiter. Or il a été expliqué, notamment par Friedrich Hayek, que cette conception asservie du libéralisme économique finit irrémédiablement par la remise en cause du libéralisme économique lui-même, peu à peu dévoré par l’extension d’un État se voulant toujours plus puissant.

Dans les domaines de la sécurité ou de la justice, l’État véritablement libéral fonctionne d’une manière forte et directe, ennemie du laxisme

Il faut de plus rappeler que la pensée libérale n’est absolument pas anti-régalienne. La théorie bonapartiste de l’État défendue par Éric Zemmour, voulant que la puissance publique œuvre d’une manière hiérarchique, verticale et pyramidale, se trouve parfaitement cohérente avec la conception de l’État minimal régalien. Dans les domaines de la sécurité ou de la justice, l’État véritablement libéral fonctionne d’une manière forte et directe, ennemie du laxisme.

Lors du débat, David Lisnard, l’homme de la droite dans les murs, a été mis en difficulté car il est l’otage du bilan d’une droite de gouvernement qui n’a jamais réussi à efficacement réformer l’État. Mais Éric Zemmour, l’homme de la droite hors les murs, s’est quant à lui montré l’otage intellectuel d’un anti-libéralisme dogmatique, cet opium de la pensée politique française qui, au prétexte de défendre l’autorité de l’État, nous impose au final une bureaucratie portée par une fiscalité délirante et des réglementations frénétiques.

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