Le concept d’Europe de la défense est un concept exclusivement français. Preuve en est, il n’existe aucune autre alliance de collaboration technique ou militaire dans l’Union européenne sinon celles que nous proposons. Pour marchander avec nos voisins et leur faire accepter cette collaboration militaire, la France propose des financements ou des transferts de technologie dangereux pour notre savoir-faire et notre souveraineté. Dès lors, les partenariats militaires que nous entretenons avec nos alliés servent bien plus leurs intérêts que les nôtres.
Quand la France finance les porte-avions anglais
La France a appris à construire des porte-avions dans les années 50. Au début des années 2000, se pose la question d’un deuxième porte-avions, aux côtés du Charles de Gaulle qui est déjà opérationnel. Or les Britanniques en veulent deux. Chirac décide en 2004 que la France doit se lier à la Grande-Bretagne par une coopération de défense sur le développement des trois navires. Les Anglais acceptent, à condition que la France leur donne 112 millions d’euros, comme « ticket d’entrée » dans leur programme. A l’époque, les Britanniques ne savent pas concevoir de porte-avions. Les chantiers militaires français hurlent mais rien n’y fait et Chirac allonge la monnaie. Puis les Anglais pondent ce qu’ils appellent un plan et une organisation industrielle, sensés nous aider dans la conception des bateaux, mais qui sont aussitôt mis à la poubelle côté Français.
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Dans un rapport de 2008, la Cour des Comptes est cinglante : « Une analyse de l’organisation industrielle ainsi que des choix affichés par le gouvernement britannique […] aurait dû permettre de bien mesurer l’impasse dans laquelle la France s’engageait ». Entretemps, les Français avaient également dépensé 112 millions d’Euros en contrats industriels dont les résultats furent jugés, de l’aveu même de la Cour « inutilisables ». Total : 214 millions à l’eau. Mais les millions d’euros transférés aux Britanniques leur ont permis d’engager leur programme. En somme, Chirac a financé les études de deux navires britanniques. Au final, les Anglais ont construit deux porte-aéronefs (un tremplin sur le pont d’envol et pas de catapulte), et la France n’a toujours pas de deuxième porte-avions.
L’Espagne vole notre technologie sous-marine
Au début des années 90, la France décida de se relancer sur le marché export des sous-marins diesel. A cette époque, la France ne produisait plus que des sous-marins à propulsion nucléaire. Difficile de produire des unités diesel là où vous fabriquez des engins nucléaires : c’est un peu comme demander à une usine de camions de produire des vélos. L’idée a donc germé de s’allier avec les Espagnols, qui n’en avaient jamais construit un seul mais opéraient avec ceux que la France leur avait vendus, autour d’un produit dénommé Scorpène. Tout de suite, Madrid exigea d’être traité à égalité avec Paris. Après des négociations rendues compliquées par les ombrageux partenaires, les industriels publics français DCNS et espagnol Bazan tombèrent d’accord au milieu des années 90. La conception était française. L’assemblage final était à Cherbourg, avec des tronçons produits par l’Espagne. Et ce fut le succès : 14 commandes à partir de 1997 au Chili, en Malaisie, en Inde et au Brésil.
Les Espagnols pratiquaient du « retro engineering », qui consiste à tout démonter pour comprendre le fonctionnement de nos technologies avant de tout reconstruire
Rapidement, DCNS se rendit compte que les Espagnols mettaient un temps anormal pour réaliser les tronçons dont ils avaient la charge. Les Français obtinrent les preuves que les matériels qu’ils envoyaient aux Espagnols bifurquaient d’abord dans un centre d’essais. Là, les locaux pratiquaient du « retro engineering », qui consiste à tout démonter pour comprendre le fonctionnement d’une technologie avant de tout reconstruire. Outre l’illégalité du procédé qui s’apparentait à du vol de propriété intellectuelle, les Espagnols avaient, à partir du programme commun, conçu un modèle dérivé, le S-80 que Madrid commençait à proposer à l’export, sans les Français et en concurrence du Scorpène. En 2008, DCNS intenta une action en justice, qui s’est terminée par une négociation amiable en 2010. Le partenariat a été enterré. Il ne s’agissait pas de se mettre à dos nos petits camarades européens avec un procès, même quand ils nous volaient. Depuis, les Espagnols ne savent toujours pas produire de sous-marins. Leur S80 a accusé dix ans de retard et a été terminé par les Américains.
La France brade le moteur d’Ariane à l’Allemagne
La France possédait l’une des meilleures technologies spatiales au monde avant l’arrivée des groupes privés tels que Space X du multimilliardaire Elon Musk. Jusqu’à peu, leurs technologies nous dépassaient : le moteur proposé par Ariane dans la fusée Ariane 5 n’était pas capable de retourner sur Terre après le lancement, tandis que les moteurs Raptor de Space X le pouvaient. Les ingénieurs français ont, pour relancer la dynamique de l’entreprise, voulu s’adapter et se hisser à la hauteur de la technologie américaine. C’est dans cette optique qu’est né le moteur Vinci, qui devrait équiper les modèles de fusées Ariane 6, actuellement en construction. Mais la boîte a rencontré des difficultés financières : il lui manquait encore 140 millions d’euros pour que le projet aboutisse complètement.
?[ Europe] « Le moteur d'Ariane 6, vrai savoir-faire français, a été transféré en Allemagne » @adewatrigant dans #IFEP l’émission de @mbockcote
— L'Incorrect (@MagLincorrect) October 10, 2021
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Les Allemands, en bons négociateurs, acceptent de nous les donner à condition que le moteur soit assemblé chez eux, et, au grand dam de l’industrie aérospatiale française, le marché est accepté par nos dirigeants. On leur offre donc les plans de ce bijou qu’est le moteur Vinci pour une somme dérisoire : un tel transfert se compte normalement en dizaines de milliards d’euros. En comparaison, Elon Musk a dépensé déjà plus de trente milliards de dollars avant d’en venir à développer son moteur Raptor à partir de zéro. L’Allemagne obtient pour une croûte de pain un moteur de fusée révolutionnaire. En plus de perdre la souveraineté d’une technique de pointe, on s’assoit sur les sommes d’argent colossales que nous aurait permis une vente. Et surtout, nous venons de créer un futur concurrent allemand dans les moteurs spatiaux. L’amitié franco-allemande, qu’ils disent.
Le contrat du siècle rompu, l’Allemagne en profite
La dernière manifestation de l’échec de l’« Europe de la défense » est la crise des sous-marins avec l’Australie. Ce contrat avait été signé après quatre ans de négociations, au cours desquelles l’Allemagne a été notre principal concurrent avec les Japonais. Même après la signature des papiers, les Allemands ont mené une véritable campagne de dénigrement de la France en expliquant à tort et à travers que l’accord franco-australien ne donnerait rien : une campagne bien prémonitoire, puisque l’Australie a finalement rompu le contrat en septembre. Les Allemands ont manifesté leur solidarité européenne en présentant le lendemain un projet d’accord aérospatial avec l’Australie.
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Outre cet affront, la Grande Bretagne a gentiment pris la place de la France dans la vente des sous-marins, puisque les bâtiments qui seront attribués aux Australiens seront anglais (les seuls occidentaux, outre les États-Unis et nous, à user de la propulsion nucléaire). En effet, les sous-marins américains sont trop grands et trop avancés technologiquement pour qu’une autre marine puisse naviguer avec. La France a donc perdu un contrat dont les fruits ont été récupérés sur-le-champ par ceux avec lesquels elle tente de collaborer et qui la mènent en bateau depuis bien trop longtemps. On dit merci qui ?





