« Rambo 21 ». C’était le surnom de Bruno Collonges à l’école. Ce révolté, dont le cœur bat du même sang que les saints et les conquérants n’a pas volé son surnom. Les épaules épaisses, un mètre quatre-vingt, le regard franc, ce fils de sportifs de haut niveau (une mère judokate et un père karatéka) dégage un charisme de frondeur idéaliste. Un « anarchiste de l’ordre dans un monde de désordre », aime-t-il à se définir. C’est en lisant Primo Lévi en bande-dessinée et l’histoire du mouvement sioniste sur YouTube qu’il a pris conscience que « nous baignons depuis la naissance dans une culture eugéniste génocidaire », mais « qu’il est toujours possible de lutter contre l’iniquité institutionnalisée ». « Plus de 54 % des trisomiques ont subi un avortement sélectif en Europe », s’indignait-il gravement, lors de notre rencontre dans l’incubateur qu’il a fondé dans un ancien hôtel particulier du marais, « La Station Vingt-et-Un ».
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34 entreprises y sont hébergées et sont toutes portées par des handicapés, venus de tous les horizons : asperger, nains, aveugles, personnes en fauteuil roulant ou en surpoids, neuro-atypiques, gauchers… Agroalimentaire, services à la personne, informatique, sécurité : presque tous les secteurs économiques sont concernés. Même les plus surprenants. Simon, 18 ans, trisomique lui-aussi, défend par exemple un projet de « lance-chouquettes au chocolat afin de créer de l’obésité morbide chez les méchants ». Ces entrepreneurs sont accompagnés par des coaches issus des meilleurs cabinets de stratégie. Édouard Gordes témoigne : « J’ai passé quinze ans chez Roland Berger. Après un burnout, j’ai hésité entre le wicca et le wokisme. Heureusement, j’ai croisé la route de Bruno qui m’a démontré par A + B que tous ces mouvements étaient un ramassis de flaques ». De flaques ? « De flaques de chiasse ». Les wokes avaient pourtant tenté un rapprochement, au nom de « l’intersectionnalité ».
Le projet de la Station Vingt-et-Un a une envergure bien plus grande que celle d’un simple incubateur: « Nous avons signé un partenariat avec l’Association internationale des Personnes de Petite Taille, fondée par le célèbre Hasbulla Magomedov, sous le patronage de l’ancien champion de MMA Khabib Nurmagomedov », m’explique Bruno. « Hasbulla va nous aider à conquérir les Pays-Bas. Là-bas les hommes sont progressistes, ils pissent assis. Au fond d’eux, ils savent qu’ils ne méritent pas le privilège d’avoir un État. Nous, nous le méritons ». Le projet de Bruno et de son équipe est de recréer tout un pays, avec son économie, ses lois, sa constitution et son Parlement. « Nous sommes près de 500 000 trisomiques en Europe. C’est à cette armée de réserve, et à tous les atypiques, que nous nous adressons. Préparez-vous à faire votre alya aux Pays-Bas ».
« Trisoland® vaincra »
Bruno Collonges
Faut-il prendre au sérieux des déclarations aussi polémiques ? La Lettre A, qui s’est penchée sur le projet, a révélé en novembre dernier que Bruno Collonges avait levé 750 millions d’euros auprès d’investisseurs étrangers, notamment des fonds russes. En janvier, une note confidentielle de la DGSI a fuité dans Le Canard Enchaîné, qui moquait « un projet de Trisoland aux Pays-Bas ». « Il est possible que la Station Vingt-et-Un envisage une invasion pacifique d’un petit pays européen où les hommes urinent en station assise », nous confiait de son côté le géopoliticien Alain Tourant. D’après nos propres recherches, la marque Trisoland® a bel et bien été déposée en 2022 par la station 21, suite à l’article du Canard. Un pied-de-nez aux bien-pensants ? « Trisoland® vaincra », nous promet en tout cas Bruno Collonges.





