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France, s’il suffisait qu’on l’aime

Ce mardi 4 octobre, Éric Zemmour et Michel Onfray se sont retrouvés pour débattre des questions qui agitent la France, et notamment de l'identité. L'amour de la France est au cœur du problème, car l'identité légale ne recouvre aucunement l'identité vécue.

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© Capture d'écran YouTube

Lors de son débat avec Éric Zemmour, Michel Onfray a dit : « La ligne de fracture c’est vous aimez la France ou vous n’aimez pas la France ». Une phrase qui rappellera notamment la célèbre antienne sarkozyste voulant que « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Depuis lors, dans des registres différents, à l’impératif ou sur le mode interrogatif, cette idée qu’il faille d’abord et avant tout « aimer la France » s’est imposée partout dans le champ politico-médiatique. Si un tel propos peut sembler salutaire quand il est prononcé par un homme politique, il ne saurait être qu’insuffisant dans le champ philosophique.

Il est certes préférable qu’un immigré « aime la France ». On suppose, du moins pour une part d’entre eux, qu’ils ont fait le choix libre et éclairé de s’installer au nord de la mer Méditerranée. Idem pour leurs descendants qui ont décidé d’acquérir la nationalité française à leur majorité, sans parler de ceux qui jouissent des avantages de notre pays tout en lui crachant dessus à longueur de journée. Aimer la France est un préalable, un indice laissant à penser que l’immigré s’est a minima adapté à son environnement, à défaut de s’y être pleinement assimilé.

Il y a des personnes qui surpassent leurs origines pour s’affirmer dans une culture qui n’est pas celle que leurs parents leur ont léguée

Pourtant, aimer le pays où l’on vit et dont on est le national n’a jamais été une obligation au cours de l’Histoire. Ils sont nombreux les anarchistes internationalistes à être tombés en 14, les Bretons bretonnants et autres Corses qui parfois n’avaient qu’un attachement tout relatif à la grande patrie, lui préférant leur petite bien à eux, ou encore les romantiques et libertaires de tous poils qui n’ont jamais eu le patriotisme chauvin ou cocardier.

Le danger induit par notre époque de confusion et de transformation tient bien tout entier dans cette question de l’amour. Ainsi, l’un des principaux motifs ayant déterminé la redéfinition du mariage en l’ouvrant aux couples formés de deux personnes du même sexe était bien « l’amour ». Qui aime sincèrement le Japon est-il automatiquement éligible à devenir un Japonais en propre ? Un Japonais plein et entier aux yeux des autres Japonais ? Bien sûr, c’est là un excellent début que d’aimer le pays auquel on veut appartenir, et ne pas l’aimer devrait empêcher de prétendre s’y installer. Mais comment définir cet amour de la patrie ? Par quels actes et preuves d’amour le rendre tangible ?

Comme il y a des transclasses – de moins en moins malheureusement –, il y a des personnes qui surpassent leurs origines pour s’affirmer dans une culture qui n’est pas celle que leurs parents leur ont léguée. Je n’irai pas jusqu’à parler de « miraculés », ainsi que le faisait Bourdieu à propos de ces individus n’ayant pas succombé à la reproduction sociale qui leur était destinée, mais il y a dans ces parcours individuels quelque chose d’exceptionnel, de merveilleux.  Dans Le Non du Peuple, sans s’aventurer jusqu’à la question si essentielle de la personnalité qui, elle seule, permet de transcender les déterminismes innés, était proposé le schéma suivant relatif à l’identité individuelle en la décomposant de la sorte : une identité légale, une identité réelle, une identité vécue et une identité perçue.

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L’identité légale est évidente : elle figure sur vos papiers d’identité. L’identité réelle correspond à ce que vous êtes intrinsèquement, c’est-à-dire votre tréfonds ethnoculturel. La chose se complique maintenant. L’identité vécue correspond à la manière dont vous vous projetez au monde. Ainsi, une personne légalement française mais d’origine congolaise pourra se vivre dans la francité. Sera-t-elle ainsi perçue par d’autres Français ou des Congolais ? Pas toujours. Aimer la France ne résout donc pas totalement le problème qui nous fait face. Il serait assez malhonnête de prétendre le contraire. C’est néanmoins la première étape d’un processus qui ne saurait être immédiat mais multigénérationnel. Faire des Français ne se décrète pas, et c’est bien parce qu’on a prétendu le contraire que nous n’avons pas réussi à assimiler, surtout avec des vagues d’une telle importance démographique et un tel mépris de notre culture. Le chemin sera long, empruntons le avec une grande humilité.

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