Les Parlements de Suède et de Finlande ont récemment voté à une large majorité en faveur d’une adhésion à l’OTAN. Quelles peuvent être les implications de ces décisions ?
Nous assistons là à une vraie révolution géopolitique dans le sens où la Suède quitte un statut de neutralité auquel elle est très attachée. Elle a été une grande puissance au XVIIe siècle pour devenir un État neutre durant les deux guerres mondiales et qui a eu le sentiment d’être protégée par cette neutralité des horreurs du XXe siècle. Elle avait suivi cette ligne durant la Guerre froide alors que les circonstances la forçaient à choisir, bien que son système soit occidentalisé. Il en est de même pour la Finlande, qui n’a cependant pas du tout la même histoire. La Finlande est une ancienne province russe qui a pris son indépendance après la Première guerre mondiale. Elle a été envahie par les Soviétiques en 1940. On lui a cependant imposé, à l’issue de la Seconde guerre mondiale, un statut de neutralité. Un mot en a découlé : la finlandisation, qui désigne l’imposition de la neutralité lorsqu’un pays est tiraillé entre deux blocs. La neutralité de la Finlande a été la condition de la Russie.
Les deux pays ont une frontière avec la Russie : la Suède à l’extrême-nord et la Finlande sur 1340 kilomètres. On a vraiment deux révolutions par peur de la Russie. Ces décisions marquent une crainte. Elle s’explique historiquement pour la Finlande. Il est tout à fait normal que les pays de la frontière est, historiquement comme géographiquement, aient cette crainte. Ils ont régulièrement été envahis et parfois martyrisés par la Russie. C’est, de leur point de vue, logique et légitime.
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Cette volonté d’adhésion a-t-elle des chances d’aboutir ?
À l’heure où nous parlons, le projet a des chances d’aboutir. En effet, un seul pays a émis des réserves à ce sujet : la Turquie. Il faut l’unanimité pour élargir l’OTAN. Or, si les réticences turques tombaient, ces pays intégreraient l’OTAN.
Henri Guaino parlait récemment de logique d’escalade. Ces adhésions seraient-elles le pas de trop?
Henri Guaino a en effet écrit un texte magnifique, très intéressant, avec un sens de la nuance difficilement tolérable et toléré aujourd’hui. Le problème est compliqué car l’adhésion de la Finlande et de la Suède se fait en réaction à l’agression russe. Il y avait auparavant un débat dans ces pays qui date de plusieurs années, depuis que la Russie est devenue menaçante. Pourtant, ce stade n’avait jamais été dépassé. D’un autre côté, c’est un acte qui, bien que défensif, est hostile vis-à-vis de la Russie. Cette adhésion transformera la Baltique en lac otanien. La Russie n’aura plus que deux petites ouvertures, encerclées de pays membres de l’OTAN, c’est-à-dire qui pourraient et devraient accueillir des bases américaines. Ne nous voilons pas la face : ces pays seraient sous contrôle américain. C’est donc un recul géopolitique de la Russie, dont elle est responsable, mais qui marque un acte hostile tout de même. La politique de la Russie est d’empêcher l’élargissement de l’OTAN. Le fond du problème est qu’elle considère que cette extension est une menace.
Ces pays veulent adhérer à l’OTAN, et c’est possible. La question est de savoir si cela est souhaitable pour les États-membres. Si j’en crois la position de tous les gouvernements de l’alliance, la réponse est oui.
Cette fois-ci, la Russie n’a pas la légitimité historique suffisante
La Russie avait pourtant menacé ces pays de représailles s’ils y adhéraient.
Lorsque ces pays seront dans l’OTAN, ils seront a priori intouchables. Ils ont donc intérêt à une adhésion la plus rapide possible. La Russie dispose cependant d’une importante panoplie de sanctions économiques, politiques et énergétiques. On a donc du mal à imaginer la Russie agresser la Finlande alors qu’elle est dans l’OTAN.
Les Russes ont, en plus, une histoire tragique en Finlande. Les Russes doutent-ils de leurs capacités d’invasion désormais ?
Oui, l’invasion finlandaise n’avait pas laissé de bons souvenirs. Elle avait été très difficile. Je serais prudent sur la difficulté de l’invasion ukrainienne. Même si tout le monde a dit cela à propos de l’Ukraine, on voit mal pourquoi la Russie agresserait la Finlande. Pourtant, cette fois-ci, la Russie n’a pas la légitimité historique suffisante, on ne voit donc pas de logique à une agression, sauf à empêcher l’adhésion du pays à l’OTAN. S’il y a des troupes étrangères dans le pays, ce n’est plus possible.
L’Europe a-t-elle encore son mot à dire dans l’OTAN ?
Souvent, cela dépend des présidents américains. Certains fonctionnent de façon multilatérale en tenant compte des alliés, d’autres agissent de façon unilatérale. Bien sûr, c’est une alliance, un partenariat de solidarité. Pourtant, celui qui paie commande, et ce sont les Américains qui le font. C’est d’ailleurs ce que Donald Trump reprochait aux Etats européens, qui profitaient de la protection américaine sans rien payer. Il avait exigé et obtenu une augmentation du budget européen. Dans les faits, Washington commande toujours.





