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Gilets Jaunes : un grand mouvement populaire ?

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@DR

Des dizaines de milliers de Français en colère se sont réunis ce 17 novembre pour bloquer les routes et protester contre la hausse des taxes sur le carburant. Une jacquerie d’un nouveau genre rendue possible par l’outil numérique et montée des profondeurs du pays.

 

Les « gilets jaunes » sont en effet des citoyens dressés spontanément, sans chefs, sans syndicats et sans structure verticale. Deux éléments attirent immédiatement l’attention. En premier lieu, le fait que les manifestations se soient déroulées partout en France. Déduction ? La colère est montée des profondeurs du pays, au sens noble du terme. Autre fait important à signaler, il s’agissait de personnes qui n’étaient pas habituées à manifester. Pour certains, peut-être était-ce même la première fois qu’ils descendaient dans la rue, ce qui est révélateur d’une forme d’impuissance démocratique. Puisque l’Etat est sourd, ils ont pris d’assaut la rue et les routes. Fait générateur de l’apparition des « gilets jaunes », la hausse des prix du carburant fut la goutte d’essence de trop. Les Français ont l’impression de subir un véritable racket fiscal. Surtout, ils ne comprennent plus à quoi servent leurs impôts, pensent que leur contribution à la nation est mal employée. Ils n’ont pas tout à fait tort. La France des sous-préfectures est comme abandonnée, exclue des grandes politiques publiques, sans que l’Etat semble en mesure de pouvoir inverser la tendance. A-t-il d’ailleurs encore les moyens pour ? Rien n’est moins sûr. Et c’est bien cette France des sous-préfectures qui roule au diesel, que l’Etat a encouragé à rouler au diesel. S’y trouvent les plus grands usagers de la route, ceux dont le domicile est éloigné du lieu de travail. Du reste, de nombreuses petites lignes de chemins de fer moins fréquentées sont fermées et les bus sont peu nombreux. Difficile de ne pas utiliser sa voiture dans ces conditions ! L’essence est donc un budget important pour le foyer, représentant le tiers environ des traites pour la résidence principale ou du loyer.

 

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On peut ajouter à ce constat, une révolte plus globale des automobilistes et des motards. Les radars embarqués ou l’abaissement de la limite de vitesse à 80 km/h ont grandement courroucé une partie de l’opinion publique, qui s’est alors agitée sur des forums ou des pages de discussion Facebook. Le réseau des « gilets jaunes » était donc déjà partiellement formé. Il témoigne d’une érosion de la confiance accordée par les Français en les institutions et en leurs dirigeants, d’une fracture de plus en plus nette entre plusieurs France qui se font face, mues par des intérêts et des objectifs divergents. Comment « monsieur tout le monde » pourrait-il entendre les justifications écolo-bisounours du gouvernement sur l’augmentation de la fiscalité de l’essence ? Ce « monsieur tout le monde » ressent ces sorties médiatiques comme une injure. Il a l’impression de tenir le budget de l’Etat à bout de bras, pendant que les élites et la France d’en haut s’en sortent toujours, tout en étant culpabilisé et montré du doigt. La France qui se lève tôt ne veut plus financer la France qui se lève tard. Simple as that.

 

Notre chroniqueuse Julie Graziani défend les gilets jaunes sur LCI, seule contre tous.

Notre chroniqueuse Julie Graziani défendait les gilets jaunes hier sur LCI.Pour revoir l'émission en replay :https://www.lci.fr/replay/24h-pujadas-l-info-en-questions-replay-du-vendredi-16-novembre-2018-2104757.html

Publiée par L'Incorrect sur Samedi 17 novembre 2018

 

La hausse du prix l’essence n’est pas un fait isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de hausse du coût du logement, de stagnation des salaires, et de dégradation du service public. Les gilets jaunes sont un groupe informel de protestataires liés par des codes contre culturels forts que les réseaux sociaux ont contribué à faire émerger. On le retrouve dans l’humour des slogans ou certains visuels spécifiquement créés pour être massivement diffusés sur internet, un peu comme ces chaînes de mails utilisées par les « boomers ». La « France de Johnny » ainsi que la nomme Patrick Buisson ? Un peu. En tout cas, des Français provinciaux, de tous les âges, plutôt populaires et ne s’en cachant pas, pas forcément très politisés ni même syndiqués (la CGT a refusé d’appuyer un mouvement soutenu par le Rassemblement national).

 

 

Une France qui ne croit plus en la classe politique, qui veut en finir avec les « pourris ». Une France qu’on ne voit habituellement pas beaucoup dans les médias, exception faite des publics des jeux télévisés. Une France qui a l’impression, souvent prouvée par les faits, de ne pas trop compter, de ne pas trop intéresser Emmanuel Macron. Une France beaucoup plus « down » que start-up nation. Une France que convoitent la droite et la gauche mélenchoniste. Notons ce que cette récupération insoumise a de savoureuse, le programme de Jean-Luc Mélenchon en 2017 prévoyant une hausse très importante de la fiscalité…

Il n’est pas évident de dresser le profil type du gilet jaune qu’il serait probablement réducteur d’assimiler à un « pauvre ». Certains d’entre eux sont peut-être de gros épargnants, nombre d’entre eux sont certainement propriétaires de leur logement. A contrario, les villes ont aussi leur lot de diplômés précaires qui n’utilisent pas la voiture. Une fois de plus, il faudrait essayer de rompre avec certaines habitudes très françaises consistant à coller des petites étiquettes sur les Français et sur les groupes qu’ils constituent. La société française se fragmente, mais pas en deux blocs antagonistes et schématiques. Elle est, en effet, atomisée en une myriade de groupes sociaux-culturels hiérarchisés qui s’évitent soigneusement, tous craignant la relégation sociale dans une ère de grande incertitude économique et politique, où nous assistons à des changements majeurs et possiblement irréversibles. Ce qui réunissait tous les manifestants est bien la question du pouvoir d’achat, soit celle de la prospérité.

 

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Un pouvoir d’achat qui a fondu, ainsi que l’a plutôt bien démontré Philippe Herlin dans l’ouvrage qu’il a consacré à la question, sorti à la rentrée de cette année. Paradoxe, pour augmenter le pouvoir d’achat, il faut rompre avec l’Etat nounou et créer un contexte macroéconomique favorable à la relance de la croissance, donc de la production. À défaut de pouvoir jouer sur la monnaie, nous devons provoquer un choc fiscal, mais aussi dégraisser l’Etat de manière à ce qu’il intervienne moins et mieux. Car, le ras-le-bol fiscal n’est qu’une conséquence de la hausse de la cherté de la vie et de la diminution du pouvoir d’achat. Emmanuel Macron avait d’ailleurs fait de cet enjeu une problématique prioritaire. Problème, il est pieds et poings liés par la dette et raisonne en « techno ». Il s’en est pris aux automobilistes après avoir coché des cases : pas les fonctionnaires, pas de secteurs avec des syndicats forts (transports aériens), etc. Comme d’autres avant lui, il a sous-estimé le ressentiment des Français. Il pourrait le payer très cher s’il ne réagit pas vite.

Pour l’heure, le mouvement des gilets jaunes semble encore trop chaotique pour représenter une vraie force motrice politique. Et demain ? Avec un gouvernement moralisateur et hors-sol, persistant à rester sourd aux demandes de la population, il se pourrait que ce qui n’était qu’un phénomène internet constitue un véritable tournant. Le 17 novembre sera, a minima, une pierre de plus dans le jardin d’un « nouveau monde » que refusent de plus en plus de Français, et même d’Occidentaux. Il y a chez ces gilets jaunes quelque chose d’antipolitique au sens de l’Argentine du Que se vayan todos ou des débuts du Mouvement 5 Etoiles. Des gens qui ne croient plus en les acteurs politiques, en les médias, et qui veulent agir très directement. La rigidité inflexible du gouvernement, particulièrement d’Edouard Philippe et de Benjamin Griveaux, ne devrait pas aider à diminuer les tensions.

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