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Gladden Pappin : « La politique américaine est de plus en plus polarisée »

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Publié le

3 mai 2022

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Gladden Pappin est professeur de science politique à l’Université de Dallas, actuellement détaché au Mathias Corvinus Collegium de Budapest, et cofondateur des « Affaires américaines » et de « Postliberal Order ». Spécialiste de la politique américaine, il analyse pour L’Incorrect le rachat de Twitter par Elon Musk, de Joe Biden et dresse l’état des lieux du Parti républicain à six mois des élections de mi-mandat.
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Twitter a récemment été acheté par le milliardaire Elon Musk, dont on sait qu’il finançait jadis le Parti républicain. Comment cette décision est-elle accueillie par l’opinion publique américaine ?

Le rachat de Twitter par Elon Musk est la chose la plus intéressante qui se soit passée à la Silicon Valley depuis longtemps. Historiquement, Elon Musk est un libéral proche de l’administration Obama. Avec le temps, il a cependant vu la gauche libérale tellement se gauchiser qu’il s’est retrouvé à droite.

Twitter reste la plateforme la plus importante pour poster des contenus politiques et donc prendre le pouls de l’opinion américaine. La population américaine a été très choquée que Donald Trump en soit éjecté alors qu’il était encore président des États-Unis. Depuis son exclusion, le réseau social est devenu de plus en plus agressif. Les libéraux de la Silicon Valley et les tenants de l’administration Biden ont commencé à qualifier de chaque argument de droite de « désinformation », de « fake news » qu’ils prétendent démonter avec des fact-checkers. Il est devenu évident pour tout le monde qu’il s’agissait là d’une politisation de la vérité. De là, le rachat d’Elon Musk : la plupart des gens sont en accord avec ce qu’il veut modifier.

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Quel regard les Américains portent-ils sur la guerre en Ukraine et sur la politique extérieure de Joe Biden ?

Je pense que l’opinion publique prend conscience que le conflit russo-ukrainien est utilisé pour couvrir les échecs politiques du gouvernement. Par exemple, l’inflation est très haute aux États-Unis, les prix augmentent et l’essence n’a jamais été aussi chère. Il devient très difficile d’acheter une voiture, il y a des problèmes dans la chaîne de ravitaillement, etc. Ce sont évidemment les résultats de phénomènes très compliqués, mais l’administration met tout sur le dos de la guerre et de Poutine. Tout ce qui va mal vient de Poutine, et ainsi elle s’exonère de ses fautes en politique intérieure.

L’Américain moyen pense que le conflit est très lointain. Il n’éprouve plus tellement d’intérêt pour ce sujet comme c’était le cas il y a deux mois. En ce qui concerne le Parti républicain, il est divisé en deux factions. La première considère que l’administration Biden n’est pas assez dure envers la Russie, qu’au fond Biden est faible et qu’avec les Républicains au pouvoir, Poutine n’aurait jamais agi de la sorte. La seconde faction, plus populiste et inspirée par la politique étrangère de Trump, est très sceptique à propos de l’engagement américain à l’extérieur. La division est d’ailleurs générationnelle : les jeunes Républicains sont du côté de Trump, alors que les plus âgés souhaiteraient un retour à une forme de Guerre froide.

Le conservateur moyen prend conscience de ce que la gauche a fait.

Depuis la France, nous avons l’impression d’assister à une forme de recul du progressisme avec la contre-offensive contre le wokisme dans les universités, la loi « Don’t say gay » et le rachat de Twitter par Elon Musk. Est-ce vrai ?

Je pense que vous avez raison. Le conservateur moyen prend conscience de ce que la gauche a fait. Tout a commencé durant le confinement : les enfants travaillaient à la maison sur Zoom, et les parents ont pour la première fois pu prendre conscience de ce qu’on leur enseigne à l’école. Ils ont été choqués ! Depuis, les enfants sont retournés à l’école mais l’opinion publique a réalisé que les choses allaient trop loin.

Des vidéos ont circulé : dans des classes, des professeurs montraient de la propagande LGBT+ à des enfants de 5, 6 ou 7 ans. Christopher Ruffo, journaliste d’investigation, a laissé fuiter des vidéos d’entreprises comme Disney où les dirigeants disaient : « Nous devons avancer sur l’agenda transgenre dans tous les films pour enfants ». Les gens ordinaires, et pas seulement les conservateurs, sont très choqués par cela. Les Hispaniques qui soutenaient jusqu’à maintenant la politique économique des Démocrates, commencent à aller vers le Parti républicain car ils sont socialement très conservateurs.

Au fond, la politique américaine est de plus en plus polarisée. Dans les États républicains, il y a une très forte réaction qui s’organise pour faire avancer les idées conservatrices, particulièrement en Floride avec le gouverneur Ron DeSantis, au Texas et plus largement dans les États du Sud. À l’opposé, dans les États démocrates, les universités et les médias restent très progressistes. En clair, les conservateurs ne tiennent pas le pays : il y a plutôt une séparation.

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Dans six mois se dérouleront les élections de mi-mandat. Une victoire des Républicains est-elle probable ?

Oui, il est très probable que nous assistions une forte victoire des Républicains aux élections de mi-mandat. Les démocrates tenteront d’utiliser le renversement attendu de Roe contre Wade par la Cour suprême pour rallier leur base et empêcher un soulèvement républicain. Précisons que dans le système américain, renverser Roe ne conduirait pas à interdire l’avortement à l’échelle nationale, mais renverrait plutôt la question à chacun des cinquante États. Ce 3 mai, au travers d’une violation sans précédent du protocole, quelqu’un a divulgué le projet d’avis du juge Samuel Alito annulant Roe. De toute évidence, les démocrates ne reculeront devant rien pour préserver l’avortement et empêcher la victoire des Républicains, même en jetant la loi et la procédure régulières par la fenêtre.

La vraie question politique, c’est la présidentielle de 2024 : Donald Trump va-t-il ou non y aller ? Je pense qu’il va y aller si et seulement s’il pense qu’il peut gagner. Les premiers sondages commencent à montrer des retours positifs. Avant qu’Elon Musk ne rachète Twitter, je vous aurais dit que Trump n’avait aucune chance de gagner parce qu’il n’avait plus accès aux médias. Avec ce retournement de situation, je vous dirais que la tentative de censurer les Républicains et les conservateurs va prendre fin, et que tout est donc possible !

La vraie question politique, c’est la présidentielle de 2024 : Donald Trump va-t-il ou non y aller ?

Quelle est la situation interne du parti ? Les cadres veulent-ils un retour de Trump ?

Il y a une division entre les cadres du parti et les militants. La plupart des gens, même les plus populistes, ne sont pas favorables à un retour de Trump. Même beaucoup d’entre ceux qui ont apprécié sa politique craignent qu’il devienne inefficace. Il n’a pas bien terminé son mandat, et est devenu très narcissique.

Cela étant dit, son exemple a inspiré un grand nombre de jeunes politiciens. Dans l’Ohio se déroule une primaire pour les sénatoriales, et le jeune J.D. Vance incarne à merveille le nationalisme trumpiste. En Arizona, il y a Blake Masters, jeune homme intelligent et inspiré par Trump. L’ancien président a changé le parti en montrant qu’il lui fallait une ligne nationaliste et populiste incarnée par DeSantis en Floride par exemple. Il y a beaucoup de signes positifs, à commencer par l’énergie dans la base militante. La question est : peuvent-ils mettre en place un candidat populiste et efficace ? Est-ce que Trump sera efficace ou deviendra-t-il son propre et pire ennemi ? Il existe en tout cas dans la population une nostalgie de l’époque de Trump.

En France, beaucoup de vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent Joe Biden ayant des comportements étranges, ou parlant de façon très confuse, au point de croire qu’il n’a plus toute sa tête. Qu’en est-il ?

C’est la vieille histoire du roi nu, et malheureusement, beaucoup de gens réalisent que le président Biden a clairement un problème. C’est assez inquiétant : pourquoi les gens autour de lui permettent-ils cela ? Quelles sont leurs motivations ? Cela soulève la question de qui gouverne réellement le pays. Beaucoup spéculent et pensent qu’Obama a à nouveau retrouvé une forte influence dans l’administration. Je ne sais pas si c’est vrai, mais cela reste plausible.

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Son état mental n’est clairement pas bon. Il y a une procédure de destitution pour ces cas-là aux États-Unis, mais personne ne l’a pour l’instant suggérée. Évidemment, lorsque Trump était président, les médias de gauche libérale suggéraient fréquemment qu’il était fou. Biden a laissé penser qu’il se représenterait en 2024 mais il est possible que le Parti démocrate trouve un moyen de l’en empêcher. Tout cela montre en tout cas que les médias feront et diront n’importe quoi pour couvrir Biden. Si on tentait une procédure de destitution, l’intégralité des médias s’y opposerait. La situation est tellement surréaliste qu’il est difficile de prévoir ce qui va arriver.

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