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Gladden Pappin : « La politique américaine est de plus en plus polarisée »

Gladden Pappin est professeur de science politique à l'Université de Dallas, actuellement détaché au Mathias Corvinus Collegium de Budapest, et cofondateur des « Affaires américaines » et de « Postliberal Order ». Spécialiste de la politique américaine, il analyse pour L’Incorrect le rachat de Twitter par Elon Musk, de Joe Biden et dresse l’état des lieux du Parti républicain à six mois des élections de mi-mandat.

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© Valentin Deniau pour L'Incorrect

Twitter a récemment été acheté par le milliardaire ElonMusk, dont on sait qu’il finançait jadis le Parti républicain. Comment cette décision est-elle accueillie par l’opinion publique américaine ?

Le rachat de Twitter par Elon Musk est la chose la plus intéressante qui se soit passée à la Silicon Valley depuis longtemps. Historiquement, Elon Musk est un libéral proche de l’administration Obama. Avec le temps, il a cependant vu la gauche libérale tellement se gauchiser qu’il s’est retrouvé à droite.

Twitter reste la plateforme la plus importante pour poster des contenus politiques et donc prendre le pouls de l’opinion américaine. La population américaine a été très choquée que Donald Trump en soit éjecté alors qu’il était encore président des États-Unis. Depuis son exclusion, le réseau social est devenu de plus en plus agressif. Les libéraux de la Silicon Valley et les tenants de l’administration Biden ont commencé à décrire chaque argument de droite comme étant de la « désinformation », des « fake news » qu’ils prétendent démonter avec des fact-checkers. Il est devenu évident pour tout le monde qu’il s’agissait là d’une politisation de la vérité. De là, le rachat d’Elon Musk : la plupart des gens sont en accord avec ce qu’il veut modifier.

Quel regard les Américains portent-ils sur la guerre en Ukraine et sur la politique extérieure de Joe Biden ?

Je pense que l’opinion publique prend conscience que le conflit russo-ukrainien est utilisé pour couvrir les échecs politiques du gouvernement. Par exemple, l’inflation est très haute aux États-Unis, les prix augmentent et l’essence n’a jamais été aussi chère. Il devient très difficile d’acheter une voiture, il y a des problèmes dans la chaîne de ravitaillement, etc. Ce sont évidemment les résultats de phénomènes très compliqués, mais l’administration met tout sur le dos de la guerre et de Poutine. Tout ce qui va mal vient de Poutine, et ainsi elle s’exonère de ses fautes en politique intérieure.

L’Américain moyen pense que le conflit est très lointain. Il n’y a plus tellement d’intérêt pour ce sujet comme c’était le cas il y a deux mois. En ce qui concerne le Parti républicain, il est divisé en deux factions. La première considère que l’administration Biden n’est pas assez dure envers la Russie, qu’au fond Biden est faible et qu’avec les Républicains au pouvoir, Poutine n’aurait jamais agi de la sorte. La seconde faction, plus populiste et inspirée par la politique étrangère de Trump, est très sceptique à propos de l’engagement américain à l’extérieur. La division est d’ailleurs générationnelle : les jeunes Républicains sont du côté de Trump, alors que les plus âgés souhaiteraient un retour à une forme de Guerre froide. [...]

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