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Henri Guaino : « Maintenant nous sommes au pied du mur de la violence anomique »

La gifle reçue par Emmanuel Macron dans la Drôme est-elle le signe d'un danger encouru par la République française ? Nous avons interrogé Henri Guaino pour penser l'événement avec un peu de hauteur.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

La gifle reçue par Emmanuel Macron a déjà fait le tour du monde et soulevé une vague de soutien au président de la République. Beaucoup ont dit « c’est la République entière qui est giflée ». Partagez-vous cette analyse ?

Il faut toujours revenir aux deux corps du Roi. Il y a la gifle à la personne d’Emmanuel Macron qui n’est pas très grave et qui n’a pas beaucoup d’importance tant c’est une agression physique mineure au regard de tous les attentats commis dans l’histoire contre des chefs d’État. Ce n’est pas l’assassinat de Sadi Carnot, ni celui de Paul Doumer, ni l’attentat du petit Clamart contre de Gaulle.

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Mais si cette violence physique est mineure, la violence symbolique contre le deuxième corps du Roi, fut-il monarque républicain, est énorme. Les dégâts faits à la fonction sont irréparables.  On pense ce que l’on veut de celui qui exerce la fonction, de la manière dont il l’exerce, bon ou mauvais, le souverain est le souverain, aucune société ne peut vivre sans une représentation, une incarnation de son unité, de sa souveraineté. Toute atteinte à cette représentation est un de ces coup dur portés à l’ordre social qui se payent souvent très cher. Abattez cette représentation, et le chaos est au bout du chemin. Pour la société elle-même, dans son ensemble, c’est ce qu’il y a de plus sacré dans le social, au sommet de l’autorité dont elle est le principe même. Désacralisez l’autorité et elle s’effondre, et la société avec, jusqu’à ce que ce vide de sacré ait été comblé, jusqu’à ce qu’une autre représentation remplisse ce rôle.

La gifle n’est pas un geste désespéré, ni un geste de colère contre un président haï. C’est un geste d’humiliation porté contre le principe même de l’autorité de l’État. C’est l’ultime limite franchie dans la mise à bas de toute autorité. Si l’on peut gifler même le président de la République, on peut gifler le professeur, le policier, le maire, n’importe qui. Le problème n’est pas moral, il est social. Ceux qui condamnent moralement le geste et lui trouvent de bonnes raisons politiques n’ont rien compris à la crise de l’autorité et à ce qu’elle annonce de malheurs à venir. Il serait temps d’essayer de prendre la mesure de ce que ce genre d’évènement peut produire dans l’esprit de chaque citoyen et de chaque enfant.

Pensez-vous que cet événement est le signe d’une désacralisation de la fonction présidentielle sous Emmanuel Macron ? Peut-on faire remonter cette tendance plus en arrière ?

Oui, on peut y voir une manifestation de la désacralisation de la fonction présidentielle. Celle-ci s’inscrit dans un processus généralisé de désacralisation. Tout y concourt, depuis longtemps : l’inculture, le quinquennat, l’argent, la marchandisation, l’utilitarisme, etc. Laissons là l’inventaire à la Prévert sans fin des causes délétères.

Ne cherchons plus les responsables, d’une certaine façon, nous le sommes tous. Cherchons plutôt les remèdes avant qu’il soit trop tard

La raison principale est l’oubli que le sacré fixe les limites au-delà desquelles nulle société n’est possible. Après avoir détruit le sacré religieux, nous avons détruit le sacré national, le sacré républicain et le sacré civique. Maintenant nous sommes au pied du mur de la violence anomique. Ne cherchons plus les responsables, d’une certaine façon, nous le sommes tous. Cherchons plutôt les remèdes avant qu’il soit trop tard et que, comme diraient les anthropologues, le sacré, puisque nous ne pouvons pas nous en passer, revienne, comme souvent dans l’histoire des civilisations, par le sacrifice sanglant. Comme quoi, une simple gifle peut avoir des conséquences beaucoup plus graves qu’il y paraît.

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