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Jean-Paul Gourevitch : des chiffres et des êtres

Spécialiste des questions migratoires, professeur, puis professeurs des professeurs avant d'être envoyé au Sénégal en tant que consultant international, Jean-Paul Gourevitch n'a pour engagement politique que de lutter contre la désinformation.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Pénétrant dans l’appartement parisien de Jean-Paul Gourevitch, on tombe nez à nez avec un géant de faïence vert, d’un goût plus que douteux, sorte de monstre gentil mi-homme mi-arbre : « Il a une sale gueule, il s’appelle Bougon, et bougon, c’est mon surnom. C’est un feuillu, il protégeait les maisons dans certaines traditions. Il m’est très utile, lorsqu’on me demande si je suis de gauche ou de droite. Je réponds : interrogez-le, lui il sait ». Se dissimuler derrière une statue incompréhensible, se dérober, serait-ce le fin mot de la vie de notre interlocuteur, frais retraité à qui on donne aussi peu d’âge que de situation sociale ?

Monsieur Gourevitch, réputé pour être l’un de nos plus grands spécialistes pour nos questions migratoires, est en effet bien plus que cela. « J’ai mené une vie hétéroclite, mais choisie, commence le très disert retraité. J’ai été professeur de français-latin-grec à la fin des années 60, puis prof d’audiovisuel. Je suis ensuite devenu prof de prof, dans l’académie de Créteil. En 79, j’ai pris une année sabbatique pour soutenir ma thèse sur l’imagerie publicitaire ».

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Il faut croire qu’enseigner ne suffit pas au bouillonnant personnage : « Au milieu des années 80, je fonde et deviens directeur du centre de formation de l’enseignement catholique à Paris, un lieu tout nouveau, qui devait permettre aux professeurs du privé de préparer l’agrégation ou le Capes, tout ceci dans le contexte très tendu des années Mitterrand, où privé et public s’affrontent comme jamais ».

Mais en 1986, alors que la droite revient au pouvoir, Jean-Paul Gourevitch abandonne un poste qu’il juge désormais dépassé et inutile. L’ancien directeur de l’enseignement catholique lui propose de devenir consultant international et l’expédie au Sénégal pour rebâtir un système éducatif entier en collaboration avec la Banque mondiale. Son amour de l’Afrique est né, et au-delà se profile ce qui va devenir l’un des poumons de sa vie intellectuelle, la question brûlante et contemporaine des migrations.

« Je voudrais montrer à quel point les journaux pour la jeunesse ont accompagné l’évolution du statut de l’enfant. Je produis généralement des objets non identifiés qui déconcertent les éditeurs »

Abonné aux tempétueuses ruptures, l’anarchiste qui s’ignore abandonne sa confortable situation quand on lui propose de travailler pour le tyran Mobutu qui gouverne ce que l’on appelle alors le Zaïre. Retournant à ses chères études, il enseigne « l’imagerie politique » à l’université de Paris-Créteil. Parce que la vie de Jean-Paul Gourevitch tourne aussi autour de l’image : créateur d’un jeu de cartes pour le Musée Cocteau, il est encore spécialiste des journaux illustrés pour la jeunesse, et travaille actuellement à une grande encyclopédie sur le sujet, pour une période qui court de 1770 à 2020 : « Je voudrais montrer à quel point les journaux pour la jeunesse ont accompagné l’évolution du statut de l’enfant. Je produis généralement des objets non identifiés qui déconcertent les éditeurs ».

Mais sinon ? D’où vient-il et que croit-il ? « Je suis fils d’un chimiste russe juif et d’une institutrice française, catholique anticléricale. Moi je n’ai pas la foi, mais j’ai fait deux fois le pèlerinage de Chartres ». Aucun effet de la grâce ne s’est-il manifesté ? « Il y a dans l’Église et dans le christianisme en France un côté roman national, qui me plaît. Mais il y a en même temps un attachement à des rites qui me paraissent d’un autre temps, et scientifiquement des choses qui pour moi ne passent pas[...] ».

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