Des coïncidences pour le moins accablantes et un nouveau scandale pour le gouvernement Macron ? C’est ce qui apparaît à la lecture de l’enquête de Jeune Afrique qui révèle de nombreux faits troubles autour de Jean-Yves Le Drian. Ceux-ci tournent autour de deux points : un favoritisme auprès de son fils Thomas et des pressions exercées sur l’ancien président malien aujourd’hui décédé, Ibrahim Boubacar Keïta.
La première affaire est peut-être classique dans les milieux politiques, mais pas pour autant tout à fait admissible. Jeune Afrique révèle qu’en 2015, lors du plus grand salon international de l’armement du monde, l’Idex, Thomas Le Drian était présent pour serrer des mains. À Abu Dhabi, ce sont les plus grandes armées au monde qui exposent leurs innovations au milieu des grands constructeurs d’armes. Mais alors, que fait le Directeur Réseau de la CDC Habitat (entreprise nationale des logements sociaux) dans cette réunion ? Ne faisant pas partie de la délégation officielle, on se demande comment un jeune homme de 31 ans a pu faire sa place dans un milieu au exclusif que celui-ci.
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Ou plutôt, on imagine aisément une hypothèse : que ce soit par les réseaux de son père, ministre de la Défense de François Hollande, qu’il y est entré. Thomas le Drian rencontre ainsi tous les pontes de l’industrie militaire dont le prince Mohammed Ben Zayed Sultan, prince émirati et homologue de Jean-Yves le Drian. Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là. En effet, le lecteur attentif se rendra compte qu’à 31 ans, être le directeur du réseau d’une entreprise nationale, c’est assez impressionnant. Ça l’est d’ailleurs encore plus lorsqu’on apprend qu’il est l’un des 13 membres du Comité Exécutif de l’entreprise depuis deux ans, et ce alors même que l’école dont il est issu, l’ISC Paris, n’est qu’assez moyenne. Peut-être d’ailleurs un moyen pour André Yché, le président de l’entreprise, de se faire bien voir du nouveau gouvernement PS.
Mais ce n’est pas pour nouer des contrats avec son entreprise nationale d’immobilier que Thomas Le Drian s’est rendu à l’Idex. En effet, cela fait depuis septembre 2020 que le jeune cadre dynamique a quitté l’entreprise pour monter sa propre société, Build-up Consulting, qui n’est autre qu’un cabinet de conseil au sens très large du terme, travaillant pour tous types de profils, du particulier jusqu’à l’organisme public et pour tous types de services. Si l’entreprise est très discrète – elle n’a ni site internet, ni page sur un quelconque réseau,– c’est peut-être parce qu’elle ne souhaite pas se faire connaître du grand public. Selon les révélations de Jeune Afrique, Thomas Le Drian se serait associé de façon tout à fait officieuse à Bernard Squarcini, ancien haut-fonctionnaire des services de renseignements français, proche de Nicolas Sarkozy et aujourd’hui consultant pour LVMH. Mis en examen dans l’affaire Bettencourt entre autres, il a été condamné à plusieurs reprises pour trafic d’influence, faux en écriture et autres joyeusetés. Pas l’homme le plus intègre de notre belle administration en somme. Une source a par ailleurs révélé au journal africain que Thomas Le Drian travaillerait avec l’entreprise française Idemia. Alors, il est possible que Jean-Yves le Drian ait construit le réseau de son fils qui l’utilise aujourd’hui à des fins pécuniaires.
Le ministre de la Défense de François Hollande aurait lourdement insisté pour que ce soit une entreprise française qui le prenne en charge : Oberthur
Pour autant, le ministre des Affaires Étrangères ne s’arrêterait pas là, toujours selon Jeune Afrique. Depuis le début du quinquennat Hollande, il a noué de solides relations avec de nombreux dirigeants africains afin de se bâtir la réputation de « Monsieur Afrique ». Pourtant, il apparaîtrait que ce n’est pas seulement pour les intérêts de notre belle nation que Jean-Yves Le Drian a cherché à mieux connaître ce continent. Est-ce que cela nous surprend de la part d’un politicien du PS ? Pas vraiment. En effet, ce serait pour satisfaire des ambitions personnelles, mais aussi pour satisfaire les ambitions de ses amis que l’Afrique serait devenu un sujet primordial pour lui. En effet, de nombreuses pressions auraient été exercées, notamment sur l’ancien Président du Mali Ibrahim Boubacar Keïta, mort il y a un mois.
L’affaire se serait déroulée en 2015 alors que le pays devait renouveler un contrat de fabrication de passeport biométrique. Depuis 2001, le travail était effectué par une société canadienne, mais lors du renouvellement, le ministre de la Défense de François Hollande aurait lourdement insisté pour que ce soit une entreprise française qui le prenne en charge : Oberthur. Si défendre les intérêts des entreprises de son pays est louable, défendre une entreprise en particulier est plus problématique. Malgré le doublement du prix (et une hausse de la qualité des produits, il faut en convenir), le gouvernement malien accepte.
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Cependant, deux choses chiffonnent. La première est qu’Oberthur a fusionné en 2017 avec Morpho pour devenir la société Idemia. Mais si, Idemia ! L’entreprise avec laquelle Thomas Le Drian ferait aujourd’hui affaire ! Si tout cela se fonde sur des suppositions, il faut admettre que l’histoire n’aurait rien de bien surprenant. Le second problème est l’attachement de Le Drian père à ses amis bretons. L’homme est attaché à sa région, très bien. Le problème, c’est que l’ancien président de la Bretagne semble très bien connaître ces chefs d’entreprise. En bon politicien, il fréquente de nombreux cercles comme le « Club des Trente » où l’on retrouve par exemple Bolloré ou Pinault. Mais au-delà de ça, il a largement favorisé l’accession à la Légion d’Honneur des patrons de La Brioche Dorée et du groupe Yves Rocher, tous deux bretons. De plus, un tiers des déplacements officiels du ministre se déroulent en Bretagne, région dans laquelle il multiplie les interventions. Il y disait d’ailleurs devant 200 patrons en 2018 : «?Il faut que nous prenions toute notre place dans le développement de l’Afrique. Pour l’exportation, c’est une destination essentielle?». Quand il faut aider les copains, avoir un solide réseau africain, c’est pratique. Il avait d’ailleurs aidé Safran, dont le siège est à Fougères, à obtenir deux importants contrats d’armement avec l’Égypte et autres Thalès ou Naval Group en faisant avancer leurs dossiers selon Jeune Afrique.
«Il faut que nous prenions toute notre place dans le développement de l’Afrique. Pour l’exportation, c’est une destination essentielle»
Jean-Yves Le Drian
Ces relations ont aussi probablement profité à, surprise, Thomas Le Drian. Comme on peut le constater sur son profil LinkedIn, ce dernier à travaillé un an durant chez « Pineau Cycling Evolution », une entreprise détenue par Patrice Etienne, un important homme d’affaire breton qui possède une dizaine de sociétés dont plusieurs sont cotées en bourse. Si aucun rapprochement direct ne peut être établi entre le ministre et l’industriel, on sait que l’ancien chef de région a le bras long.
S’il semblerait audacieux d’accuser formellement Jean-Yves Le Drian de favoritisme, on peut néanmoins s’interroger sur la surprenante absence totale de médiatisation de ces histoires assez troubles. Expansionnisme breton ou simple conflit d’intérêt ? Le débat reste ouvert.





