Jeffrey Epstein : le dernier vol du Lolita Express

Jeffrey Epstein s’est éteint. Le sulfureux milliardaire ne pourra plus raconter son histoire ; celle de l’élite internationale et de ses mœurs. Cette fin sordide dans une cellule d’isolement « anti suicide » de la prison de Manhattan n’en a pas fini de faire parler. Au vu de la tournure des évènements et de l’ambiance paranoïaque, il y a même fort à parier qu’il sera difficile de distinguer la vérité des fantasmes qui entourent ce qu’on appelle désormais « l’affaire Epstein ». De quoi peut-être arranger tout le monde … les complices comme ceux que les faits ne satisfont jamais vraiment.

 

Relativement peu connue en France, l’affaire Epstein est pourtant antérieure à d’autres scandales sexuels retentissants révélés ces dernières années. Avant Dominique Strauss-Kahn, Harvey Weinstein et le mouvement « Me Too », il y eut Jeffrey Epstein. Le pire d’entre tous ? C’est probable au vu des éléments portés à la connaissance du public. Tout a commencé en mars 2005 quand une femme a contacté la police de Palm Beach après que sa fille à peine âgée de 14 ans ait été invitée par une femme à passer une soirée dans le manoir du grand financier new-yorkais pour y prodiguer un massage en petite tenue moyennant un pourboire de 300 dollars, soit à la fortune de Jeffrey Epstein ce que représente un demi centime d’euros pour le commun des mortels. Les diverses investigations ont par la suite conduit Jeffrey Epstein à être inscrit sur la liste des délinquants sexuels puis à se trouver derrière les barreaux … dans une prison qui le laissait travailler six jours sur sept à son bureau. Une sinécure qui est très mal passée au pays de l’Oncle Sam, d’ordinaire peu complaisant avec les criminels de ce genre.

 

La macronie ou la revanche de la DSK(onnection)

 

Les faits reprochés à Jeffrey Epstein étaient, en effet, assez graves. L’homme aurait eu recours aux services de prostituées mineures à une cadence industrielle, puisque des employés de sa maison ont déclaré qu’il recevait des « massages » quotidiennement de la part de filles presque toujours différentes. À l’époque, les enquêteurs ont même affirmé que Jeffrey Epstein filmait tous les ébats qui avaient lieu dans sa maison, y compris quand ils étaient le fait d’invités. De quoi lui permettre de pratiquer le chantage sur des politiciens et des partenaires d’affaire ? Bien défendu par les meilleurs avocats du pays – parmi lesquels Alan Dershowitz, nous y reviendrons -, Jeffrey Epstein réussit alors à s’en sortir. L’histoire d’une vie pour un homme de Brooklyn issu d’un milieu modeste, dont les dons exceptionnels en mathématiques lui permirent d’attirer l’attention du puissant président de la banque d’investissements Bear Stearns, le dénommé Alan Greenberg qui fut son parrain et mentor.

L’homme aurait eu recours aux services de prostituées mineures à une cadence industrielle, puisque des employés de sa maison ont déclaré qu’il recevait des « massages » quotidiennement de la part de filles presque toujours différentes

Si l’affaire Epstein s’était arrêtée là, elle n’aurait pas eu le retentissement qu’on lui connaît. Pathétique exemple de ce que l’argent permet de s’offrir, elle n’aurait pas été l’un des scandales de ce début de siècle aux Etats-Unis. Problème : Jeffrey Epstein avait un sacré carnet d’adresses. En 2015, Viriginia Roberts relança donc la machine judiciaire contre l’ami de Bill Clinton et de Donald Trump, lequel avait coupé les ponts au mitan des années 2000 en déclarant qu’Esptein avait le même amour des filles que lui … mais qu’il les aimait beaucoup trop jeunes. Volontiers secret, Epstein conservait des carnets dans lesquels il mentionnait les noms de ses invités dans ses résidences, ses bateaux ou son avion surnommé le « Lolita Express », grâce auquel il convoyait de jeunes et accortes personnes vers ses lieux de villégiature et de débauche. Pour les recruter, il avait trouvé en l’héritière britannique Ghislaine Maxwell (fille de Robet Maxwell) une âme sœur. Citée par la victime Roberts – qui affirme avoir été l’esclave sexuelle du couple entre 1999 et 2002, moment où elle était mineure – comme sa « formatrice » pour donner du plaisir aux amis de la famille, Ghislaine Maxwell était une invitée d’honneur du mariage de Chelsea Clinton.

 

The Boys et l’effrayante Amérique

 

Virginia Roberts a aussi mis en cause le prince Andrew, fils d’Elisabeth II et connu comme étant l’idiot de la famille. La pomme ne tombant jamais loin de l’arbre, on se souviendra que son grand-oncle le renonçant Edouard VIII livrait de fastueuses fêtes lors de son exil forcé en région parisienne avec son épouse américaine Wally Simpson. Bref, tout cela n’est guère reluisant pour tous ces gens. Un peu comme l’affaire Jimmy Savile en Angleterre, peut-être plus sordide encore par la nature et la gravité des faits, le cas Jeffrey Epstein jette une lumière crue sur une sociologie d’ordinaire observée au travers des papiers glacés de la presse people. La mort du susnommé Epstein arrangera donc quantité d’individus riches et célèbres, à tel point que ce suicide fait maintenant l’objet d’une intense polémique outre-Atlantique.

Combien de victimes ? Combien de complices actifs ? Combien de complices passifs qui ont fermé les yeux ? Le saura-t-on un jour ? Rien n’est moins sûr. Restera une tranche d’histoire comme l’époque en produit : aussi paranoïaque que glauque.

Jeffrey Epstein s’est-il vraiment suicidé ? A-t-on voulu le faire taire ? Rien ne permet de le dire avec certitude. Certes, les conditions de sa mort sont étranges. Comme dans un mauvais thriller, la caméra de surveillance de sa cellule d’isolement est tombée en panne au moment du suicide. D’autres détails ont aussi fait tiquer des spécialistes, à l’image du protocole non respecté de transport de son cadavre. Pourtant, en l’absence d’une enquête, il est interdit d’affirmer que l’homme ne se soit pas suicidé seul. Pour échapper à la justice des hommes et éviter des années d’enfermement, cet homme habitué aux fastes a très bien pu se vouloir se supprimer. Il y a quinze jours, il avait déjà fait une tentative. Est-il possible qu’il ait soudoyé un ou des gardes pour accomplir son funeste dessein ? C’est une idée à ne pas exclure. Evidemment, les conditions suspectes de ce décès vont nourrir toutes les théories. C’est légitime et logique, et ce d’autant plus que le ministère de la justice américain a aussi manifesté des soupçons sur les « négligences » relatives à son emprisonnement. En théorie, Jeffrey Epstein ne pouvait pas se suicider.

 

Combien de victimes ? Combien de complices actifs ? Combien de complices passifs qui ont fermé les yeux ? Le saura-t-on un jour ? Rien n’est moins sûr. Restera une tranche d’histoire comme l’époque en produit : aussi paranoïaque que glauque.

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grobin@lincorrect.org

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