John McCain, l’Ange de la Mort

L’Église était pleine. Les présences illustres ne manquèrent pas. Les Bush, les Clinton, Paul Ryan, Kissinger, Les Obama et beaucoup d’autres. La disparition de John McCain fut un événement de taille, les funérailles, la couverture médiatique, les déclarations d’admiration au guerrier acharné et à l’homme de famille venaient de partout, les adversaires d’antan s’ajoutaient aux admirateurs, les compagnons de route l’élevaient au  sommet, il n’était plus un politicien mais une figure représentative des valeurs américaines.

 

 

Sa vie fut longue et ses expériences variées, pour que vous puissiez saisir cela admirablement pensez qu’il est né quand Hitler commandait l’Allemagne et il est mort avec Merkel à la tête de la nation germanique. Il était un gamin pendant la Seconde Guerre Mondiale mais il a vécu la totalité de la Guerre Froide, cette période a été clef, elle a modelé son caractère et sa vision du monde.

Né dans une famille de l’aristocratie américaine – oui ils en ont une malgré les apparences – il a grandi dans une atmosphère militaire, sa famille est liée à l’armée, McCain a compris dès son enfance l’importance de cet attachement, l’option militaire s’est posée devant lui comme une évidence, comme une obligation. Servir. Et encore servir. Servir le seul idéal digne, celui de la République Universelle. J’imagine que vous connaissez la chanson par cœur; l’état de droit, les frontières molles, les droits de l’homme, le libéralisme, l’individualisme, le progrès. Cette essence calviniste que les Américains font remonter à la révolution de 1776 a des racines bien plus profondes, la période coloniale fut bien plus importante que la querelle avec la Grande Bretagne. Les treize colonies ont été animées par une mystique de la rectitude, une idée revenait sans cesse, celle qu’il faut ramener les pécheurs dans le giron de la vertu. Les Américains savent non seulement ce qui est mieux pour eux, mais également ce qui est mieux pour vous. Imposer leur vérité est plus qu’un choix, c’est une mission.

 

Les Américains savent non seulement ce qui est mieux pour eux, mais également ce qui est mieux pour vous. Imposer leur vérité est plus qu’un choix, c’est une mission.

 

L’adieu au soldat péri a vu monter les marches deux anciens présidents, Barack Hussein Obama II et George Walker Bush. L’hommage du républicain fut imbibé de ce que je viens de vous raconter, d’exceptionnalisme américain. De son côté le démocrate a été plus subtil, il s’est focalisé dans les qualités humaines au-delà des divergences profondes entre eux. Il a même dit qu’affronter le prestigieux sénateur a eu un effet positif dans sa capacité politique. Il enchaîna en disant que Bush eut ce privilège aussi. Selon Bush les deux mots qui définissent l’Amérique définissaient aussi John McCain, courage et décence. Il ne s’arrête pas là: « c’est cette combinaison de courage et décence qui fait de l’armée américaine quelque chose de nouveau dans l’histoire, un pouvoir incomparable pour le Bien… » Cette conception reste profondément ancrée dans l’esprit puritain, quand l’Amérique tue elle le fait au nom du Bien, elle tue parce qu’elle veut finir avec toutes les tueries, elle tue pour libérer et elle tue pour répandre la lumière.

Au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient la sanctification de McCain coïncidait avec la démonisation de Trump. Le président a été la cible indirecte de mises en garde préoccupées et sincères; la fille du décédé, Meghan McCain, a été la plus directe de tous, dans un discours qui mélangea hargne, amour, déception, tristesse et progressisme. La jeune femme, visiblement bouleversée par la mort de son père, n’a pas été à la hauteur de la situation, trop nerveuse, trop vindicative, trop déconnectée. Nonobstant le pire est ailleurs. Meghan est la définition caricaturale d’une RINO (Republican in name only/Républicain(e) seulement de nom). Ann Coulter et Laura Ingraham, probablement les deux femmes de la droite enracinée les plus populaires en Amérique, ont été critiquées sans aucune pitié par une héritière gâtée et instable. Cela rouvre une blessure impossible de guérir, l’idée que l’élection de 2016 a dépassé une ligne invisible, la croyance que les institutions furent ébranlées comme jamais, la peur d’un changement imprévisible.

 

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Les faucons néoconservateurs – copains de longue date de McCain – ne sont pas conservateurs, du tout. John Mearsheimer l’a déjà dit à plusieurs reprises, aller au Moyen-Orient pour transformer ces sociétés, pour les inculquer une idéologie étrangère, n’est pas une politique très conservatrice, bien au contraire, cela représente une volonté fantaisiste qui nous montre une facette d’ingénieur social, de modificateur des mœurs, la pensée conservatrice est absente de toute cette ambition démesurée. Mais les noms inappropriés restent quand les personnes les avalent. L’enseignement de l’ignorance est une réalité, Michéa n’avait pas tort.

Toutefois l’absence criante ne fut pas celle que la majorité croit, celle de Donald Trump. Le droit de choisir qui assiste à ses funérailles est sacré, dans un moment si intime on ne peut pas contrarier la volonté de celui qui est train de partir. Sarah Palin, figure controversée du paysage politique américain, a été choisie comme la future vice-présidente de McCain dans la course de 2008. La défaite des républicains fut attribuée à cette femme, c’est elle la grande absente. La décision de ne pas l’inviter prise en toute lucidité démontre que John McCain n’est pas le chevalier de l’honneur et de la décence, cela démontre qu’il partageait l’opinion de l’establishment de Washington, qu’il pensait que Palin, Trump et autres indésirables, qui font appel directement au peuple sont des démagogues; la phrase d’Hillary Clinton est partagée par une partie considérable des caciques républicains, une partie du peuple est pour eux une corbeille de déplorables (basket of deplorables).

 

Résistance? À quoi? Nous ne savons pas vraiment…mais ils sont certains qu’ils résistent.

 

Son idéologie a fauché une quantité inimaginable de vies mais cela n’a aucune importance, il trouvait à chaque fois une bonne raison pour plus d’invasions, il bafouait le droit international à chaque virage, il savait faire le tri entre les extrémistes fréquentables et ceux à éviter. Une prêtresse du politiquement correct, Susan B. Glasser écrivait récemment dans The New Yorker un article intitulé La cérémonie funéraire de John McCain était le plus grand rassemblement de la résistance jusqu’à présent. Résistance? À quoi? Nous ne savons pas vraiment…mais ils sont certains qu’ils résistent. En tout cas nous savons que l’irresponsable comparaison entre Trump et les Tyrans continue, sans aucune conséquence. C’est évidemment parce qu’il a supprimé l’opposition!

Alphonse Moura est géopolitologue, maître en Sciences Politiques et Relations Internationales.

moura@lincorrect.fr

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