Melodi est-il la suite de Mantra Moderne ?
Kit Sebastian : Melodi poursuit l’exploration sonore commencée dans notre premier album sans constituer pour autant un « deuxième volet ». Après avoir exposé notre manifeste artistique dans Mantra Moderne, nous avons élargi notre langage pour le transposer vers quelque chose de plus grand et contemplatif, tout en enrichissant notre palette instrumentale par des cithares, clavecins, congas, bongos, balalaïkas, orgues et saxophones.
Merve Erdem : On a franchi un cap, trouvé une nouvelle dimension dans le son : des musiciens de session ont rejoint l’aventure pour conférer à l’album une saveur orchestrale plus intense.
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Que trouvez-vous chez M. Bongo, au-delà de leurs rééditions éclairées ou compilations pointues ?
K.Sebastian : J’aime leur façon de connecter les artistes entre eux. Ils relient les scènes et les géographies pour créer de nouveaux dialogues musicaux.
Vous vouez un culte au cinéma. Quelles sont vos influences ou coups de cœur ?
M.Erdem : Notre musique est considérée comme cinématographique par beaucoup, et ce n’est pas une coïncidence parce que dans notre esprit, certains morceaux proviennent directement d’une scène, d’un personnage ou d’un compositeur de film. Par exemple, les paroles d’Inertia ont été écrites en écho à la performance de Marlene Dietrich dans L’Ange bleu et à la façon dont l’apathie de la modernité est communiquée au cinéma. Kozmos avait été influencé par les bandes sonores du polonais Krzysztof Komeda et de la musique de l’azéri Rafig Babayev. D’autres morceaux sont inspirés par le Solaris de Tarkovsky ou portent les traces d’Ennio Morricone.
K.Sebastian : On est très sensibles à toute forme de musique traditionnelle populaire mélangée à du rock, du funk ou de la pop, ce que l’on peut retrouver dans des mouvements musicaux comme la tropicalia brésilienne des années 70, ou parmi des expériences de fusion de jazz et mughan ancestral tel qu’il en existe en Azerbaïdjan depuis presque cent ans. Ma musique est empreinte de mon amour pour les disques vintage et des musiciens comme le pianiste et compositeur avant-gardiste Vagif Mustafazadeh, le bulgare Plovdiv Folk Jazz Band ou Mulatu Astatke, considéré, quant à lui, comme le père de l’éthio-jazz à la fin des années 1950 en Éthiopie.
Notre collaboration amène des idées riches et une constante effervescence intellectuelle. Nous instaurons une grande clarté de communication, et nous savons comment donner de l’espace à l’autre
Merve Erdem
Comment composez-vous ?
M.Erdem : Nous composons à deux la plupart des morceaux et des textes. Kit incarne plus généralement le côté musique pure, l’harmonie, la technologie et la production. Je suis plus axée sur les paroles. Il joue du piano et les mots me viennent, ou bien il arrive avec une structure de chanson à la guitare et je brode. Les paroles sont plus sombres qu’avant, il est souvent question des pensées qui surgissent à la fin de la nuit.
K.Sebastian : Sans partir dans des considérations techniques ennuyeuses, nous poursuivons nos envies de son analogique, grâce aux techniques éprouvées sur l’album précédent avec divers magnétophones. Il y a simplement encore plus de « couches » d’enregistrements successifs qui se mêlent, pour plus d’harmonie, de grain, et de textures inédites.
On qualifie déjà ce deuxième album de « mûr » ! N’est-ce pas un peu tôt ?
M. Erdem : Si l’on considère notre collaboration, le fait qu’on se connaît plus et mieux, c’est sans doute vrai ! Il y a surtout plus d’espace de recherche et de compréhension artistique.
K.Sebastian : Les textes sont plus centraux, aussi. Pour percer à travers cette abstraction sonore, les voix de Merve se doivent de se montrer plus expressives, ensuite, on aborde des thèmes plus existentiels, politiques, ou sentimentaux. Mais ça reste assez satirique, heureusement !
Quelques mots sur le duo que vous formez…
K.Sebastian : Merve a grandi à Istanbul puis a étudié la sociologie et le cinéma à Rome. J’ai grandi entre la France et le Royaume-Uni et suis diplômé de la Guildhall School Of Music & Drama, et nous avons pourtant un goût musical et esthétique très similaire.
M.Erdem : Notre collaboration amène des idées riches et une constante effervescence intellectuelle. J’adore ça : nous instaurons une grande clarté de communication, sans rapports de pouvoir, et nous savons comment donner de l’espace à l’autre.
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À quoi ressemble votre groupe sur scène ?
K.Sebastian : Nous sommes cinq. Je suis au clavier – synthés en électro, et à la basse, guitare et encore d’autres instruments. Ce que l’on joue est très près du studio, par fidélité à nos recherches, mais il existe une différence de taille puisque l’auditoire fournit une énergie particulière.
Connaissez-vous votre public ?
M.Erdem : Notre public est vaste et nous voulions bien sûr viser hors de la Grande-Bretagne. Il est constitué principalement de personnes ayant une large ouverture d’esprit. Certains aiment la musique turque, d’autres sont là pour les références aux sonorités des années 60-70. Il y a les inconditionnels des musiques psychédéliques modernes. Mais par-dessus tout ce sont les collectionneurs de disques, les amoureux des compilations et autres « diggers », ces « creuseurs », véritables chasseurs de sons alternatifs, qui nous suivent avec ferveur.
K.Sebastian : Et à notre plus grande surprise – car notre son et notre production sont si différents de ces univers – on suscite un véritable engouement auprès de DJs et artistes Hip Hop !
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Qu’est-ce que la pop pour vous ?
K.Sebastian : La musique pop est une tentative d’expression des idéaux de la jeunesse condensée en titres de trois minutes. Il est vrai que ça peut sembler banal et inauthentique, cela se résumant la plupart du temps à recréer le nihilisme adolescent… Mais quoiqu’il en soit, cela aboutit tout de même à quelque chose qui ressemble à une rébellion contrôlée et manufacturée. Le contexte n’est pas très important, ni la date, et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec les plateformes, où les gens écoutent des programmations hors de tout contexte.
M.Erdem : C’est cette expérience d’écoute sans cadre culturel ni préjugés qui a influencé notre approche. La pop, c’est vraiment cet aspect léger, simple, et accessible, sans négliger la qualité de la musique.






