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La Bosnie-Herzégovine déchirée entre unitarisme et sécessionnismes

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Publié le

21 mars 2022

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Vingt-sept ans après les accords de Dayton, la Bosnie-Herzégovine est tiraillée entre unitarisme et mouvements centrifuges. En 2022, cet État est marqué par une émigration massive, la paupérisation de sa population et la fragilité d’institutions pléthoriques : 14 Premiers ministres, 180 ministres et 13 gouvernements pour 4,2 millions d’habitants.
Bosnie

À l’heure où les canons tonnent en Ukraine, le renforcement de la mission européenne Althéa et le survol de la Bosnie-Herzégovine par des rafales de l’OTAN nous montrent le rôle stratégique de cette région d’Europe.

Depuis plusieurs années, la Bosnie-Herzégovine est l’objet de vives tensions politiques. En avril 2021, un scandale a fait revenir sur le devant de la scène la question nationale en Bosnie-Herzégovine. Janez Janša, Premier ministre de la Slovénie, profitait de son mandat de président de l’UE pour faire fuiter un « non paper » détonnant : un projet de démembrement de la Bosnie, avec la Srpska rattachée à la Serbie, la Herceg Bosna à la Croatie et les Musulmans bosniaques ne gardant que le centre du pays. Le 23 juillet 2021, un autre scandale éclatait : le Haut représentant de l’ONU, Mr Inzko, faisait promulguer une loi pénalisant la négation du crime de génocide. Cette loi veut empêcher la remise en cause du génocide de Srebrenica ; mais elle vise surtout Milorad Dodik, président de la Bosnie-Herzégovine, qui a toujours refusé, contrairement au président de Serbie Aleksandar Vucic, de reconnaître le chiffre de 8000 morts. Il estime que cela remet en cause l’existence même de la Srpska.

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La coupe était pleine pour Dodik, lequel a décidé de contre-attaquer. À partir d’octobre 2021, il a présenté à l’Assemblée de la Republika Srpska plusieurs projets visant à ramener dans cette entité certaines prérogatives (santé, économie, impôts) dévolues à l’État fédéral. C’est ainsi qu’une bataille a été engagée entre Banja Luka et Sarajevo, la première exigeant que les propriétés foncières (terres, forêts, ressources) soient réattribués à la Srpska, alors que la seconde pour le moment freine ces transferts de propriété du niveau fédéral vers la Srpska. Contrairement à l’épouvantail agité par la presse occidentale, Dodik n’a  jamais parlé de sécession : il lance à plusieurs reprises l’idée d’une forte autonomie, en parlant de confédéralisation. Sachant que c’est sa seule chance, il est le plus grand défenseur des Accords de Dayton, garants de l’existence de la Republika Srpska. Dragan Covic, président de la Communauté Démocratique Croate (HDZ) et vice-président de la chambre des peuples, s’est engouffré dans la brèche et prône depuis quelques mois la création de la Herceg Bosna, c’est à dire la renaissance d’un projet des années 1990 de région à forte domination ethnique croate.

Les Bosno-musulmans au pouvoir dans la Fédération croato-musulmane peuvent compter sur le soutien indéfectible des États-Unis

Valentin Inzko, Haut représentant de l’UE en Bosnie-Herzégovine entre 2009 et 2021, a profité de la crise ukrainienne pour réclamer le 1er mars 2022 une accélération des négociations d’adhésion de la Bosnie-Herzégovine à l’UE. La crise se développant, on apprenait que des avions survolaient chaque jour depuis début mars la Bosnie-Herzégovine, venant du porte-avions Charles de Gaulle, pour des raisons de sécurité. Sur ces questions, Milorad Dodik peut compter sur des soutiens importants. Le président de la Bosnie-Herzégovine s’est opposé à la venue du nouveau Haut représentant de l’ONU Christian Schmidt à Banja Luka : Dodik refuse la mainmise allemande sur cette région d’Europe, qui ravive le souvenir très mal vécu de la présence allemande en 1941-45. Il peut compter sur le soutien de la Russie et de la Chine, lesquelles ont rejeté à l’ONU le rapport de Schmidt sur la Bosnie-Herzégovine, mais aussi sur l’appui du Hongrois Viktor Orban ou du Slovène Janez Janša. En face, les Bosno-musulmans au pouvoir dans la Fédération croato-musulmane peuvent compter sur le soutien indéfectible des États-Unis, par l’entremise de Gabriel Escobar, envoyé spécial du président américain Joe Biden pour les Balkans occidentaux, qui s’est rendu à Sarajevo pas moins de trois fois en un mois (décembre 2021) ou de l’Allemagne.

La Bosnie-Herzégovine, née aux accords de Dayton sur un compromis entre respect du droit des peuples et nation-building onusien, sera-t-elle à nouveau l’épicentre d’une opposition Est-Ouest ?


Alexis Troude est chargé de cours à l’Université de Melun Val de Seine et chercheur associé à l’Institut de Stratégie Comparée et à l’Ecole doctorale 138 de l’Université Paris-X.

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