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La dérive des idéologies intersectionnelles à l’Université

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Publié le

24 juin 2021

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Un comité d’universitaires indépendants a mené l’enquête sur la manifestation des idéologies dans la recherche et l’enseignement, après son abandon par le gouvernement. Il publiait samedi 19 juin leur rapport, que nous avons décortiqué.
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Créé en 2020, l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires est composé d’une centaine d’universitaires inquiets des dérives idéologiques dans le milieu académique. L’objectif est simple : dénoncer les idéologies « non seulement anti-républicaines mais également génératrices de ressentiment entre groupes ethniques, et matrice d’une dislocation de la Nation ». Suite à la demande d’enquête sur les dérives islamo-gauchistes dans le milieu universitaire par le ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, et alors que le CNRS a refusé de s’en charger, l’Observatoire a décidé de prendre le relai et vient de publier son compte-rendu.

Le rapport fait étalage de diverses annonces, thèses et conférences qui témoignent de l’ampleur qu’ont prise ces idéologies dans la sphère académique. Il s’articule autour de sept axes : thèses, revues scientifiques, publications et programmes de recherche, influence sur les sciences dures, offres de poste, axes de recherche en laboratoires, et enfin « cancel culture ». Il répertorie dans chaque cas un florilège d’énoncés, parfois accompagnés de courts textes explicatifs. Sans jamais nommer les auteurs, cette enquête conserve une certaine objectivité et s’efforce de se concentrer sur les faits.

Lire aussi : Islamo-gauchisme à l’université : un premier bilan

Au sujet des thèses, la typologie nous permet « par-delà l’hyperspécialisation caractéristique de l’exercice, (…) de voir que ce vocabulaire redessine un monde très simple, reposant sur des concepts explicatifs tout aussi simples dont la portée analytique est confuse ». Nous avons eu l’occasion d’en faire un sélectron succulent. Un autre axe expose les cas de six revues et d’un site auxquels l’Observatoire reproche un manque de neutralité, à l’image du débat scientifique : « D’une façon générale, ces revues qui se veulent scientifiques sont largement engagées et militantes ». D’après le rapport, le processus de sélection des articles publiés « ne répond pas aux critères habituels des revues académiques ».

Les chercheurs se penchent ensuite sur les publications et programmes de recherche « dont la convergence idéologique est frappante ». Comme pour les thèses, il est intéressant d’observer une « accumulation d’expressions anglophones, l’émergence des mêmes théories de race, genre et écriture inclusive ». On y trouve l’existence d’un nouveau domaine « genre » par les Presses de Sciences Po, ou un séminaire organisé par l’école et intitulé « Comment enquêter auprès des femmes portant le niqab ? ». Ces pratiques observées dans le milieu des sciences sociales et humaines, se propagent désormais dans les sciences dures. Certes, « l’affaire George Floyd a enflammé la question raciale et l’a mise au premier plan dans la société américaine (puis par mimétisme dans le reste du monde occidental) et dans la science et le domaine biomédical ». Mais dès 2016, on pouvait entendre des revendications telles que « décolonisons la science », mouvement né en Afrique du Sud dans l’université de Cape Town. Même les offres de recrutement pour des professeurs ou maîtres de conférences ne font plus semblant d’être neutre : ces offres d’emploi répondent à la demande des étudiants, et sont vérifiées par des « conseils centraux », les mêmes qui attribuent les postes à responsabilité.

Ces idées visent in fine à changer la société, et le corps enseignant n’hésite pas à passer à l’action

Cette demande exponentielle résulte de la diversification des enseignements proposés. Les nouvelles matières, importées des États-Unis, ont trouvé leur public en France, auprès des étudiants comme des professeurs qui explorent ces « critical studies ». Le problème fondamental est la confusion tolérée entre enseignement et militantisme. Profiter de sa qualité d’enseignant-chercheur pour promouvoir un discours orienté, clivant et politisé auprès d’une population influençable est plus que discutable : « La question peut se poser dès lors que l’on devient ‘militant-chercheur’ et que l’on transforme son poste institutionnel pour en faire la tribune d’une idéologie dont on peine à discerner si elle l’emporte sur la mission d’analyse ». En outre, ce comportement ne s’arrête pas là. Ces idées visent in fine à changer la société, et le corps enseignants n’hésite pas à passer à l’action. C’est pourquoi le bilan évoque en dernier axe la notion de « cancel culture » qui désigne « un certain nombre d’opérations de pression exercées notamment par des associations étudiantes, des collègues ou des collectifs dans le but d’obtenir la rétractation de conférences, de formations ou de représentations artistiques ».

Lire aussi : Mathieu Bock-Côté : « Fanatique et résolue, cette minorité idéologique est prête à aller jusqu’au bout » 1/2

Il est regrettable que le milieu universitaire soit à ce point devenu un terrain de militantisme engagé, dans lequel le débat et la réflexion n’ont plus leur place. Sans critiquer l’existence de ces matières, le rapport fait état d’un « colonialisme de l’esprit », qui neutralise toute confrontation des idées, laissant le champ libre à une nouvelle bien-pensance intersectionnelle, racialiste et décoloniale.

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