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La nouvelle librairie – François Bousquet : Pour nous, le quartier latin est une Z.A.R., une «zone à reprendre»

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Crédit : DR

La Nouvelle librairie qui vient d’ouvrir rue de Médicis, le long du Luxembourg à Paris, connaît un petit succès. Et quelques désagréments. Lancée par un collectif réuni autour de la revue Éléments, elle a attiré l’attention des hommes les plus tolérants de France, les « antifas », qui n’ont pas hésité à manifester leur ire. En toute impunité. L’Incorrect a rencontré François Bousquet, son gérant.

 

Comment a été accueilli le lancement de La Nouvelle Librairie ?

En dépit d’une communication assez rare, on a pu constater qu’il y avait une attente de la part des lecteurs. Le lieu est inspiré, et surtout, on occupe à nouveau, enfin, le Quartier latin. Pour nous, le Quartier latin, ce n’est pas une Z.A.D., ce n’est pas une « Zone à défendre », c’est une zone qu’on a perdue depuis cinquante ans, après la période d’activité de la Table Ronde et les dernières polémiques des anarchistes de droite. Après : plus rien. Or, il y avait une attente du public qu’on redevienne centraux, et le Quartier latin n’est donc pas une Z.A.D., puisque c’était chez nous, c’est plutôt une Z.A.R. : une « Zone à reprendre ». Quant à notre fonction de libraires, je dirais que comme il y avait autrefois un « salon des refusés », j’aimerais que nous devenions la librairie des refusés.

 

De tous les refusés ?

Des refusés intéressants, qui ont quelque chose à dire.

 

Comment avez-vous eu les murs ?

C’est un bail de trois ans. Le loyer est assez élevé étant donné le quartier, mais c’est un projet collectif. Plutôt que des colloques ou une arrière-salle dans un café, nous cherchions un lieu, avec Éléments (dont François Bousquet est le rédacteur en chef, ndlr) afin de pouvoir rencontrer nos lecteurs. Nous n’avions pas de vision cohérente de nos lecteurs, nous voulions pouvoir échanger avec eux, savoir ce qu’ils aimaient ou ce qu’ils n’aimaient pas dans la revue. Nous avons également noué des partenariats avec Pierre-Guillaume de Roux, Via Romana, l’Institut Iliade, mais également avec Academia Christiana. Tout cela est en train de se construire, mais l’objectif est d’ouvrir, pas de privatiser. Nous voudrions que les éditeurs s’approprient la librairie pour renouer, prétention mise à part, avec l’esprit des « Jeudis de Zola » ou des soirées de Sainte-Beuve ou Mallarmé.

 

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Le fonds paraît malgré tout plus politique que littéraire…

En neuf, il y a beaucoup plus de politique, c’est vrai. Mais il y a quelques auteurs qu’on souhaite vraiment mettre en avant : on voudrait qu’il y ait par exemple un gros bloc Dostoïevski, comme il y a vingt Céline, quinze Jünger, dix Bernanos, etc. La bouquinerie dispose d’un choix très important, et nous n’abandonnons pas la littérature. Cela étant, dans le dispositif métapolitique, la réalité du public n’est pas uniquement littéraire, et je suis aussi un commerçant. Je suis un anti-bourdieusien mais malgré tout un grand lecteur de sociologie, en particulier au sujet des stratégies de domination culturelle, et il se trouve que nous sommes vraiment à l’épicentre du pouvoir culturel. On a voulu s’y réinscrire.

 

Quelle est la coloration politique de la librairie ?

On nous reproche de faire la librairie du l’union des droites, mais réunir les droites est un vœu pieux. Ce qu’on aspire à faire, c’est nous ouvrir, si possible et s’ils veulent bien de nous, aux conservateurs de gauche, de Michéa à Albert Camus en passant par Georges Orwell. Nous souhaitons nous adresser à un front antilibéral qui campe globalement à droite aujourd’hui. L’identité politique de la librairie est donc plutôt à chercher de ce côté-là.

 

La Nouvelle Librairie est plus « antilibérale » que « de droite » ?

De fait, moi, je suis un homme de droite, mais je ne représente pas le point de vue majoritaire d’Éléments. La revue défend un dépassement du clivage droite-gauche, moi, je pense qu’il y a des permanences structurantes très fortes et que le clivage droite-gauche en est une. La revue est un espace de liberté : on accepte que son rédacteur en chef n’adhère pas à cette idée de l’effacement du clivage. Cela étant, je vais quand même faire en sorte que la librairie reflète cette perspective, en mettant en avant tout ce qui pourrait permettre de nouer une alliance entre conservateurs de gauche et conservateurs de droite, populistes de gauche et populistes de droite.

 

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Vous vous situez dans une perspective de guerre culturelle…

 

Je crois que nous ne sommes pas en mesure de mener une guerre culturelle parce que nous n’avons pas la puissance suffisante pour affronter Goliath. Nous sommes David et recourons aux stratégies de la « petite guerre », nous nous approprions les codes de l’adversaire : l’insurrection, le Quartier latin.

 

Et vous avez subi une attaque des antifas. Que s’est-il passé ?

Ils sont venus à cinq, casques à la main, comminatoires, menaçants, et ils ont éprouvé la solidité des grillages, nous ont traités de « salauds de fascistes ». Ce sont des gens de 20, 25 ans, la sociologie classique des antifas : CSP+, enseignants et étudiants du supérieur. C’est tout le paradoxe. Ce qui est fascinant, c’est le sentiment d’impunité qui les habite.

 

Et vous attribuez cette attaque au papier de Jérôme Dupuis dans L’Express ?

On en est à s’interroger… On a mis en demeure L’Express.

 

Vous estimez avoir été « fascisés » par le journaliste et ainsi désignés à la vindicte ?

On sélectionne certains livres et on les rassemble pour nous coller une certaine image, mais allez sur les quais dans une bouquinerie ! On y vend les mêmes livres que nous !

 

Je crois que nous ne sommes pas en mesure de mener une guerre culturelle parce que nous n’avons pas la puissance suffisante pour affronter Goliath. Nous sommes David et recourons aux stratégies de la « petite guerre », nous nous approprions les codes de l’adversaire : l’insurrection, le Quartier latin

 

Oui, mais le bouquiniste sur les quais n’a pas de prétention politique…

Ça, vous n’en savez rien ! J’ai été formé à L’Âge d’Homme, à l’école de Dimitrijevic, qui était un libraire généraliste, et dans l’absolu, un libraire ne s’interdit rien, sauf les bouquins interdits ! Dupuis s’est focalisé sur trois bouquins, et puis le titre qu’il a donné à son article nous flingue ! Je ne veux pas qu’on se laisse enfermer, ni L’Incorrect, ni Limite ni Éléments, dans l’étiquette « extrême droite » ! « Une librairie d’extrême droite ouvre au quartier latin » : ça vous flingue, ça !

 

Comment décririez-vous le renouveau culturel conservateur ?

Il y a un renouveau conservateur, ça ne fait pas un pli, d’Eugénie Bastié à Matthieu Bock-Côté. Après, je pense qu’on se méprend sur le conservatisme. Ce n’est pas parce qu’il ne constitue pas un corps idéologique qu’il n’était pas là pour autant. Le conservatisme, c’est ce qui protège la société. Ce que rapportent les travaux de Louis Dumont sur la France et l’Allemagne où il définit ce qu’est la gauche et ce qu’est la droite, c’est que la droite, en réalité, ce n’est pas l’universalisme ou les Droits de l’Homme : on ne la voit pas, mais c’est ce qui fait tenir la société, ce qui fait en sorte que la société n’est pas livrée à l’entropie, à la désagrégation. Si on songe à la transmission, à l’éducation des enfants, la droite a toujours été là.

 

Tout aurait été tellement désagrégé que le conservatisme, à force, se rendrait visible ?

Voilà, et puis le conservatisme se dépoussière. Moi, ce n’est pas ma famille politique, personnellement, ma famille politique, c’est le populisme et le poujadisme. Mais manifestement, le conservatisme revient sous la pression migratoire, le problème de l’islam qui se pose comme il ne s’est jamais posé depuis le siège de Vienne…

 

Et les questions sociétales ?

Oui, mais justement, à propos du conservatisme, il faut que les conservateurs liquident l’hypothèque libérale. La poussée des droits individuels a poussé à l’éclatement des mœurs communes.

 

Orban n’est-il pas en train de lever cette hypothèque, avec sa formule de « démocratie illibérale » ?

Oui, tout à fait.

 

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La gauche prétend que les conservateurs ont gagné la guerre culturelle. Qu’en pensez-vous ?

Il s’agit d’une guerre au long cours… J’adore Zemmour, il vend 500 000 exemplaires du Suicide français et j’espère qu’il va éclater les scores avec son dernier livre, mais ce n’est pas non plus le livre le plus vendu en France, et Patrick Boucheron atteint les 100 000 exemplaires !

 

La droite ne recule-t-elle pas dans le monde universitaire officiel, à une époque où Antoine Compagnon est le prof le plus à droite qu’on puisse trouver à la Sorbonne ?

Quand j’ai fait des études de lettres à la Sorbonne au tournant des années 90, l’ancien patron de l’UFR de lettres, c’était Jacques Robichez qui était président du Comité Scientifique du Front National ! Tout cela est inconcevable aujourd’hui ! La gauche dispose dans la culture d’une rente de monopole. Seulement, l’histoire économique nous apprend que les rentes de monopole sont mortelles. J’ai toujours en tête de grands éditeurs qui étaient des libraires au départ, comme Vladimir Dimitrijevic ou Jean-Jacques Pauvert, et eux auraient dit que c’était un scandale d’attaquer une librairie, quel que soit le bord politique ! Pauvert, qui est loin de nous politiquement, aurait protesté. C’est dire comme la chape de plomb est écrasante. Je suis à la fois profondément pessimiste, parce qu’il y a des rentes de situation à gauche, qu’ils en vivent, mais je suis à la fois plein d’espoir, sidéré par le nombre de jeunes gens qu’on attire de Paris I, Paris IV…

 

Propos recueillis par Romaric Sangars et Jacques de Guillebon

La Nouvelle librairie accueillera Éric Zemmour le 26 septembre à 18h pour une séance de dédicace (11 rue Médicis, 76006)

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