La salafisation des esprits

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Le ramadan 2019 fait, une nouvelle fois, l’objet de certaines affiches publicitaires dans les couloirs du métro parisien. C’est récurrent, voire traditionnel, depuis cinq ans. Outre la polémique de février dernier concernant la tentative de commercialisation, par l’enseigne Décathlon, du « hijbab de running », un fond de sauce sociologiquement favorable au salafisme se fait de plus en plus prégnant dans la société française. Il faut dire que, pour les médias de masse, le salafisme n’est rien d’autre qu’un rigorisme de l’islam.

 

L’imposition, dans l’espace public, des produits halal et des tenues comme la djellaba (pour les hommes), le niqab le hijab ou la burqa (pour les femmes), relèverait davantage d’un phénomène de mode inhérent au besoin légitime de reconnaissance identitaire. Comme à Toronto ou à Londres, il faudrait admettre qu’une société civile égalitariste a pour vocation de laisser le loisir à chacun de se vêtir et de se nourrir comme il le souhaite. En définitive, Business is finesse. Au niveau idéologique comme culturel, le monde islamique est profondément phagocyté par la confrérie des Frères musulmans, fondée en Egypte par Hassan al-Banna (1906-1949).

 

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Ce dernier prône le retour à une conception littérale du Coran, autrement dit la pleine réalisation de la réforme pensée par le salafisme au XIXème siècle. Dans tous les cas, le salafisme est à l’islam ce que le néo-évangélisme anglo-saxon est au christianisme, c’est-à-dire une couche superficielle de nihilisme : faire d’un arrière-monde le véritable Monde, c’est-à-dire faire de l’émotion l’authentique raison. En somme, le spirituel doit coûte que coûte pénétrer le matériel, et ce, quitte à user, voire abuser, des éléments circonstanciels. Dès lors, le salafisme va de pair avec un certain économicisme. La drogue amène l’argent, et l’argent amène les armes. La stratégie consiste à s’insérer au cœur de l’économie de marché afin de réaliser le véritable jihâd : la conversion, la moins contrainte possible, des « infidèles ».

Durant les années quatre-vingt dix, des observateurs peu avisés de nos banlieues nucléarisées pensaient que le goût obséquieux de l’argent pouvait annihiler toute velléité guerrière pour glaner des territoires. Or, il n’en est rien car ces derniers sont devenus des parts de marché. Précisément, le salafisme s’est ouvert à tous les marchés : boucheries et restauration halal, épiceries, Kebabs, bars à chicha et des fast-foods à tacos ou à crêpes. Beaucoup de gens savent, mais peu parlent. Le ministère de l’Intérieur et le ministère de l’économie gardent, pourtant, un œil sur ces business florissants qui s’étendent dans les centres-villes avec les meilleurs décors.

 

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L’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques refuse, pour l’heure, d’inclure dans le calcul du Produit Intérieur Brut les recettes générées par le trafic de drogue (qui, selon Le Figaro – article du 30 mai 2018 –, vaut en France 2,7 milliard d’euros par an). Par ailleurs, un nombre substantiel de commerces vendent de la viande halal sans avoir à le dire à leurs clients : le meilleur moyen, par exemple, de vendre des hot-dogs à bas prix. Pis encore, le XIème arrondissement de Paris est devenu une des principales places fortes pour des établissements dont la direction dissimule une « halalisation » des esprits (dixit Gilles Kepel) ainsi qu’une communautarisation de caïds nouvellement argentés. Les hummers et les ferraris s’installent devant l’entrée, et les jeunes femmes du staff servent un canard confit en hijab. Voilà un charivari où la charia se vante de tous ses charmes.

Ainsi, il n’y aurait rien de mal à porter le voile islamique dans l’espace public ou à exhiber sa djellaba. Dans le climat ambiant, AJ+ (Web TV, succursale de la chaîne qatarienne Al Jazeera) et Waheed (« magazine mensuel d’information générale qui veut rapprocher l’actualité arabe et européenne ») peuvent prospérer en France pour longtemps. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel veut plus de couleurs comme plus de genres (sous l’influence de LGBTQ+). Il est évident qu’il se déploie une autre convergence des luttes : entre l’ordre libéral-libertaire et le salafisme par essence, totalitaire. Il s’agit clairement de l’avènement de l’ordre islamo-libertaire.

 

Bénéficiant de ces différentes complaisances, les salafistes des grandes villes de France deviennent l’équivalent des yakuzas des métropoles japonaises : les maîtres d’œuvre des activités nocturnes.

 

Car s’il est « interdit d’interdire » (slogan de Mai 68), il est nécessairement interdit d’interdire d’être salafiste. D’un côté, le sociétalisme entend tout faire pour mettre la main sur une manne électorale de sept millions de personnes, et le capitalisme sait, de l’autre, ô combien recycler des vieilles traditions, car le voile est pour lui plus qu’un effet de mode, autrement dit une forme de nouvelle ode à l’amour du prochain. Parce que le marché aime nécessairement tout ce qui est liquide et sucré.

Le salafisme sait faire preuve d’entrisme dans tous les secteurs culturels et médiatiques à travers des avatars maniant parfaitement le double discours, voire simplement la double attitude : Rokhaya Diallo (se présentant pompeusement comme une « journaliste et militante associative antiraciste » dont l’amitié avec les Indigènes de la République ne fait pas l’ombre d’un doute depuis la cérémonie des Y’a bon Awards de l’année 2012), Yassine Bellatar (humoriste et animateur à Radio Nova qui ne manque pas d’apostropher ceux qui dénoncent la pénétration de l’islam politique dans la société française), Jimmy Mohamed (médecin urgentiste osant, dans l’émission de radio Les Grandes Gueules du 11 juin 2018, défendre le rappeur Médine dont les paroles sont entre autres ?Je porte la barbe j’suis de mauvais poil/Porte le voile t’es dans de beaux draps/Crucifions les laïcards comme à Golgotha?, in l’album Démineur, de 2015), Mouloud Achour (l’animateur de télévision et manager de Mehdi Meklat qui s’était distingué par des tweets antisémites, découverts en février 2017) ainsi que Maryam Pougetoux (nommée, en 2018, responsable du syndicat UNEF – affilié au Parti Socialiste – à l’Université Paris IV- Sorbonne, et convertie au salafisme).

 

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Bénéficiant de ces différentes complaisances, les salafistes des grandes villes de France deviennent l’équivalent des yakuzas des métropoles japonaises : les maîtres d’œuvre des activités nocturnes. L’alcool endort les esprits (cf. La généalogie de la morale de Friedrich Nietzsche, trad. par I. Hildenbrand et J.Gratien, Gallimard, coll. folio-essais, 1971, §§13 et 17 de la Troisième dissertation). On pourrait supposer qu’aucun jihâdiste ne s’en prendra aux clients de ces nouvelles Rues de la paix. Enfin, jusqu’où toute cette dialectique du soldat et de l’idiot utile nous mènera-t-elle si ce n’est soit vers la sécession, soit vers la collaboration? Il suffira de dire oui ou non à cette salafisation des esprits. Alors, ceux pour qui c’est non sont-ils condamnés, pour autant, à raser les murs sans mot dire ?… A l’instar de Péguy, « il faut toujours dire ce que l’on voit?; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ».

 

Henri Feng

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hfend@lincorrect.org

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