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La voiture électrique, impasse écologique et géopolitique ?

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Publié le

10 juin 2022

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L’Europe a tranché : dès 2035, il sera interdit de vendre des voitures neuves à moteur thermique. Restera donc la voiture électrique. Une solution-miracle propre et applicable ? C’est compliqué que ça.
voiture

L’un des objectifs affichés du Parlement européen est écologique. Et pour preuve, ce mercredi, les députés ont dû se prononcer sur le projet de réduction des émissions de carbone de 55% d’ici 2030. L’une des propositions qui ne fait pas du tout l’unanimité concerne l’industrie automobile : la vente de voitures thermiques neuves (essence, diesel ou hybride) sera interdite en Europe à partir de 2035. En clair, cette décision vise à démocratiser l’utilisation de la voiture électrique pour une mobilité plus écologique – le gouvernement français s’apprête d’ailleurs dès septembre à généraliser la location de voitures électriques pour 100 euros/mois. Alors certes, l’argument écologique est fondamental. Pour autant, il est légitime de s’interroger sur la faisabilité et les conséquences de cette interdiction, d’autant que l’Europe est le seul continent à mettre en place cette mesure alors qu’il n’est pas du tout le plus gros pollueur. N’aurait-on pas pu proposer une transition plus progressive, qui prenait en compte l’hybride ? Et ce d’autant que les voitures ne représentent que 12 % des émissions de CO2 dans l’Union européenne.

Face à cette double impasse écologique et géopolitique, il existe toutefois un chemin vers l’indépendance « verte » de la France : le lithium vert

Des limites écologiques et géopolitiques

Loin d’être parfait, le bilan écologique de ces voitures est plombé par les batteries. Celles-ci contiennent du lithium, composé de métaux rares qu’il faut extraire de la terre. Ce processus gâche beaucoup d’eau et enrichit le secteur minier, l’un des plus pollueurs du monde. Le quotidien écologiste Reporterre évoque notamment l’exemple du site d’Atacama au Chili, où les miniers prélèvent près de 200 millions de litres de lithium par jour. Ce pompage du sous-sol riche en lithium crée un vide qui fait couler vers les profondeurs l’eau douce disponible pour les populations locales. De plus, le recyclage de ces batteries pose problème.

Au-delà du problème écologique, le lithium pose une question géopolitique. En optant pour les voitures électriques, la France se met en position de dépendance vis-à-vis de la Chine. Si elle ne produit que 7 % du lithium mondial, elle investit dans les mines étrangères. Actuellement, la Chine fait main basse sur des mines situées en Amérique latine dans le triangle du lithium (Chili, Bolivie et Argentine), où se trouvent plus de la moitié des réserves mondiales. Par ailleurs, c’est une entreprise chinoise qui est leader du marché de batteries pour voitures électriques. Contemporary Amperex Technologie (CATL) possède en effet 38,6 % des parts de marché, loin devant son concurrent direct, LG Energy solution (Corée). En achetant des batteries électriques chinoises, la France enrichit un pays qui émet près de 30 fois plus de CO2.

Au sein de l’Union, tous les pays n’étaient de fait pas d’accord avec cette interdiction. Si la France était plutôt réticente à une interdiction totale, l’Allemagne s’est prononcée positivement – après les hésitations toutefois de Steffi Lemke, ministre fédérale de l’Environnement. Et pour cause : certes préoccupée par l’écologie, l’Allemagne est surtout championne de la production et des ventes de voitures électriques en Europe. Cette interdiction tombe donc à pic pour renforcer leur prédominance dans l’industrie automobile.

Lire aussi : Lithium vert : comment être enfin souverain

Face à cette double impasse écologique et géopolitique, il existe toutefois un chemin vers l’indépendance « verte » de la France : le lithium vert. Produit en France et plus particulièrement en Alsace, le lithium vert permettrait de conserver notre souveraineté, tout en étant propre sur le plan écologique. Mais si ces projets sont actuellement en cours et suscitent beaucoup d’espoir, ce n’est pas garanti qu’ils aboutissent à temps. La France doit donc investir massivement dans la recherche et le développement. Ce tout électrique entérinera dans tous les cas le tournant nucléaire opéré par le président Macron, qui a déjà annoncé la construction de six réacteurs EPR (plus huit posés en option).

Des problèmes d’infrastructures et de pouvoir d’achat

La France va par ailleurs devoir adapter ses infrastructures pour permettre une utilisation généralisée des voitures électriques.

Le premier enjeu se situe au niveau des bornes de recharges ouvertes au public, qu’il faudra augmenter considérablement et mieux répartir. 90% des recharges se font aujourd’hui à domicile, mais il faudra indéniablement des bornes pour les longs trajets (et pour ceux qui ne disposent pas d’un garage). D’après une enquête réalisée par OpinionWay en mai 2022, 67 % des Français considèrent que la rareté des bornes représente une entrave majeure à l’essor de l’électrique. Très mal réparties sur le territoire, les bornes existantes sont concentrées dans les grandes zones urbaines et sur les façades maritimes. Ainsi, d’après l’Avere-France, l’Île-de-France est la région qui a le plus de station de recharge ouverte au public avec 11 081 points de recharges sur 57 732. En 2021, il y avait en Île-de-France un point de recharge pour 15,3 véhicules électriques, alors qu’en Corse, il n’y en avait qu’un pour 31,1 véhicules. La question est encore plus complexe pour les poids lourds : il n’existe aujourd’hui que dix stations de recharge pour camions à travers l’Europe !

Lire aussi : ITER : la voie vers l’énergie illimitée

Surtout, l’électrique a un coût. Énarque, professeur de génie électrique et essayiste, Maxime de Blasi alertait dans Marianne qu’« à puissance équivalente, les voitures électriques ont un prix deux à trois fois plus élevé qu’un véhicule thermique, du fait notamment du coût des batteries et de l’électronique embarquée ». Président de la Plateforme automobile (PFA) et ancien ministre du gouvernement Fillon, Luc Chatel confirmait à France info : « Pour le consommateur, la voiture électrique c’est 50% plus cher qu’une voiture thermique et aujourd’hui, selon une enquête que nous avons menée, 95% des Français trouvent que les véhicules électriques sont trop chers ». Même si l’État a déjà commencé à anticiper le problème avec le bonus écologique, la voiture électrique pose des questions de pouvoir d’achat, très lourdes dans le contexte actuel. Notons tout de même que la production de masse de voitures électriques devrait contribuer à faire baisser leur prix dans les années à venir.

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