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Le complot contre l’intelligence est un triomphe !

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@ Capture d'écran Fly Rider - Facebook

Et si les complotistes avaient déshonoré le complotisme ? À la faveur de la révolte des « Gilets Jaunes », les théories complotistes et leurs adversaires ont pu s’en donner à cœur joie, quitte à nous lasser. « Complotisme », un mot trop entendu ces dernières années, rabâché jusqu’à la nausée.

 

Au soir du terrible attentat islamiste sur le marché de Noël de Strasbourg, le meneur médiatique des Gilets Jaunes du groupe La France en Colère – de son nom Maxime Nicolle, mais répondant au sobriquet de Fly Rider – affirmait ainsi : « Si c’était un attentat, dites-vous bien que le mec […] il attendrait pas qu’il y ait trois personnes dans une rue le soir à 20 heures, il va sur les Champs Élysées quand il y a des millions de personnes et il se fait exploser, là c’est un vrai attentat. Le reste c’est des effets pour faire peur. […] C’est quand même bizarre, avec des milliers de personnes dans je sais pas combien de villes depuis presque 4 semaines, il n’y a pas eu d’attentat quoi. Enfin je sais qu’il y a pas forcément la fibre là où se trouve Daesh mais quand même. Si c’était des vrais attentats à chaque fois, ça se serait déjà produit non ? (Sic) ».

 

Fly Rider sous-entendait donc, avant même d’attendre les premières informations sur le terroriste Chérif Chekkat, depuis lors abattu par la BST de Strasbourg, que l’attaque islamiste contre la capitale alsacienne pourrait n’avoir été qu’un « false flag », soit une opération sous faux drapeau fomentée par l’État profond français pour empêcher les « Gilets Jaunes » de poursuivre leur mobilisation.

 

 

L’homme n’en était pas à son coup d’essai, s’étant pour le moins discrédité en invitant le jet setteur azuréen Philippe Argilier à donner une conférence durant laquelle des révélations susceptibles de provoquer « trois guerres mondiales » devaient être dévoilées au monde entier. Bien sûr, il n’en fut rien. Pis, la vidéo diffusée en direct sur Facebook fut même l’occasion d’un grand moment de gêne, tant Philippe « monsieur X » Argillier avait tout de l’escroc patenté, voire du gourou d’arrière salle de boîte de nuit bling bling entouré par quelques égarés ayant un peu trop bu.

 

Talentueux et énergique, Maxime Nicolle est loin d’être un imbécile. Pourquoi, alors, se laisse-t-il séduire par ces « théories complotistes » qui affolent les clercs imbus d’eux-mêmes de la médiasphère ? La réponse est à chercher du côté des donneurs de leçons qui ne nichent dans tous les endroits stratégiques de la société française. Depuis plusieurs dizaines d’années, tous les débats publics sont littéralement verrouillés dans notre pays, ce qui, par effet de balancier, a contribué à démocratiser et amplifier les théories irrationnelles et farfelues.

 

Le « complotisme » est en vogue par la faute des journalistes et des hommes politiques, lesquels savent d’ailleurs parfois s’y adonner. Ainsi de toutes ces personnalités officielles qui voyaient dans le mouvement des « Gilets Jaunes » la main de Steve Bannon ou l’œil de Moscou, comme si le peuple était incapable de se mouvoir seul, sans l’aide d’un État étranger ou de forces obscures. Quoi de plus méprisant ?

 

Lire aussi : Le péril jaune

 

Du reste, la notion de « complot » a été tant de fois employée à mauvais escient qu’elle en a été dénaturée. Les défenseurs du « pacte mondial sur les migrations » – que les juristes de droit public international définissent comme appartenant à la catégorie du « droit mou », c’est-à-dire destiné à devenir du droit dur – ont notamment tenté de disqualifier ses opposants en les accusant de propager des théories du complot, quand ils se contentaient pourtant de citer in extenso des passages du texte. Pourquoi diable signer un texte qui n’aurait « aucun effet » ? Comment un texte « sans effet » pourrait-il scinder en deux le gouvernement belge ? Et, last but not least, quel rapport avec le conspirationnisme ?

 

Le monde est traversé de complots. Ils sont le plus souvent petits, médiocres et décevants. Reste néanmoins que Michel Rocard visait juste lorsqu’il expliquait qu’« En matières de grandes catastrophes publiques, toujours privilégier la connerie au complot : la connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu : le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare ». Le vrai complot à l’œuvre aujourd’hui est contre l’intelligence. Tous nos maux sont visibles. Tous les méfaits contre la France et les Français sont commis au grand jour. Ils n’en sont que plus effrayants.

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