Skip to content

Macron à Mulhouse : « séparatisme » pour ne pas dire salafisme

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© DR

Les médias de masse avaient annoncé un discours du président Macron consacré aux questions d’identité et de laïcité. Mieux encore : il s’agissait de présenter un vaste plan pour lutter  contre les communautarismes, notamment celui des groupes islamistes. En ce mardi 18 février, on devait voir ce qu’on allait voir, comme si le mandat présidentiel était un stage en entreprise. « L’élève progresse », diraient les soi-disant progressistes, ceux-là même qui ont tué l’action politique. Ce discours n’a pourtant été qu’une logorrhée truffée d’incohérences.

 

Celui qui se targue d’être le disciple dePaul Ricœur reste obsédé par l’idée de synthèse. On se doute que le choix de la ville devait être crucial pour la cellule de communication de l’Élysée : une banlieue nord de Mulhouse, classée zone de sécurité prioritaire en 2012. Seulement, maîtrisant comme personne l’art du blabla permanent, le chantre de la « startup nation » ne pouvait que se prendre les pieds dans le tapis salafiste.

 

« Dans la République, l’islam politique n’a pas sa place », a-t-il d’abord affirmé tout en pointant du doigt le « séparatisme » pratiqué par certains. Culture du « en même temps » oblige, il lui a fallu multiplier les points d’équilibre : « Un plan contre l’islam serait une faute profonde […] On peut se sentir des identités multiples si on respecte les lois de la République ». Emmanuel Macron a surtout insisté sur le fait qu’il était indispensable de ne pas « stigmatiser » la communauté musulmane. Une évidence ! Tout ceci devant justifier sa volonté de substituer au terme de « communautarisme »  celui de « séparatisme ». Ou l’art de faire le dur avec du mou. Mais comment un esprit aussi éclairé ne peut-il pas savoir que la seule figure historique à avoir été stigmatisée fut le Christ ? Ou bien, à l’heure où les mots ne veulent plus rien dire, doit-on penser qu’un salafiste, légitimant la sécession au nom de la « stigmatisation », est finalement un chrétien qui s’ignore ?

 

Lire aussi : Lettre de l’émir Abd-el-Kader aux anachronismes d’Emmanuel Macron 

 

Le lendemain, le député RN du Pas-de-Calais Bruno Bilde a exprimé son indignation d’avoir vu une demoiselle arborant un voile islamique – qui couvrait, dans un premier temps, l’ensemble de son visage, sauf les yeux – se prendre en photo avec le chef de l’Etat. Après avoir interrogé le ministre de l’Intérieur à l’Assemblée nationale, le parlementaire s’est exclamé sur Twitter : « Si le port du voile islamique n’est pas souhaitable dans notre société selon les termes du ministre Blanquer, le port du voile intégral dans l’espace public est lui illégal ! »

Emmanuel Macron a surtout insisté sur le fait qu’il était indispensable de ne pas « stigmatiser » la communauté musulmane dans son ensemble.

Quoi qu’il en soit, cette image a tué à elle seule le discours présidentiel, creux et lénifiant. Au-delà de ce couac de communication, comment ne pas être désespéré par ce personnage fasciné par son image ? Il faut dire qu’il est coutumier du fait. Un dimanche d’octobre 2018 à Saint-Martin, il avait rencontré inopinément un repris de justice caribéen au torse nu. En compagnie de son frère, ce dernier avait réclamé un selfie avec le fringant prince de l’Élysée – de surcroît dégoulinant de sueur –, le voyou n’ayant pas pu s’empêcher de se distinguer par un geste obscène au moment du clic révélateur.

 

Telles sont les conséquences de la fin de la politique : faire semblant de faire peuple dans ce monde où le global désintègre l’universel.  Le culte de l’ultra-différence n’a pas fini d’ouvrir des perspectives funestes.

En attendant le pire, les Modernes persistent à penser qu’il faut confondre à l’envi la politique avec la morale.

La guerre des identités hypersingularisées ne fait que commencer, bien qu’on puisse penser qu’à un moment ou à un autre la nature finira par reprendre ses quartiers. En attendant le pire, les Modernes persistent à penser qu’il faut confondre à l’envi la politique avec la morale. En son temps, Arthur Schopenhauer (1788-1860) avait déjà saisi cette erreur : « La puissance coercitive, ici, c’est l’État, dont l’unique fin est de protéger les individus les uns contre les autres, et tous contre l’ennemi extérieur. Quelques philosophailleurs allemands, tant notre époque est vénale, ont tâché de le transformer en une entreprise d’éducation et d’édification morales : on sent là-dessous le jésuite aux aguets, prêt à supprimer la liberté des personnes, à entraver l’individu dans son développement propre, pour le réduire à l’état de rouage dans une machine politique et religieuse à la chinoise » (Le Fondement de la morale, 1841).

 

La moraline actuelle n’est qu’un confucianisme phagocyté, si ce n’est même un prêchi-prêcha légitimant le recours au grand marché. En définitive, le poulain des conseillers des princes qu’ont été Jacques Attali et Alain Minc demeure convaincu que la démocratie libérale est l’alpha et l’oméga de la civilisation. Une faute majeure.

 

Lire aussi : La sacralisation de l’autre, cheval de Troie de l’islam

 

De manière générale, devons-nous estimer que le sol républicain est une faille que n’importe quelle orthopraxie pourrait à souhait investir ? Et comment vouloir ignorer à ce point le retour du religieux dans l’espace public ? Entre l’halalisation des rues et la véganisation des corps, en passant par les revendications sociétales (légitimes ou non), « la République » n’a fait que briller par son vide spirituel. Force est de constater que la rue républicaine n’est plus qu’un édifice délabré et appelé à laisser prospérer des singularités radicalisées.

De fait, entre l’halalisation des rues et la véganisation des corps, en passant par les revendications sociétales, « la République » n’a fait que briller par son vide spirituel.

Telle la tragédie d’un pays balloté entre l’adoration de l’homme et l’obsession des normes, ceci engendrant la multiplication des catégories culturelles ou sociétales. « La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion », disait  Malraux. Et c’est la religion de l’homme qui a produit toutes ces dérives. La conséquence ultime de l’annihilation de l’autorité au profit de la liberté, ce mot « qui demande plus qu’il ne répond », selon Paul Valéry. À l’évidence, de nihilisme en nihilisme, cette recherche moderne, trop moderne, de la pureté provoque, dès à présent, des dégâts considérables. Alors, comme il est aisé d’être un pleutre quand on est persuadé que les archaïsmes ne sont jamais éternels ! C’est oublier, en effet, que la paix sociale n’est pas faite pour durer.

 

Henri Feng 

 

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest