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Lettre de l’émir Abdelkader aux anachronismes d’Emmanuel Macron

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© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Si, comme le dit Emmanuel Macron, les « sujets mémoriels » sont « au cœur de la vie des nations », il ne saurait être question pourtant qu’ils soient l’objet d’un chantage permanent. « Qu’ils soient utilisés par certains, refoulés par d’autres, assumés… Ils disent quelque chose ce que vous voulez faire de votre pays et de votre géopolitique », a ajouté le Président. Puis, il a carrément dérapé en expliquant que le sujet de la guerre d’Algérie pourrait avoir, selon lui, « à peu près le même statut que celui qu’avait la Shoah pour Chirac en 1995 ».

 

Vraisemblablement désireux d’inscrire l’ensemble de son action dans les pas de Jacques Chirac, sans toutefois aller jusqu’à dissoudre l’Assemblée et sacrifier l’héritier d’Alain Juppé qu’est Edouard Philippe, Emmanuel Macron imite le récemment décédé Corrézien en tout. Surtout pour le pire à dire vrai, car quoi de commun entre le génocide industriel des juifs d’Europe et la guerre d’Algérie, ou même la colonisation de l’Algérie ? Le grand émir Abdelkader serait lui-même sidéré s’il entendait pareil propos dans la bouche d’un chef de l’Etat français. Emmanuel Macron aurait d’ailleurs tout intérêt à lire la lettre que ce chef politique, militaire et spirituel, sorte de Marc-Aurèle d’une Algérie qui cherchait une unité qu’elle n’avait jamais eue comme nation, adressa aux Français : « Le savant est l’homme pour lequel s’opère facilement la distinction entre la franchise et le mensonge dans les paroles, entre la vérité et l’erreur dans les convictions, entre la beauté et la laideur dans les actes ».

 

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Comme tous les grands sages, il rappelle que la véritable intelligence est celle qui transperce le voile du faux, faisant pleine lumière sur la vérité éternelle qui se cache dans les cœurs. En somme, il déploie une anthropologie dynamique et non purement contemplative, qui ne soit pas dépendante de la science – ni son adversaire – mais en avance sur celle-ci. Un message encore d’actualité alors qu’Emmanuel Macron semble noyé dans les calculs, les courbes et les acrobaties politiques, aveuglé par le soleil de sa propre gloire qui l’a vu assassiner nombre d’adversaires et de partis politiques. La vérité, donc, est que la comparaison entre le génocide des juifs d’Europe et les relations tumultueuses que la France et l’Algérie entretinrent et entretiennent, est autant une escroquerie intellectuelle qu’une injure faite au peuple qui l’a élu Président.

La réponse est entièrement comprise dans l’œuvre de l’émir Abdelkader. Ce dernier ne voyait pas une intention maligne dans la conquête de son Algérie natale divisée – il a, du reste, été parfois l’allié de la France contre certains ennemis ottomans de l’intérieur -, mais bien le fruit du développement scientifique irrépressible de l’Occident des temps modernes grâce à l’apport de la raison. Il n’était pas réfractaire à la science. Il craignait qu’elle ne finisse par rendre l’homme inaccessible à la vérité. C’est, on le constate, un cheminement très différent de celui d’Emmanuel Macron qui ne fait cas que de la vérité du moment : le culte de la repentance, de l’oubli, de la faiblesse. « Les sociétés avancées exhalent comme une odeur de foule, de miasmes écœurants, et les duchesses ne sont pas les seules à s’évanouir », écrivait Gustave Flaubert. Il faut croire que les politiques sont eux aussi sensibles à ces miasmes, au bord de l’évanouissement quand ils devraient s’affranchir des contingences du temps pour embrasser le futur.

 

La France laissa donc un pays bien plus peuplé qu’il ne l’était lors de son arrivée. Il n’y a pas eu de génocide. Faudrait-il se repentir à nouveau pour complaire à une jeunesse d’origine immigrée, et une autre biberonnée à la bêtise crasse ?

 

Emmanuel Macron se rend-il compte du poids de la responsabilité qu’il fait peser sur les Français en agissant de la sorte ? Historiquement, la colonisation de l’Algérie résultait de la conjonction de plusieurs éléments : la prise de conscience du déclin relatif de l’ère musulmane, notamment de l’Empire ottoman, qui occupait alors ce qu’on appelle aujourd’hui l’Algérie, consécutive à la campagne d’Égypte ; la volonté d’en finir avec les barbaresques et la piraterie dans le bassin méditerranéen ; et, enfin, plus crucial, l’écart technologique qui s’était creusé entre les deux rives, concomitamment au développement des idéaux universalistes, chrétiens et issus des Lumières, dont se réclame Emmanuel Macron. C’est une constante historique : dès qu’un bloc civilisationnel prend une avance considérable, il est tenté de conquérir ses voisins. Cela vaut pour toutes les époques et pour toutes les civilisations.

 

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Contrairement à ce qui est communément avancé, la colonisation n’a pas enrichi la France. En 1959, l’Algérie consommait 20 % du budget de l’État français. À l’identique des autres colonies, l’Algérie a coûté beaucoup d’argent aux contribuables français. Dans le même temps, sa population s’accroissait de manière exponentielle, conséquence de l’apparition de la médecine moderne qui réduisit considérablement la mortalité infantile… La France laissa donc un pays bien plus peuplé qu’il ne l’était lors de son arrivée. Il n’y a pas eu de génocide. Faudrait-il se repentir à nouveau pour complaire à une jeunesse d’origine immigrée, et une autre biberonnée à la bêtise crasse ? Ne comprenons-nous pas que toute faiblesse laisse la place au faux, partant à l’injustice et à l’arbitraire ? Faisons comme l’émir Abdelkader : pensons l’universel au travers de ce qui fait notre singularité de Français et d’Européens. Celle de notre peuple et de notre histoire, prise en bloc, qui ne saurait être une honte mais bien une fierté pacifiée et raisonnable.

 

 

Par Gabriel Robin
 

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