Le « grand débat » ne tombe pas du ciel

« Jamais dans le monde, aucun chef d’Etat n’a lancé un grand débat tel que celui-là », assurait Marlène Schiappa en bonne vrp en chef du macronisme. Peut-être parce qu’il n’existe pas une seule grande démocratie occidentale dont le Parlement est si peu représentatif et le chef de l’Etat si omnipotent, obligeant Emmanuel Macron à toutes les contorsions ?

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Au terme de mois de « débats » partout en France, réunissant des élus locaux, des chefs d’entreprise, des universitaires, des lobbyistes, des économistes ou de simples citoyens, Edouard Philippe trouva la lumière : « Les Français en ont assez de la pression fiscale ». Ah, la belle affaire ! La surprise des surprises ! Les Français en auraient donc un peu ras la casquette des prélèvements obligatoires ?

 

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Il fallait bien organiser un « grand débat », cet exercice censément inédit et historique, according to Bernard-Henri Lévy, pour qu’un premier ministre, énarque de surcroît, comprenne que le peuple le plus taxé au monde (ou presque) finisse par en être agacé. Vide. C’est le mot qui venait à l’esprit après le discours du susnommé Philippe devant les députés à l’Assemblée nationale mardi 9 avril. L’histoire ne repassant pas les plats, l’occasion de laisser une trace est perdue pour l’exécutif.

Que restera-t-il de ces conclusions sans intérêt ? Le même sentiment qu’après la lecture d’un extrait de Le progrès ne tombe pas du ciel d’Emelien et Amiel, deux autres génies, c’est du moins ce que l’on pouvait croire quand ils étaient élogieusement présentés par la presse et les (z)élites du pays : « La somme des possibles des individus qui s’unissent vaut donc plus que la somme des possibles de chaque individu isolé. Voici notre deuxième principe du progressisme : « Il y a d’avantage de possibles quand on s’unit ensemble » ». Jamais la citation (rabâchée ad nauseum) de Chesterton sur les « vertus chrétiennes devenues folles » n’avait paru plus juste qu’à la lecture de ce pensum naïf et creux de 150 pages. En comparaison, Jacques Attali passerait presque pour Montesquieu !

 

 

« C’est là qu’est le combat du progressisme aujourd’hui : s’attaquer à chacun de ces empêchements, lever les obstacles un à un, élargir les possibles » ! Ah, ces « possibles » qu’on élargit, qu’on maximise, qu’on triture et qu’on torture. Le parallèle avec le « grand débat » est saisissant sur la forme et sur le fond (absent). Les Bouvard et Pécuchet de l’Elysée répondent à la place des Français, sans les connaître, sans les consulter vraiment. De la même manière, les ébats du « grand débat » sont bien tristes, accouchant d’une toute petite souris et de quelques propositions minimalistes.

Rien ne sera remis en question durant un quinquennat imaginé par Emmanuel Macron qu’il entend entièrement façonner, qu’il souhaiterait l’aube d’une « Révolution » comme le titre de son essai sorti peu avant l’élection présidentielle. Révolution il y aura peut-être. Mais pas celle du « progressisme », ce néo-populisme pour bobos déconnectés.

 
 

Gabriel Robin

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grobin@lincorrect.org

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