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Le Lopez du 59

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Publié le

26 juin 2018

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Lopez © Capture d’écran LOSC TV

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La financiarisation à outrance du football ne se fait pas sans un certain nombre de dégâts. Erreurs de planification, ingérences mafieuses, un club peut passer en quelques saisons du paradis à l’enfer. C’est le cas du Lille Olympique Sport Club.

 

Samedi 21 mai 2011 au Parc des princes, avant-dernière journée du championnat de Ligue 1. Il ne reste plus à Lille qu’un point à gagner sur les deux dernières journées pour terminer premier. À peine une semaine plus tôt, les « dogues » avaient battu en finale de coupe de France le Paris Saint-Germain. Après 90 minutes de combat acharné, les trois coups de sifflet déchirent l’air: 2-2. Le gardien Michael Landreau court comme un fou en hurlant de joie vers son entraîneur, ses défenseurs s’écroulent de bonheur. La nuit sera longue. Lille est champion de France de football.

 

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Particulièrement bien structuré par son président Michel Seydoux, le club semble pérenne. Mais le président décide tout de même de vendre le club après ce doublé historique, pour rester sur son succès. La vente aurait dû aller vite : le centre d’entraînement est ultra-moderne, un stade neuf a été construit pour l’euro 2016, et l’équipe a un bon potentiel. Mais la concurrence historique de Lens est toujours difficile, et il est impossible de gagner au niveau national avec la présence du PSG qatari. Faute d’offre sérieuse, Michel Seydoux accepte celle d’un homme d’affaires nommé Gérard Lopez. Ce dernier était connu du milieu sportif pour avoir coulé l’écurie de Formule 1 Lotus. Devant la possibilité inespérée de récupérer sa mise de départ, Michel Seydoux vend. L’intersaison est prometteuse. Gérard Lopez a réussi à faire signer un entraîneur mythique, Marcelo Bielsa. Cet idéaliste du football souhaite depuis longtemps réitérer ce qu’il a déjà fait avec brio à Rosario puis Bilbao : prendre en main l’intégralité des structures du club pour les mettre au service de l’équipe première. Mais très vite les ennuis vont commencer. La DNCG, l’organisme chargé de surveiller les finances du football français émet de sérieuses réserves sur le business plan et la provenance de l’argent de Lopez. Mais devant la pression mise par les présidents de clubs de Ligue 1 qui ne voulaient pas voir couler un club de leur niveau, la décision a été prise de ne pas intervenir. Des investigations ont tout de même été menées: Lopez n’a pas d’argent en propre, il se fait prêter du cash par un fond, lequel tient son argent d’un autre fond, au financement opaque. C’est avec les football leaks que l’information sort: c’est le fond Eliott qui est derrière cette chaîne de financement. Ce « fond vautour » est une gigantesque machine à spéculer qui n’hésite pas à piller les pays à l’économie fragile et à attaquer en justice les États. Lopez donc ne possédait pas en propre l’argent pour rembourser les tranches de remboursement. C’est alors que son véritable but est apparu : faire une première saison correcte, vendre plusieurs joueurs à la mi-saison et payer Michel Seydoux avec cet argent. Risqué mais extraordinairement lucratif si ça passait. Ce n’est pas passé.

 

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La méthode de management de Marcelo Bielsa n’a pas vraiment fonctionné avec les joueurs, et surtout elle demande du temps, chose incompatible avec le projet de Lopez. D’autre part, des manœuvres mafieuses sont manifestes dans certains transferts comme ceux de Mendes et Maia, pour lesquels pas moins de sept sociétés ont été rémunérées. Les joueurs, stressés par ces affaires financières, sont démotivés par leurs agents qui ne pensent plus qu’à les exfiltrer. Avec des résultats sportifs catastrophiques, la valeur des joueurs s’écroule : tout le plan de Lopez vire à la débâcle. Bielsa ne se fait pas prier pour partir en cours de saison, ravi de sortir du bourbier. La DNCG va se prononcer dans quelques semaines au sujet du LOSC. Deux choses sont possibles: soit le fond Eliott décide de payer directement les traites du club; soit il décide de le vendre aux enchères lot par lot: infrastructures, joueurs, staff, etc. Lille est en danger de mort imminente. Un club de haut niveau, pourtant bien structuré, faisant partie du paysage du football français depuis des décennies peut donc exploser en quelques mois. Plus qu’un symbole : un symptôme.

 

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