Skip to content

Le peuple a fait la France, elle se défait sans lui

Par

Publié le

1 août 2018

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1533141586272{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Ils sont les « sans-dents », sans façon et sans argent, autrefois petit peuple de Paris et aujourd’hui Dylan et Brenda.

 

La culture populaire française ne s’est jamais aussi mal portée, n’a jamais été aussi méprisée et ignorée, rejetée dans les limbes de l’histoire. À mesure que « ceux qui n’ont rien » sont devenus « ceux qui ne sont rien », les classes populaires ont tout perdu. Pourtant, elles ont « fait » la France, ont contribué à la reconnaissance mondiale d’un art-de-vivre et ont donné leur sang sur les champs de bataille européens pour que vive leur nation. Il fut un temps où les classes populaires n’avaient besoin de personne pour se raconter, témoigner de leurs vies et de leurs aspirations. Elles avaient une narration spécifique, tant dans les grandes villes que dans les régions aux identités marquées par l’usine et la mine, des moments spécifiques qui n’appartenaient qu’à elles pour se socialiser, des bals aux travées des stades où l’on allait assister aux matchs d’équipes dont les stars travaillaient à proximité des terrils. Les plus talentueux de ses enfants pouvaient aussi, à l’image de Pierre Bourdieu, s’extraire du milieu qui les avaient vus naître à travers cette « culture commune » que tous les Français avaient alors en partage, en héritage indivis: « La reproduction des inégalités sociales par l’école vient de la mise en œuvre d’un égalitarisme formel, à savoir que l’école traite comme “égaux en droits” des individus “inégaux en fait” c’est-à-dire inégalement préparés par leur culture familiale à assimiler un message pédagogique ».

 

Lire aussi : Les Français, et pas n’importe lesquels

 

Quand un adolescent ne rêvait pas d’élévation sociale, soit qu’il n’en nourrissait pas l’envie soit qu’il ne disposait pas des qualités spécifiques et innées qui lui auraient permis d’y parvenir, il pouvait toujours envisager une vie non pas paisible mais a minima digne en reprenant le flambeau familial, participer d’une geste ouvrière ou paysanne centenaire ou millénaire, vivre au foyer ou dans sa région. Est-ce toujours le cas? Plus du tout. De nos jours, il lui faudra s’éloigner pour un salaire miséreux. Le plus triste est qu’il ne peut plus se référer à une culture communautaire ou de classe qui lui soit propre, le soin de le faire ayant été confié à d’autres que lui. La « France périphérique » n’est qu’une expression pour sociologues et éditorialistes politiques; elle ne correspond pas plus à une culture qu’à une réalité charnelle.

 

Haine des classes populaires

Qui sont ses héros? A-t-elle même un chanteur, un acteur ou un sportif contemporains à revendiquer? Non, et ce n’est pas uniquement de sa propre faute. Quand les banlieues ont leurs rappeurs, leurs humoristes et leurs footballeurs, la France dite « périphérique » n’a aucun représentant. La France populaire ne fait plus la France, mais se défait en même temps que la France disparaît. Si la Grande-Bretagne peut se targuer de produire un cinéma populaire de qualité, social sans sombrer dans le misérabilisme, drôle sans verser dans le sarcasme et tendre sans s’abandonner à l’idéalisation, la France raconte ses classes populaires au travers de films la caricaturant, laids et vulgaires, tels que les Tuche ou Camping. La France hait ses classes populaires, ne les aime que pour les idéaliser ou les moquer. Aucune politique publique n’est pour le moment parvenue à inverser ou équilibrer les tendances, à une époque où la formation culturelle des individus n’est plus encadrée par de grands récits, par une tradition religieuse ou politique, de l’Église catholique aux partis de masse, à l’image du parti communiste et de son élite ouvrière, adepte de cours du soir. Aux classes populaires de reprendre leur destin en main, en refusant les représentations qui sont données d’elle. Elles valent bien mieux que des télé-réalités comme les Chtis à Miami et des essais compassionnels et larmoyants.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest