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Le sentiment anti-français gagne l’Afrique de l’Ouest

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Publié le

19 septembre 2022

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En juillet, en Guinée-Bissau, Emmanuel Macron a pointé « l’irresponsabilité de la junte » au pouvoir au Mali : Bamako a rétorqué en accroissant ses accusations contre Paris. Dans la foulée du départ de la force Barkhane mi-août, le Mali saisit l’Onu pour dénoncer « le financement des terroristes » par la France. Décryptage d’un bras de fer à l’issue incertaine.
niger

Le 15 aout, la France a annoncé le départ du dernier soldat de la force Barkhane, redéployée au Niger à la demande du président Mohammed Bazoum. À peine Barkhane partie, une installation discrète de la milice Wagner a été observée dans plusieurs villes du nord Mali notamment à Gao. Une information confirmée par Berlin, l’Allemagne disposant encore d’un contingent militaire non loin de l’ancienne base française de la ville. Entre livraisons d’équipements militaires et conseils au gouvernement, les Russes se sont mis au premier plan de la « lutte » contre le terrorisme et malgré l’hospitalisation du Premier ministre malien, principal acteur de la propagande antifrançaise, les tensions n’ont jamais été aussi vives entre Paris et Bamako.

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Le ping-pong du désamour

« Méprisant, paternaliste, colonialiste… » : la litanie des épithètes de Choguel Maiga n’en finit point pour qualifier l’attitude « condescendante »d’Emmanuel Macron, sa bête noire. Si son épouse a envisagé un instant son évacuation mi-aout vers Paris où il se soignait avant de devenir Premier ministre de la junte malienne, Bamako a balayé l’hypothèse d’un revers de main et évoque « un besoin de repos »bien que plusieurs sources concordantes aient confirmé « une hospitalisation après un problème cardiaque ». En l’absence du chef du gouvernement, Abdoulaye Diop et Sadio Camara ont pris la relève. À peine les derniers soldats français partis du Mali, le ministre des Affaires étrangères a saisi l’Organisation des Nations Unies pour dénoncer les « violations répétitives et fréquentes de l’espace aérien malien par les forces françaises »et accusé Paris, sans aucune preuve à l’appui bien sûr, de financer le terrorisme. Une rhétorique très populaire dans l’opinion africaine et relayée par le ministre de la Défense en marge de la réception, le 9 aout, d’équipements militaires russes. Sadio Camara a vanté la qualité du partenariat « gagnant-gagnant avec la Fédération de Russie »et fustigé « l’arrogance et le manque de transparence » d’autres pays, ciblant de façon à peine voilée la France. La tension était déjà montée d’un cran quand, depuis Bissau fin juillet, Emmanuel Macron avait ironisé sur « les choix inefficaces « de Bamako. La junte avait aussitôt décrié « une posture néocoloniale ».

Moscou reprend la main

Le 20 mai, à Moscou, Abdoulaye Diop est reçu dès son arrivée par Serguei Lavrov. Le ministre russe des Affaires étrangères salue « une bonne dynamique » et promet « une assistance militaire conséquente et adaptée ». Trois mois plus tard, soit 6 jours avant le départ des derniers soldats français, Bamako reçoit 5 avions de chasse, un hélicoptère de combat, venus s’ajouter à une demi-dizaine d’hélicoptères MI 35 et MI24 de fabrication soviétique livrés depuis mars dernier. Avant l’arrivée de mercenaires russes mi-août à Gao, des éléments de la milice Wagner avaient déjà été aperçus à Ségou (Sud), Mopti (Centre) et Tombouctou (Centre). D’une quarantaine au début de leur déploiement en décembre 2021, ils sont passés à 350 en janvier dernier et aujourd’hui estimés à « près d’un millier » par Paris et Berlin. Mais l’agitation anti-française ne s’arrête pas au Mali.

D’une quarantaine au début de leur déploiement en décembre 2021, ils sont passés à 350 en janvier dernier et aujourd’hui estimés à « près d’un millier » par Paris et Berlin

Attention, Niamey !

« L’aggravation de l’instabilité au Niger pourrait être une conséquence du bras de fer entre Bamako et Pari », prévient Abdoulaye Seydou. Une manifestation « contre la présence militaire française au Niger »organisée par Réseau panafricain pour la paix, la démocratie et le développement (Reppad) dont il est le coordinateur a été interdite mi-aout. C’est dans ce climat d’amplification du sentiment antifrançais que mi-juillet, 49 soldats ivoiriens ont été arrêtés à l’aéroport de Bamako. « Des Éléments Nationaux de Soutien (ENS) », selon Abidjan ; « des mercenaires venus déstabiliser la junte », clame Bamako. Le Togo, principal soutien de la junte malienne au sein de la Communauté des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) joue la médiation pour leur libération. Son président Faure Gnassingbé et Robert Dussey, le ministre des Affaires étrangères multiplient des allers-retours entre Lomé et Bamako. Faure Gnassingbé avec qui Emmanuel Macron a longuement évoqué en avril dernier la crise malienne à l’Élysée est l’un des rares a murmurer aux oreilles du chef de la junte. Accusé d’être à la solde de Paris, Alassane Ouattara paie sans doute le prix de sa proximité avec M. Macron à travers l’arrestation des militaires ivoiriens. En attendant, il faut tenir à l’œil Niamey ou se multiplient des initiatives contre la présence de Barkhane. L’hostilité ne faiblit pas envers les soldats français, qui ont perdu 58 des leurs au Mali et peuvent craindre de voir ce sentiment gagner maintenant le Niger.

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