L’édito de Romaric Sangars : Décolonisons-nous !

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Il est coutumier, à l’an neuf, de s’armer de bonnes résolutions. Décolonisons-nous  ! Voici celle que nous pourrions prendre à l’orée de 2018. Cessons de penser en Américains, ce qu’on nous pousse insidieusement à faire en permanence, et, assurés sur ces quinze siècles de tragédie lumineuse qu’on appelle notre Histoire, réaffirmons notre génie propre.

 

Lors de la dernière séquence de 2017, entre l’affaire Weinstein et l’hystérie anti-Balthus, avec leur résonance en France, si l’on y réfléchit, franchement disproportionnée – à moins que tout l’Occident dût être considéré désormais comme une province d’Hollywood – lors de cette dernière séquence, donc, l’esprit du colonisé est ce qui a régné chez nous dans des proportions effrayantes.

Avec cette application scolaire et cet emballement naïf si caractéristiques des vassaux pressés de prouver leur docilité au maître, on a vu, souvent dans la langue-même de celui-ci, se multiplier les « hashtags » validant une logique qui nous est pourtant fondamentalement étrangère. Celle d’un puritanisme délateur, lyncheur, iconoclaste. Une logique de quaker, naturelle dans un pays fondé par des quakers, mais si contraire à notre sensibilité.

Aussi, je n’ai pas vu de féministes, je n’ai pas vu de défenseurs de l’enfance, durant ces semaines de délire collectif : je n’ai vu que des colonisés. La morale simpliste, binaire, pué- rile, qui gâche si souvent la remarquable énergie de nos cousins d’outre-Atlantique, se voyait énoncée servilement par des Européens fatigués d’être eux-mêmes.

 

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Il est vrai que le manichéisme est confortable. Ce mois-ci, Lamalattie, Farina et Brussell continuent à rappeler la jouissance supérieure qui naît du risque, et tentent de rouvrir notre perspective européenne sur les êtres et les choses, opposant la nuance, la complexité, l’ambiguïté, l’ironie, l’élégance, toutes les moires d’un manteau millénaire pour vêtir la jeunesse de notre désir, afin que nous évitions de crever comme des primitifs.

Mettre à nu les stratégies d’asservissement culturel du soft power américain et nous draper dans notre ancienne splendeur, voilà un beau programme pour l’année, la décennie, le siècle à venir. Retrouver notre manière singulière de sentir, traquer les symptômes du reniement, rouvrir le champ. L’ouverture, ce n’est pas se débrailler, se prostituer ou se trahir, comme on nous l’enseigne sans arrêt depuis dix lustres ; l’ouverture, c’est percer une brèche, en usant pour cela de toute la puissance de propulsion d’une tradition.

La nôtre, en cette matière, a fait ses preuves.

Journaliste & écrivain

rsangars@lincorrect.org

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