Les « blacks blocs », complices, ou idiots utiles du pouvoir ?

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Lors de cette manifestation du premier mai, les blacks blocs ont, une fois encore, montré leur hostilité face aux syndicats, qu’ils considèrent comme des outils du système en place, qui, en régularisant la contestation, la circonscrit à un jeu de dupes dont sort toujours victorieux le pouvoir.

 

Si ce constat est indéniable, il est intéressant de noter qu’en fait, syndicats et blacks blocs ne sont que les deux faces d’une même pièce. Si l’inutilité du syndicalisme n’est plus à prouver, l’utilité des blacks blocs n’a, elle, jamais été démontrée. Casser des McDonald’s, ou vandaliser des banques n’a jamais fait, et ne fera jamais trembler la finance dans ses chaussettes. Ils s’en gaussent (et perçoivent l’argent des assurances).

 

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Les démonstrations de force des black blocs ne servent qu’à deux choses : donner un agréable frisson à ceux qui rêvent d’un grand soir qui tarde, et à légitimer le pouvoir dans l’augmentation de son arsenal répressif. Certes, les scènes d’affrontements entre militants et forces de l’ordre sont impressionnants, et le feu fait toujours son petit effet, mais, une fois l’incendie éteint et les débris déblayés, que reste-t-il ? Néant.

Le mouvement black bloc a des contours flous : des revendications vagues, et nul autre moyen d’action que la destruction aveugle. On croirait presque qu’ils sont plus intéressés par la castagne que par l’action politique. Si les années 1960 et 1970 ont connu leur lots d’actions violentes, à gauche comme à droite, elles étaient toujours soutenues par des revendications claires et précises, et la violence n’était que le moyen, et non la finalité de l’action. A l’heure de la génération biberonnée aux « likes » et aux « stories », on assiste à des échanges de horions qui ne sont plus que des autoglorifications.

 

Certes, les scènes d’affrontements entre militants et forces de l’ordre sont impressionnants, et le feu fait toujours son petit effet, mais, une fois l’incendie éteint et les débris déblayés, que reste-t-il ? Néant.

 

Cela étant, une constatation : comparé aux Gilets Jaunes, ou aux militants de droite, les black blocs font l’objet de peu d’arrestations, ou de blessures lors des manifestations. D’aucuns diront qu’il s’agit de leur légendaire capacité à disparaître en se fondant dans la masse (et, sûrement, à traverser les murs tel le Passe-Muraille), mais, même lorsqu’ils se font arrêter, les peines prononcées sont bien moins lourdes que celles prononcées à l’égard des Gilets Jaunes. Cela, ajouté à leur inutilité absolue, amène une question : les blacks blocs sont-ils les complices, ou les idiots utiles du pouvoir ?

Il serait malhonnête d’avancer l’hypothèse selon laquelle tous les blacks blocs seraient en fait des agents du capitalisme, là pour décrédibiliser les luttes, quelles qu’elles soient. Cependant, il n’est pas à mettre de côté un noyautage par les services de renseignement. Il est même sûr que beaucoup de blacks blocs croient (ou se sont autopersuadés) qu’ils luttent réellement contre le capitalisme-la xénophobie-pour un monde meilleur-pour l’écologie (rayez la mention inutile). La mansuétude du pouvoir à leur égard ferait donc plus pencher la balance dans le camps de la marionnette, manipulés qu’ils seraient par un État qui a tout intérêt à les laisser s’égayer (dans les limites du raisonnable, bien entendu).

 

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Une force brute, dont les très limités dégâts permettent à la fois d’effrayer le bourgeois, et par là de donner raison au gouvernement dans sa répression des mouvements de contestations de tous bords, et de permettre aux enfants de certains de leurs électeurs de faire leur jeunesse avant de rentrer dans le rang. Au final, peut-être qu’un jour, les deux faces de la même pièce que sont les blacks blocs et les syndicats réussiront à fraterniser, les jeunes chiots allumant le feu, tandis que leurs aînés amèneront la bière et les merguez…

 

Alain Blanville

Journaliste.

ablanville@lincorrect.org

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