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Les premiers ratés d’Éric Zemmour

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Publié le

10 mai 2022

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Quoiqu’il fut le seul à parler de civilisation française, Éric Zemmour semble être passé en partie à côté de son propre sujet en réduisant tout à la problématique migratoire. Car le problème est plus grave encore : les Français ont oublié leurs racines civilisationnelles.
Zemmour

La désillusion a été grande pour les électeurs d’Éric Zemmour, qui étaient peut-être parmi les plus attachés à la victoire de leur candidat tant leur conscience du basculement civilisationnel occidental est aiguë, tant la nécessité de « sauver la France » leur apparaît impérieuse. Résultat : 7,07 %. Douche froide ! Pas de vote caché. Pas d’engouement massif. Pas de second tour. Des erreurs de stratégie politique assez nombreuses, qu’il serait trop long d’évoquer ici, mais un constat sur lequel tout le monde s’accordera : la question posée par Éric Zemmour lors de sa déclaration de candidature était, et demeure, la bonne : « La question de la disparition de notre civilisation n’est pas la seule question qui nous harcèle même si elle les domine toutes. » La lutte civilisationnelle engagée par Éric Zemmour, et baptisée d’un nom qui rappelle la Reconquista chrétienne espagnole achevée à l’aube de la Renaissance, a connu ses premiers ratés.

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Le premier enseignement qu’il est possible de tirer de cette campagne présidentielle nous est offert, justement, par la Reconquista : entrée des armées omeyyades dans l’Espagne wisigothique : 711 ; rétablissement du royaume catholique en lieu et place d’al-Andalus : 1493. Conclusion : la mécanique civilisationnelle ignore le court-terme. L’irruption dans le débat national du terme « civilisation » est le point de départ d’un processus dont nous ne sommes que les initiateurs, et dont nous ne verrons pas la fin. Il sera mis au crédit d’Éric Zemmour d’avoir été le premier à l’incarner politiquement. Son parti politique, son score, la phosphorescence médiatique qu’il a générée, sont autant d’acquis, et de preuves de la nécessité d’un tel engagement. Le combat politique qu’il a lancé nécessite d’être poursuivi. Mais aussi d’être affiné.

Deuxième enseignement : l’analogie avec la Reconquista ne doit pas être poussée trop loin. La guerre civilisationnelle du XXIe siècle est culturelle, pas civile. Et si les exactions sont nombreuses – nul ne le contestera – elles ne sauraient constituer un défi insurmontable. Notre impuissance politique est fille de la pusillanimité des élus, rien d’autre. Notre droit et nos institutions sont solides; nul besoin, donc, de convoquer la civilisation pour rétablir l’ordre ; un libéralisme autoritaire – pour parler comme Hermann Heller – suffirait. La guerre civilisationnelle est un combat culturel, métapolitique, qui ne se mène pas à coup de matraque.

Notre terre est devenue fade, neutre, politiquement et culturellement.

Troisième enseignement : le résumé qui a été opéré durant cette campagne : décivilisation = immigration + insécurité, est intenable. Laisser croire aux Français qu’en réglant la problématique migratoire et, a fortiori, celle de l’insécurité, on restaurerait la civilisation française est une imposture. Le mal civilisationnel français est ailleurs ; antérieur à l’anarchie migratoire ; postérieur à une hypothétique remigration. Éric Zemmour s’est révélé être un penseur de la démographie, dont il considère qu’elle « fait l’histoire » ; il se trompe et échoue à saisir le fait civilisationnel. En vérité, nous avons abandonné le sel chrétien de la terre de France, non seulement sa dimension spirituelle, mais son expression culturelle. Notre terre est devenue fade, neutre, politiquement et culturellement. D’ailleurs, quelle place auraient pu occuper les mœurs islamiques dans une France profondément chrétienne, à la foi et à la spiritualité vibrantes, incarnées dans une culture riche et fière de son héritage ? Non seulement la religion musulmane aurait été imprégnée de l’encens spirituel chrétien, mais surtout, les mœurs islamiques auraient séché sur pied, car coupées de leur source salafiste. Une telle France aurait pu être le berceau d’un islam spirituel, culturellement christianisé, inédit à ce jour. Tel n’a pas été le cas. Pour quelle raison ? À cause du fameux Choc des civilisations ? Mais ce choc est exogène, et il n’aurait jamais pu voir le jour sans le choc préalable, endogène, à la fois libéral et socialiste, doublement matérialiste et doublement athée, des XIXe et XXe siècles, qui nous a conduits là où nous sommes : à l’oubli de nous-mêmes. Les Français ont oublié leurs racines civilisationnelles pour se tourner vers le grand Capital, les idéaux abstraits et les cultures allogènes. « Or, ce que j’ai contre toi, écrit Jean à l’ange de l’Église d’Éphèse, c’est que tu as abandonné ton premier amour. Souviens-toi donc d’où tu es tombé… ».

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