L’hypersexualisation de la société

Personne n’a pu échapper à l’onde de choc mondiale que fut l’affaire Weinstein, et au phénomène social sans précédents de dénonciation du harcèlement sexuel sous le hashtag « metoo » devenu « balancetonporc » en France.

 

Inutile de revenir trop largement sur ce tsunami médiatique, dont les conséquences semblent être tout à fait louables : une véritable prise de conscience de la difficile condition de la femme dans le monde d’aujourd’hui, du calvaire que celles-ci peuvent vivre au quotidien, et surtout une redistribution des cartes dans le jeu de l’égalité hommes-femmes.

Mais ce que révèle par-dessus tout cette affaire, c’est l’hypersexualisation de la société, et au risque de paraître pour un conservateur rétrograde et intolérant, il faut dire que nous avons atteint sur ce point un niveau jamais atteint, dans le prolongement évident de la « libération » sexuelle des années 80, libération qui est finalement devenue une grande banalité dans notre quotidien ; « jouissons sans entraves », clamait-on alors.

Il y a des contradictions pittoresques sur lesquelles il est urgent de nous pencher avec inquiétude.

 

C’est là quelque chose de profondément contradictoire, puisque c’est objectivement cette société contemporaine débridée, banalisant le sexe à outrance et rejetant avec moqueries les valeurs chrétiennes d’amour et de chasteté, qui s’est plaint avec une extrême virulence de la situation des femmes. Cherchez l’erreur, et trouvez les coupables ! Améliorer la situation des femmes, nous l’avons dit, est plus que louable, mais s’attaquer à ces évidences alors que l’on accepte le revers de la médaille avec passivité, voire avec une joie presque malsaine, voilà qui est révélateur de profonds dysfonctionnements dans notre société occidentale moderne, présentée comme le nec plus ultra de l’histoire, comme une société idéale à la différence de l’obscurantisme qui nous aurait précédé. Il y a des contradictions pittoresques sur lesquelles il est urgent de nous pencher avec inquiétude.

Pour donner un premier exemple de cette contradiction, je commencerais par exposer ce qui m’a poussé à écrire ces lignes, c’est-à-dire la tendance à l’hypersexualisation dans le monde du cinéma. Tendance, que dis-je, fait objectif assumé par la société, au point de passer totalement inaperçu. La place du jeu amoureux dans le cinéma y a toujours eu une place centrale et ce n’est aucunement critiquable, ce qui l’est en revanche c’est que la pudeur qui entourait cet axe dans les films a progressivement disparu dans presque toutes les œuvres destinés au grand public.

 

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Il est indéniable que dans la majorité des films aujourd’hui à l’affiche – seuls les films d’animations et quelques blockbusters y échappent -, et dans presque l’intégralité des séries popularisées sur le petit écran, on ne se prive plus de mettre en avant des scènes explicitement sexuelles, sans aucune retenue, et de plus en plus souvent sans même prendre le soin de cacher quoi que ce soit ; les scènes sexuelles ont également toujours existé au cinéma, mais elles restaient rares, pudiques, elles sont aujourd’hui devenues monnaie commune, tournées perpétuellement en dérision, et la frontière entre certains films et la pornographie n’est plus qu’une mince feuille de calque.

Inutile de rappeler les controverses récurrentes en France sur la question de l’attribution des visas cinématographiques ; des scènes, pratiques et propos explicitement sexuels, par exemple, sont ouverts aux moins de douze ans, je citerais tout d’abord le film Sausage Party, pourtant film d’animation, ne tournant finalement qu’autour de cette thématique sexuelle. Pourquoi s’étonner de voir le harcèlement exploser lorsque l’on fait directement l’apologie de partouzes auprès d’enfants de 12 ans ?

Dénoncer la perversion des hommes quand on continue d’entretenir au quotidien cette perversité, voilà qui relève d’un sacré culot.   

 

Les grandes firmes du cinéma sont bien souvent aux prises avec l’association Promouvoir qui a le mérite de contester l’attribution de visas d’exploitation à certains films, en s’opposant aux limites d’âges prévues. Et pourtant, cette association est en permanence lynchée sur les réseaux sociaux, comme « proche de l’extrême-droite », comme un conglomérat de « coincés catholiques », et… mais un instant : ne sont-ce pas ces mêmes réseaux sociaux, ces mêmes personnes qui s’estiment au sommet de l’intelligence et de la vérité bien-pensante, qui se sont mobilisées en masse avec l’affaire Weinstein ? Voyons, tant de contradictions est totalement ridicule. Il faut choisir son camp ! Dénoncer la perversion des hommes quand on continue d’entretenir au quotidien cette perversité, qui plus est en allant jusqu’à moquer les rares personnes qui veulent préserver la jeunesse de cela, voilà qui relève d’un sacré culot.   

Continuons dans le cinéma, et plus largement dans la publicité. Avant la projection de n’importe quel film, il n’est plus étonnant de constater que la moitié des publicités proposées sont à connotation sexuelle. La publicité est en cela très révélatrice ces mœurs de la société. Ainsi, autre point qu’il faut relever : la société banalise, même promeut l’adultère. L’existence des sites de rencontre extra-conjugale est un fait ; à quel moment décide-t-on d’en faire la norme en affichant partout, que ce soit dans les transports, sur les façades d’immeubles ou dans les médias, une publicité encourageant l’adultère et vantant les mérites d’une plateforme en ligne conçue comme telle ?

 

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Nous le voyons aisément, les exemples ne manquent pas pour illustrer le bazar qu’est devenue notre société en se contredisant de façon aussi grossière autour du harcèlement sexuel. Ce phénomène Weinstein révèle indiscutablement l’explosion de mœurs qui assuraient pourtant un semblant d’ordre dans la société – le harcèlement n’est pas nouveau, il n’est seulement pas étonnant de le voir exploser avec une telle banalisation sexuelle -, mais ces valeurs sont malheureusement rejetées par les contemporains, au seul motif qu’elles rappellent un temps soi-disant révolu, que l’on met à l’écart pour se sentir nouveau, pour s’imaginer libéré.

Mais à force de se libérer des valeurs qui, depuis toujours, maintiennent l’ordre, vers quel genre d’anarchie se dirige-t-on ? Voici en tout cas une pittoresque affaire, et comme le disait Bossuet, « Dieu se rit des hommes qui maudissent les maux dont ils chérissent les causes » !

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josephmarmagnant@gmail.com

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