Skip to content

L’individualisme et le business

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
© Tobias Tullius – Unsplash

On attribue souvent à la révolution numérique la vertu de créer des emplois dans de nombreux domaines tout en rendant la vie des gens plus facile en connectant instantanément, par des plateformes collaboratives, l’offre et la demande.

 

 

 

Une assertion qui mérite cependant d’être nuancée. Parce que dans les faits, l’économie collaborative a souvent consisté, à travers ses multiples plateformes de mise en relation, à rendre marchand des services qui naguère étaient gratuits : vous cherchiez un stagiaire pour votre entreprise, une nounou pour garder vos enfants ou un covoitureur pour effectuer vos trajets domicile-travail, il vous suffisait, à l’échelle d’un village ou d’une petite ville de province, de le faire savoir dans les différents lieux de sociabilité qu’étaient alors l’église, la municipalité ou l’école – au besoin en laissant une annonce gratuite – pour que votre demande soit connue et satisfaite. Dans une économie à taille humaine reposant sur une sociabilité naturelle, nul besoin de faire payer les mises en relation.

Qu’il faille une plateforme pour trouver la femme de sa vie en dit long sur la détresse affective de nos sociétés et la difficulté d’y tisser des relations en profondeur.

L’essor des plateformes de mise en relation est la résultante de trois phénomènes :

– la spécialisation des tâches et notamment la technicité de certaines d’entre elles, qui correspondent à des exigences des pouvoirs publics qui imposent des mises aux normes que les particuliers ne peuvent souvent effectuer eux-mêmes,

– l’individualisme de la société qui est à la fois le fait du gigantisme de nos métropoles et la conséquence du délitement du lien social,

– la possibilité qu’offre internet d’être instantanément en relation avec quelqu’un qui peut satisfaire votre demande.

 

Lire aussi : Pierre de Lauzun : « c’est l’endettement qui transforme les crises en crises systémiques »

 

Les plateformes collaboratives ne sont pas à blâmer en soi parce qu’elles remplissent des services indispensables aux gens qui les utilisent et qui, sans elles, seraient parfois démunis. Tout comme il est normal que les professionnels qui les mettent en place puissent être rémunérés pour le service qu’ils offrent. Ce qui est désolant, c’est l’état de délabrement du lien social qui rend indispensable le recours aux plateformes pour tout type de service. Qu’il faille une plateforme pour trouver la femme de sa vie en dit long sur la détresse affective de nos sociétés et la difficulté d’y tisser des relations en profondeur. Qu’il faille une plateforme pour trouver un bricoleur à côté de chez vous en dit long sur l’individualisme qui conduit à ne plus connaître ceux qui vous entourent et donc à ignorer leurs domaines d’excellence.

C’est donc artificiellement que le PIB progresse du fait de l’économie collaborative car en rendant marchand des services naguère gratuits, on ne crée aucune richesse mais on réduit de plus en plus le domaine de la gratuité.

« L’individualisme invite à préférer à la gratuité d’antan, des échanges tarifiés qui assurent une meilleure exploitation de chaque micro-capital, qu’il soit composé de biens matériels, de compétences ou de relations » explique Pierre-Yves Gomez dans L’esprit malin du capitalisme. C’est donc artificiellement que le PIB progresse du fait de l’économie collaborative car en rendant marchand des services naguère gratuits, on ne crée aucune richesse mais on réduit de plus en plus le domaine de la gratuité.

 

Benoît Dumoulin

 

Partage

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
En Kiosque
Rejoignez-nous

Newsletter

Pin It on Pinterest