Quel bilan tirez-vous de cinq années d’Emmanuel Macron sur la question de la famille ?
Sans surprise, ce bilan est désastreux. Emmanuel Macron a poursuivi la destruction de la procréation, de la filiation et donc de la famille, peut-être davantage que François Hollande. D’abord, il a tiré les suites que nous prévoyions du Mariage pour tous avec la PMA sans père. Il a créé dans le droit une filiation fictive fondée sur la déclaration conjointe anticipée de deux femmes devant un notaire qui justifierait qu’elles puissent être inscrites comme étant les deux mères sur l’acte de naissance. Il n’était prétendument pas d’accord mais a laissé passer le rallongement de la durée légale de l’IVG à quatorze semaines, alors même que le syndicat des gynécologues et obstétriciens y était opposé – et Dieu sait que ce ne sont pas des conservateurs !
On pouvait déjà changer de sexe et de prénom, on peut désormais, avec Macron, changer de nom sur simple formulaire. En clair, on peut changer entièrement d’identité, celle-ci est déconstruite au point que l’état-civil n’est plus fiable. En fait, il a instauré le mensonge d’État pour la filiation, la procréation et l’identité des personnes. Sur la question transsexuelle, il a fait avancer l’agenda LGBT. Dans le droit français, on a davantage de mention de l’« identité de genre ». Surtout, la loi contre les thérapies de conversion pénalise parents et professionnels de santé/éducation qui tenteraient de dissuader un jeune de changer de sexe. Certes, le texte a été tempéré, mais insuffisamment. En vérité, s’il devait y avoir une loi sur le sujet, ce serait une loi qui interdit l’incitation à changer de sexe.
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Enfin, sur la GPA, quand bien même il ne l’avoue pas, il n’est pas défavorable à toute forme de GPA. En 2017 au Figaro, il disait que certains États pratiquent la GPA « de manière non-conforme à nos valeurs républicaines ». Dans son esprit, il peut donc y avoir une GPA acceptable du point de vue des valeurs républicaines. Il avance avec hypocrisie, de manière masquée. Ainsi, le président a toléré des démarches commerciales pro-GPA sur le territoire français. Surtout, il soutient et favorise des projets qui font avancer au niveau européen et international, la reconnaissance des filiations d’intention dans le cadre de la GPA, donc de fait la reconnaissance de la GPA. S’il est réélu, il est évident qu’il poursuivra son soutien au projet de reconnaissance mutuelle à Bruxelles, et le projet « Filiation/Maternité de substitution » à la conférence de La Haye. Ces projets sont des moyens de faire avancer la GPA aux niveaux européen et international, ce qui est encore pire !
Et pourtant, d’après un sondage que vous avez commandé, 24% de vos sympathisants comptent voter pour lui. Comment expliquer ce décalage ?
Il faut distinguer les proches de LMPT (24% des Français) et les très proches (8%). Les intentions de vote diffèrent sensiblement entre ces deux groupes. C’est chez les proches que Macron arrive en tête. Il y a plusieurs choses à prendre en compte. Au moment où ce sondage a été effectué, nous étions au cœur de l’« effet drapeau » lié à la guerre en Ukraine. Aussi, le taux de vote pour Macron est nettement plus bas (de 6 points à ce moment-là) que la moyenne générale des Français. Enfin, quoiqu’attachés à la famille, nos sympathisants sont aussi sensibles aux événements, à d’autres sujets, à la posture des uns et des autres. Le comble peut-être, c’est qu’il apparaît comme ayant été remarquable sur le plan économique, ce qui n’est pas vrai : c’est un illusionniste. Les très proches sont eux très clairement en faveur d’Éric Zemmour, et chez eux, Emmanuel Macron est aussi bas que Valérie Pécresse.
La France est composée de 19 millions de familles, près de 80% des Français vivent en famille. Ne jamais s’adresser aux familles est une sorte de mépris, un déni aux conséquences très lourdes
Justement, par rapport à votre dernier sondage de janvier, Valérie Pécresse est passée de 19% à 12% chez vos sympathisants. Pourquoi ?
Valérie Pécresse a multiplié les revirements : elle a changé d’avis sur la PMA sans père, n’a pas assumé ses positions passées sur la loi Taubira, etc. Ces éléments ont détourné d’elle les électeurs qui auraient pu lui accorder leur vote. Dans un entretien pour Têtu, elle a tenu des propos extrêmement choquants, en disant que l’autonomie est son ADN ou que dans les écoles à propos des questions trans, il faut faire intervenir des associations qualifiées dont on sait qu’elles sont profondément militantes. Sur LCI, elle n’a pas été capable de dire pourquoi elle était opposée à la GPA, se contentant de répondre qu’il fallait la croire à une personne qui lui demandait pourquoi il faudrait lui faire confiance dans son opposition à la GPA alors qu’elle a changé d’avis sur de nombreux sujets. Ces différentes étapes lui ont fait perdre le crédit acquis lors de la primaire, lorsqu’elle se présentait comme la « candidate des familles ». Au fond, certains se disent qu’elle est très proche de Macron et qu’il vaut mieux voter pour l’original.
Vous vous êtes entretenus avec des candidats et avez fait 80 propositions sur la famille. Quelles sont-elles dans les grandes lignes ?
Nous constatons que la gauche a une vision profonde de la société avec une doctrine et des concepts, qui vont dans le sens d’une déconstruction de la famille. Or, quand on parle famille à un politique de droite, il répond politique familiale et baisse de la fiscalité. Cette vision est incroyablement insuffisante, surtout en comparaison de ce qu’il y a en face. La France est composée de 19 millions de familles, près de 80% des Français vivent en famille. Ne jamais s’adresser aux familles est une sorte de mépris, un déni aux conséquences très lourdes.
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Nous avons donc invité les candidats à avoir une vision d’ensemble. On ne peut pas penser d’un côté la politique de la famille avec des réponses matérielles de plus en plus modestes, et de l’autre considérer la procréation et la filiation comme des sujets médicaux qui n’auraient pas de conséquences sur la famille. Tout doit être pensé ensemble pour avoir une vision cohérente et efficace, ce qui implique de prévoir un ministère de la Famille de plein exercice qui puisse prendre en compte la famille de manière transversale, puisque toutes les politiques publiques prennent en compte la famille. En clair, il faut complètement inverser notre logiciel.
De là découlent un certain nombre de propositions, qui visent à affermir la filiation, à améliorer le bien-être des couples, à respecter la liberté de conscience, à respecter le choix des parents, etc. Aussi, l’État doit arrêter de prendre sans cesse la place de la famille. On en est arrivé à un truc fou dans lequel c’est l’État qui gère la filiation d’un certain nombre d’enfants, à savoir des enfants nés d’une PMA sans père. C’est invraisemblable.
Quels sont les candidats qui ont été les plus réceptifs à cette vision ?
Tous les politiques ont été étonnés de la vision qu’on leur a exposée, et ont tous été très à l’écoute. Dans les programmes, ce sont plutôt Marine Le Pen et Éric Zemmour qui ont repris un certain nombre de propositions. Notre approche transversale a été assez largement reprise dans l’introduction du programme familial de Marine Le Pen. Auprès d’Éric Zemmour, j’ai fait valoir que pour défendre notre civilisation, il y a évidemment la question de l’immigration, mais aussi la question de la transmission, donc de la famille. Il ne l’a pas forcément repris de cette manière, mais dans ses propositions, il est celui qui va le plus loin en termes de reconstruction sociétale.
L’un des candidats perdants du congrès LR m’avait dit que parler de la famille faisait un peu « Travail, Famille, Patrie ». La droite a encore peur de telles accusations, ce qui est fou
La campagne présidentielle va bientôt prendre fin. Le thème de la famille a-t-il été assez discuté ?
Naturellement, le sujet de la famille n’a pas été suffisamment sur la table. D’abord, la crise sanitaire et la guerre en Ukraine ont considérablement changé la donne, et ont malheureusement écarté des débats de fond, ce qui est grave pour l’élection et les années à venir. Par ailleurs, il y a un problème d’inculture. Je me rappelle Xavier Bertrand sur France 2 qui avait commencé à parler de la famille et qui avait été coupé à deux reprises par Léa Salamé. Elle ne voulait pas qu’il vienne sur ce terrain. Il y a un déficit de culture sur la famille du côté des politiques mais aussi des journalistes. Lors d’un débat sur France TV face à Sandrine Rousseau, c’était la panique dès que je parlais des embryons chimères et transgéniques, qui étaient pourtant dans le texte de loi. Il faut faire un travail de fond auprès de tous les politiques de droite. L’un des candidats perdants du congrès LR m’avait dit que parler de la famille faisait un peu « Travail, Famille, Patrie ». La droite a encore peur de telles accusations, ce qui est fou quand pendant ce temps, la natalité s’écroule et la société se délite. Mais ils sont retranchés derrière des peurs dérisoires. C’est honteux et irresponsable.





