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Macron, Zemmour, Le Pen et les autres : la course de petits chevaux

La rentrée politique de septembre 2021 a été d’une intensité rare pour la droite française, l’irruption du candidat putatif Zemmour ayant partiellement rebattu les cartes d’un jeu que de nombreux observateurs croyaient pipé.

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BVA, Ipsos, IFOP, Harris, ou encore Odoxa, y sont allés de leurs sondages et baromètres annonçant le grand bouleversement politique à venir. Analysés, examinés, décortiqués de manière maniaque par les obsédés de statistiques politiques, ces sondages, s’ils peuvent être remis en question, montrent des tendances présentes dans l’électorat français ainsi que des dynamiques haussières ou baissières pour les principaux impétrants. Ne devant pas être pris à la lettre, ils constituent toutefois de bons indicateurs de l’état présent de l’opinion, de ses fluctuations comme de ses constantes.

Jamais les Français n’ont été aussi défiants à l’égard de la classe politique que sous le quinquennat Macron. Les crises ont succédé aux crises – aussi bien sociales que culturelles, sans oublier la pandémie et ses multiples conséquences –, ne cessant de creuser le fossé avec un monde politico-médiatique regroupé à Paris, où l’essentiel des administrations, du pouvoir économique et des grands médias d’informations se concentrent. Ces derniers officient désormais dans des niches idéologiques assumées confortant leurs publics respectifs – en témoigne le phénomène CNews, sorte d’envers droitier du groupe public Radio France. Pour qui n’a pas l’habitude de suivre la course de petits chevaux qu’est l’élection présidentielle telle que pensée en France, il est probablement difficile d’y voir clair dans ce déluge de sondages, d’émissions de débats, de polémiques et de déclarations définitives.

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En dehors de la question centrale de la personnalisation du fait politique, trop réduit par la triste magie de la Vème et de la société du spectacle à une querelle d’individus aux caractères bien trempés, il est possible de retenir quelques premiers enseignements de cette grosse séquence commencée à la fin du mois d’août. Revue d’effectifs.

Éric Zemmour et Marine Le Pen : la guerre à droite aura-t-elle lieu ?

L’ascension d’Éric Zemmour semble irrésistible. Porté par des sondages toujours plus favorables et la sortie de son dernier ouvrage – une somme de souvenirs correctement troussée qu’a récemment chroniquée ici Arthur de Watrigant –, l’auteur et polémiste profite de sa grande notoriété façonnée par son omniprésence médiatique lors des quinze dernières années. Qui ne connait pas Éric Zemmour ? Le journaliste du Figaro est un habitué de vos foyers. Sa puissance médiatique se retrouve d’ailleurs dans ses intentions de votes, Éric Zemmour enregistrant d’excellents sondages chez les plus de soixante-cinq ans qui sont et ont été les téléspectateurs les plus assidus des émissions dont il était la principale vedette. Déployant avec la faconde et l’aisance oratoire qu’on lui connait déjà ses thèmes favoris, à commencer par le bouleversement démographique que subit la France et la question de la place de l’islam dans l’hexagone de demain, il a su séduire une part non négligeable de l’électorat du Rassemblement national et des Républicains.

Crédité d’un score de 16,5 % dans le dernier sondage Odoxa – certainement le plus réaliste de tous –, ses électeurs sont très majoritairement des hommes plutôt aisés et âgés. Ils appartiennent assez à cette « droite hors les murs », orpheline du sarkozysme et de La Manif Pour Tous, en schématisant grossièrement. Peut-être plus libérale que le noyau dur des électeurs de Marine Le Pen, cette partie de la population adhère aussi au constat dressé d’Éric Zemmour sur la question identitaro-culturelle. Formulé avant lui par Jean-Marie Le Pen puis sa fille dans le champ de la politique électorale classique, ce thème n’est désormais plus le monopole d’un parti qui en a longtemps fait sa marque de fabrique, surtout depuis son abandon par l’UMP puis Les Républicains. Des électeurs de droite échaudés par l’expérience sarkozyste, que Sébastien Lapaque avait cruellement définie comme étant « le triomphe des beaufs obsédés par les indices boursiers » dans son pamphlet Il faut qu’il parte paru en 2008, avaient rejoint les rangs du Rassemblement national. Il semblerait qu’ils soient aujourd’hui tentés par la personnalité et la proposition d’Éric Zemmour.

Un candidat qui réunirait les qualités de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour aurait réussi cette synthèse chère à Patrick Buisson qui estimait qu’il fallait marier « la France des Gilets jaunes » à « la France de La Manif Pour Tous »

Est-ce à dire que le navire mariniste a coulé ? Non. Le sondage Odoxa place encore Marine Le Pen au second tour, dans un mouchoir de poche, certes, mais devant son principal concurrent du moment. Marine Le Pen est toujours très forte chez les plus jeunes – elle en convainc deux fois plus –, dans l’électorat féminin et surtout dans les catégories populaires. Apparaît en creux une étonnante complémentarité des électeurs potentiels de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour. Ce dernier, fort de son statut d’intellectuel organique de la droite française, est naturellement plus fort en Île-de-France et parmi les plus diplômés que sa rivale. Alors que Marine Le Pen attire en moyenne 3 à 5 % des Français les plus diplômés, Éric Zemmour en séduit toujours entre 14 et 18 %. La progression d’Éric Zemmour a été en ce sens  facilitée par la sympathie dont il jouit parmi la France de droite bourgeoise et éduquée. Reste une question en suspens : peut-il s’attaquer au noyau dur du marinisme, au socle inamovible d’électeurs qui ne se positionnent pas pour Marine Le Pen par rejet des autres candidats mais par adhésion à sa personne ?

Un candidat qui réunirait les qualités de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour aurait réussi cette synthèse chère à Patrick Buisson qui estimait qu’il fallait marier « la France des Gilets jaunes » à « la France de La Manif Pour Tous ». Aussi hypothétique que soit cette stratégie, mise à mal par l’abstentionnisme de la France populaire et son actuel rejet de la démocratie représentative, tout autant que par ses intérêts de classe, elle aurait au moins le mérite d’opposer au bloc central macroniste un autre ensemble puissant qui ne soit pas acculé dans les cordes, faute de réseaux et de relais de pouvoirs à Paris et au cœur de la France de l’intérieur. C’est un peu ce que réalisait le Front national sous François Hollande, mû par deux pôles, d’aucuns diraient deux jambes. Marion Maréchal et Florian Philippot étaient alors des cadres incontournables, largement médiatisés. Cette époque semble maintenant très lointaine. Le Rassemblement national n’a pas su sous Emmanuel Macron imprimer son discours comme il y parvenait avant mai 2017 quand il imposait l’idée populiste avant Donald Trump lui-même.

Lire aussi : Révélations : Éric Zemmour n’a pas toujours été ce qu’il est

Pas notabilisé, il n’a pas non plus su se crédibiliser totalement aux yeux des Français en dépit d’importants efforts fournis par Marine Le Pen. Il lui reste six mois pour retrouver de l’allant. Le thème du pouvoir d’achat et donc de la prospérité, bien articulé aux enjeux de civilisation, pourrait lui offrir cette possibilité. Pris ensemble, les scores de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour atteignent une masse critique de 35 %. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’écrivain se situe pile entre l’électorat LR et celui du RN, force d’attraction médiane dans le débat des droites. Cette nouvelle cartographie politique a au moins le mérite de nous proposer une équation intéressante à résoudre. Seul, le Rassemblement national devait compter sur un coup du sort pour l’emporter, sa base sociologique étant trop réduite et minoritaire dans la population française. Il était par ailleurs coincé par l’idée voulant que des majorités ponctuelles, à l’image de celle du référendum de 2005, puissent un jour constituer des majorités politiques.

Les clivages politiques traditionnels n’ont été, en effet, que partiellement dépassés par les grandes interrogations post Guerre froide causées par la globalisation – qu’il s’agisse du Grand Remplacement comme de la mondialisation économique. Droite et gauche existent toujours dans notre pays et ne peuvent être réunis qu’au centre, comme Emmanuel Macron en a fait la démonstration. En revanche, cette nouvelle offre à droite peut potentiellement permettre au bloc « national » de sortir de deux pièges historiques : l’impasse strictement populiste et l’impasse strictement droitière qui ne pourront jamais gagner en France avec le mode de scrutin en vigueur. Au terme de cette élection présidentielle, dont Emmanuel Macron est toujours le grand favori, le paysage politique français sera changé de manière aussi profonde qu’en 2017. Des « idées », nous en avons tous mais nous ne partageons pas tous le même avis quant au chemin que doit prendre la France : s’effacer ou renaître ? Gageons qu’on puisse un jour demander véritablement leur avis aux Français.

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