Marche pour la Vie : en marche vers la convergence des luttes sociales et bioéthiques

Crédit : enmarchepourlavie

Selon les organisateurs, 50 000 personnes ont défilé  cette année à la marche pour la vie édition 2019. En marche pour la vie a réussi son pari de maintenir son rassemblement en pleine séquence gilets jaune.

 

Cette année, les manifestants avaient été généreusement pourvus en foulards bleu ciel, en hommage à l’Argentine dont le sénat a rejeté la légalisation de l’avortement récemment. Le fait d’inscrire la Marche pour la Vie -et plus globalement le combat provie- dans une perspective internationale est une stratégie utilisée depuis plusieurs année par le collectif En marche pour la vie. Le débat autour des questions de société est particulièrement tendu en France, et totalement bloqué sur l’avortement. Un sénateur argentin, Mario Fiad, a fait le déplacement à Paris pour l’occasion.

 

La chosification de la matière humaine dans l’avortement, la PMA et l’euthanasie procède de la même logique que la chosification de l’ouvrier dans le licenciement et la délocalisation.

 

Dans ce contexte, montrer que le débat est permis à l’étranger permet de désinhiber les militants provie. La large majorité des français est pour l’avortement, au point de ne pas soupçonner qu’une quelconque opposition existe. Mettre en valeur les décisions prises par d’autres pays sur les questions bioéthiques crédibilise la cause provie en la sortant du théâtre français des opérations.

Plus que jamais, « La défense de la vie appelle une convergence des luttes » explique Jean-Frédéric Poisson qui a défilé dimanche. L’opposition à l’avortement est perçue comme le combat fondamental de la marche, parce qu’il a été le premier domino à tomber, précipitant la chute de toutes les barrières de la pilule à la PMA. Mais ce combat précis s’inscrit dans la volonté de lancer une vaste remise en question de l’ordre social et juridique intrinsèquement désordonné hérité de 68.

 

Lire aussi : Marche pour la vie : « On ne peut pas s’en foutre de ce que vivent les femmes »

 

Les motifs de grief susceptibles de créer une synergie avec des mouvements comme celui des gilets jaunes ne manquent pas. Le retour à un ordre plus naturel et moins technocratique dans l’administration est cohérent avec le combat pour des limites protectrices de la famille. La chosification de la matière humaine dans l’avortement, la PMA et l’euthanasie procède de la même logique que la chosification de l’ouvrier dans le licenciement et la délocalisation.

Il faut être honnête, les profils des marcheurs ce dimanche froid et gris de janvier recelaient une réelle diversité. Ils sont venus de toute la France, et si la plupart est catholique pratiquante, il n’y a pas d’homogénéité sociale en terme de revenu et de milieu. Fonctionnaires, agriculteurs, militaires discrets, assureurs, ceux qui ont défilé sont les sous-officiers du pays. Ceux qui font le pays réel. Ceux qui animent les petites villes, qui maintiennent le tissu social par leur labeur et leur politesse. Ils aspirent depuis 2013 à prendre dans le débat la place qu’ils ont dans la société.

 

 

Une contre-manifestation pathétique de 150 personnes entourées par 20 CRS  se tenait coite sur le Trocadéro. Les forces de l’ordre, d’une lassitude immense, regardaient passer la foule joyeuse et jeune d’un regard vide. Cette année encore, beaucoup d’appelés et peu d’élus en écharpe dans le cortège. Une déception qui l’est de moins en moins à mesure que le crédit de l’élection se délite. Par contre, le manque de soutien des évêques commence à énerver une partie des manifestants. Le clergé pourrait bien rapidement avoir à  se justifier de ses actes et non-actes devant leurs fidèles comme les élus face à leurs administrés.

Dans un contexte de refondation profonde du mode d’action politique et des socles idéologiques, le fait que cette manifestation ne désemplisse pas chaque année est un signe important. Celui que les militants politiques potentiels ne braderont pas leurs offices à n’importe quelles conditions et parti. Très peu de personnalités connues participent à la Marche pour la Vie, et pourtant elle rassemble. Le message passé est que le marcheur vient uniquement pour des idées. Celui qui voudra récupérer ce mouvement devra être clair et énergique.

 

 

Or, celui qui voudra rassembler les conservateurs ne pourra pas passer à côté de ce réseau et noyau de militants. Le choix de François-Xavier Bellamy pour les Européennes n’est pas fait pour rien par les Républicains, dont le chef sait très bien que sans cette frange de militants son parti se délite. Bellamy est attaqué par les médias dominants sur son opposition à l’avortement. Il n’y aura plus de seconde chance pour celui qui pliera.

Ceux qui sortiront grandis de la séquence politique actuelle seront ceux qui assumeront des convictions. Chose difficile quand la conviction est envisagée comme une orientation marketing. Le courage c’est maintenant.

Journaliste

llecomte@lincorrect.org

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