Marcus Evans : Pourquoi j’ai démissionné du centre Tavistock [2/3]

© Sylvie Perez pour L’Incorrect

Les enfants se plaignant de dysphorie de genre ont besoin d’un accompagnement psychologique, plutôt que d’être confortés dans leurs convictions et orientés hâtivement vers des traitements hormonaux.

 

Marcus Evans est psychanalyste. Il a travaillé en tant que psychothérapeute consultant et directeur associé du Service Adolescent et Adulte au Comité Tavistock and Portman. Il est l’auteur du livre Making room for Madness in Mental Health: The Psychoanalytic Understanding of Psychotic Communication.

 

Cet article a été publié dans le média anglophone Quillette et traduit pour L’Incorrect par Alfred Sibleyras

 

La question de la dysphorie de genre semble être exempte des règles traditionnelles qui régissent la médecine

 

Habituellement, les cliniciens de la NHS sont légalement tenus à la transparence à propos des effets négatifs sérieux de n’importe quel traitement prescrit. Comme à bien d’autres égards, la question de la dysphorie de genre semble être exempte des règles traditionnelles qui régissent la médecine. Beaucoup ayant été impliqués dans ce domaine ont souligné que l’on parle très peu de la réalité physique, en chair et en os, des conséquences sur la reproduction sexuelle, l’attitude générale consistant à s’en tenir à une approche abstraite du genre. 

Un clinicien interviewé par le London Times assure avoir été dissuadé d’interroger les patients sur ces questions : « Je leur demandais comment ils envisageaient leur vie sexuelle, mais mes supérieurs m’ont fait savoir qu‘il fallait  que je considère le genre comme totalement indépendant du sexe ». Pourtant, cette étape complexe de l’adolescence consiste à accepter qui l’on est, y compris notre sexe et les différents rôles que l’on devra remplir dans le cadre du processus reproductif. Il existe toutes sortes d’inquiétudes quant aux activités et au fonctionnement du corps, des inquiétudes qui peuvent être sérieuses au point de compliquer l’acceptation de notre identité.

Les études que nous avons à disposition montrent que la plupart des pré-adolescents se présentant comme transgenres finissent par revenir à une identité en accord avec leur sexe biologique.

Comme le Dr Cantor l’a remarqué, les études que nous avons à disposition montrent que la plupart des pré-adolescents se présentant comme transgenres finissent par revenir à une identité en accord avec leur sexe biologique. Cependant, beaucoup de ces enfants (ainsi que leurs parents) semblent recevoir très peu d’informations quant à la façon dont leur vie sera affectée s’ils procèdent à un changement de sexe. Comme le dit une jeune femme étant passée par ce processus : « On nous parle beaucoup du côté politique du genre, mais rien sur les réalités physiologiques que cette transition implique ».

Lorsqu’un enfant mineur souffre d’une maladie mortelle ou bien qu’il a besoin d’une opération chirurgicale, on sollicite ce qu’on appelle le « consentement éclairé » des parents avant de procéder au traitement indiqué. Il semble plus discutable de se baser sur ce consentement éclairé lorsqu’il s’agit d’interventions médicales bouleversantes concernant le sexe d’un enfant dont personne ne sait ce qu’il en pensera d’ici dix ans. Toute l’idée derrière le fait de traiter la dysphorie de genre d’un point de vue médical est de détourner le cœur du problème de l’esprit vers le corps. Or si l’enfant risque fortement d’évoluer et de changer d’avis, les interventions médicales, elles, sont irréversibles.

 

Lire aussi : Marcus Evans : Pourquoi j’ai démissionné du centre Tavistock [1/3]

 

Un effort pour taire les données allant à l’encontre de l’approche affirmative

 

Il est frappant d’observer combien certains membres du lobby pro-approche affirmative semblent être sûrs d’eux, malgré un réel manque de données et le fait que beaucoup des données dont nous disposons ne soutiennent pas leur thèse. Une étude de 2011 par exemple, montre que « les personnes transsexuelles, suite à leur changement de sexe, ont un risque considérablement plus élevé de mortalité, comportement suicidaire et morbidité psychiatrique que la population globale ». Et alors qu’un papier de 2018 étudiant l’impact des bloqueurs d’hormones concluait que « des preuves peu fiables suggèrent que les traitements hormonaux destinés aux adolescents transgenres peuvent avoir les effets physiques attendus », les auteurs ont aussi découvert que « l’on manque globalement de preuves concernant leur impact psychologique et cognitif ».

En 2016, le Centre Américain de Sécurité Sociale et de Couverture Médicale a passé en revue les études des conséquences à long terme des opérations de changement de sexe. Parmi les trente-trois études, la plupart présentaient des failles méthodologiques rendant leurs conclusions peu fiables. Et les études jugées dignes de confiance n’ont quant à elles pas réussi à démontrer qu’il existait des améliorations conséquentes du fonctionnement psychologique suite à une opération de changement de sexe.

D’ailleurs, plusieurs études ont été abandonnées prématurément en réaction à l’opposition immédiate  des lobbys pro-transgenre et de leurs alliés dans les médias.

Cela malgré le fait que certains indices suggèrent un fort parti pris en terme de financement et de publication, concernant les études en accord avec cette approche affirmative (et à l’inverse un effort pour taire les données allant à l’encontre de cette approche).

D’ailleurs, plusieurs études ont été abandonnées prématurément en réaction à l’opposition immédiate  des lobbys pro-transgenre et de leurs alliés dans les médias. En 2017, l’Université de Spa (Royaume-Uni) a refusé de prolonger les recherches entreprises par le psychothérapeute James Caspian sur des patients qui, après avoir entrepris une opération de changement de sexe, le regrettaient et souhaitaient  revenir à leur sexe de naissance. « La raison principale, dit-il, est que ces recherches auraient pu être critiquées sur les réseaux sociaux, attirant ainsi l’opprobre sur l’université. Ils ont aussi ajouté qu’il était préférable de ne froisser personne ».

Kenneth Zucker, un chercheur reconnu et praticien à la Clinique de l’Identité de Genre de l’Enfance et de la Famille de Toronto, a été licencié sans autre forme de procès en 2015, après avoir été accusé par des militants transgenres de pratiquer de la « thérapie de conversion » ou « thérapie de réorientation sexuelle ». Les déclarations de ces militants se sont avérées injustifiées, et le Centre d’Addiction et de Santé Mentale, son employeur, a dû verser 586 000 $ au Dr Zucker en guise de dédommagement (des excuses « sans réserves » lui furent également présentées pour le traitement qu’il avait reçu). Une enquête ultérieure disculpa entièrement le Professeur Zucker : il devint alors clair que les activistes demandant son renvoi étaient tout simplement furieux qu’il puisse aider les enfants à accepter leur sexe biologique avant de procéder à l’opération.

Dans son rapport au Comité Tavistock et Portman, le Dr Bell a évoqué le pourcentage élevé de patients souffrant de dysphorie de genre mais aussi d’autres problèmes complexes, tels qu’un traumatisme, de l’autisme, un passé d’abus sexuels ou des troubles de l’attention. Cette découverte est cohérente avec le corpus croissant de connaissances qui relie le développement de la dysphorie de genre à d’autres facteurs psychologiques.

Les parents craignaient que des services tels que Tavistock confortent leurs enfants dans l’idée que leurs problèmes pourraient être entièrement réglés en changeant de sexe. 

Depuis que j’ai démissionné de ma position au Tavistock, j’ai été contacté par de nombreux parents demandant conseil à propos d’enfants se considérant transgenres mais présentant aussi un ou plusieurs de ces autres symptômes. Les parents craignaient que des services tels que Tavistock confortent leurs enfants dans l’idée que leurs problèmes pourraient être entièrement réglés en changeant de sexe. 

 

Une caractéristique commune de plus en plus fréquente parmi les enfants dysphoriques est leur implication dans des groupes de discussion en ligne

 

Ils étaient aussi préoccupés par le fait que leurs enfants soient coachés par des vidéos en ligne qui leur apprennent comment passer outre n’importe quel entretien clinique et quels arguments mettre en avant pour convaincre le psychologue qu’ils souffrent d’une authentique dysphorie de genre. Une caractéristique commune de plus en plus fréquente parmi les enfants dysphoriques est leur implication dans des groupes de discussion en ligne qui nourrissent leur sentiment d’être mis à l’écart, les encouragent à considérer les voix de la modération (y compris celles de leurs parents) comme des ennemis, et qui relaient le langage sectaire des sites internet pro-anorexie et pro-suicide. Comme dans les vraies sectes, les adeptes sont encouragés à croire que tous leurs problèmes peuvent être réglés du moment qu’ils épousent un unique dogme. « Tu te sens différent de ton sexe, tu sens que tu n’es pas à ta place ? demande le site internet Transgender Heaven (Le Paradis des Transgenres). Voilà un groupe qui comprendra ton désarroi et qui peut t’offrir une identité qui fera disparaître tes doutes et te donnera le sentiment d’être à ta place ». Ou, comme un vlogger pro-transgenre l’a dit sur YouTube : « Être transgenre c’est la solution pour arrêter de se sentir comme une merde ».

« Mon expérience sur internet, ayant été influencée par cette pensée de groupe, cette surveillance morale, et cette menace constante d’être ostracisée ou exclue socialement a fait de moi une personne anxieuse et renfermée », raconte une femme « détransitionnée » en parlant de son expérience en ligne dans le milieu transgenre.

« Quiconque se trompait et m’attribuait le mauvais sexe était, selon Tumblr, un ennemi. Le moindre incident, le moindre ‘elle’, pouvait me faire haïr quelqu’un ».

« Cela m’a rendu paranoïaque, je voyais mes parents comme des gens intolérants car Tumblr me le disait ; car ils ont résisté pendant si longtemps pour m’empêcher de prendre des hormones. Quiconque se trompait et m’attribuait le mauvais sexe était, selon Tumblr, un ennemi. Le moindre incident, le moindre ‘elle’, pouvait me faire haïr quelqu’un. La conception qu’avait Tumblr de la moralité et de la justice a fait de moi une adolescente influençable et sans aucune confiance en elle, cela m’a donné l’impression de n’être en lieu sûr que dans mes pensées, car là au moins, personne ne se tromperait sur mon identité de genre ».

 

Marcus Evans 

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