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Maxime Dalle (Raskar Kapac) : au nom d’Hocquenghem

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Raskar Kapac, jeune revue littéraire trimestrielle se propose de disséquer un acteur majeur de la vie littéraire et culturelle. Le dernier était sur le japonais Mishima, le prochain sur Blaise Cendrars. Son quatrième numéro était consacré à l’écrivain et militant homosexuel Guy Hocquenghem. Pourfendeur des soixante-huitards retournés après avoir été un enragé de la barricade, romancier, poète, fondateur du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR),  mort du sida à quarante et un an, Guy Hocquenghem s’est notamment fait connaître en publiant un pamphlet mémorable en 1986, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary Club.

 

Le quatrième numéro de Raskar Kapac a été consacré à Guy Hocquenghem… Pourquoi ? 

 

Parce qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Telle une momie oubliée, il nous est apparu indispensable de l’excaver. Plus sérieusement, il y a tout chez Hocquenghem : la rébellion, la liberté, une certaine empreinte de mysticisme mais surtout une recherche ardente de vérité dénuée de toute idée de compromis ou de soumission. Hocquenghem s’opposait radicalement au conservatisme bourgeois. « Créer ou crever, à nous de choisir. » Très tôt, il se choisit un destin plutôt qu’une carrière. Dans L’amour en relief ou La colère de l’agneau (roman sur la vie de saint Jean), on relève tout de suite la sensibilité de l’artiste, de l’homme spirituel qui dépasse de loin l’engagement du militant. Et puis Hocquenghem était un pamphlétaire de talent. Il n’a pas eu peur d’étriller avec brio les renégats de Mai 68, ceux qui précisément ont troqué leur col Mao pour le Rotary club.

 

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Parlons de son pamphlet. Qui sont ces gens qui ont abandonné le Col Mao ?

 

Difficile de résumer efficacement ces dizaines de pages écrites avec cette jubilation vitriolée propre à Guy. Mais sa description du monstre est une belle synthèse :

L’ennemi dont je vais tracer ici l’affreux portrait, Protée aux cent visages, se caractérise par la seule énergie de son retournement, voulu et proclamé. Il a le nez de Glucksmann, le cigare de July, les lunettes rondes de Coluche, le bronzage de Lang, les cheveux longs de Bizot, la moustache de Debray, la chemise ouverte de BHL et la voix de Kouchner. C’est le néo-philistin fier de l’être, et qui pourtant semonce et sermonne les autres. Son nom en politique est Consensus ; sous la gauche, il s’est chargé d’effacer le pôle contestataire et toute différence entre idéologies. Non en les critiquant toutes, mais en les assemblant bout à bout. Par ce livre, je vous extirpe de ma vie et je rends le printemps d’il y a dix-huit ans à son éternelle jeunesse. 

Les cibles d’Hocquenghem se condense en ce monstre d’hypocrisies et de retournement. Guy n’a jamais supporté les injonctions morales de ces ex-révolutionnaires, nouvellement installés dans les cabinets ministériels et la grande presse d’opinion.

 

Cela ressemble à un exorcisme…

 

Un exorcisme ? Peut-être. Une prophétie certainement. Il a écrit cela trente ans avant que Michéa et Onfray n’en fasse le constat. La gauche révolutionnaire qui se commue en gauche du fric et du pouvoir. Une gauche du consensus, définitivement acquise au catéchisme libéral et au néoconservatisme américain. Et contre ces infatigables donneurs de leçons, Hocquenghem s’est senti le devoir moral de montrer leur véritable visage, de les crucifier en place publique. Car s’il y a bien une chose que Guy ne supportait pas, c’était la fourberie, la trahison et la tartufferie de ce régiment de renégats.

 

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Hocquenghem était également un militant homosexuel affirmé. Cela expliquerait son attachement à la révolution des mœurs de Mai 68 ?

 

Oui mais il est absurde de le limiter à cette caractéristique. Hocquenghem se méfiait du repli identitaire homosexuel. Pour lui, l’homme est protéiforme, possède une multiplicité de masques poreux. Il voyait en l’homosexualité, une pratique marginale, souterraine et anarchiste où pouvait éclore une contre société clandestine. « Je pense tout au contraire que la chance de l’homosexualité réside encore dans le fait qu’elle est perçue comme délinquante. » disait-il. Il s’est donc élevé aussi bien contre la normalisation et l’embourgeoisement des ex- soixante-huitards que des homosexuels. De fait, on est loin aujourd’hui des homosexualités subversives à la Jean Genet ou à la Pasolini…

 

Que représentait Mai 68 pour Guy Hocquenghem ?

 

Une grande espérance romantique. La naissance d’un nouveau monde amoureux, à rebours de l’ordre bourgeois. Hocquenghem était un vrai libertaire. Je pense qu’il voyait en Mai 68 l’occasion unique de briser les normes sexuelles et acter ainsi son refus d’assignation à toute résidence identitaire. Pour Guy, Mai 68 c’est avant tout une révolution du désir pour le désir. Lui et sa gueule d’archange aristocratique, ne faisait pas l’unanimité dans les rangs gauchistes. Trop individualiste, trop homosexuel (mal vu chez les communistes), trop créatif, trop insaisissable…

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