Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que la Ligue Professionnelle de Football se fourvoyait en cédant les droits télévisuels de la Ligue 1 à un groupe qui n’avait alors pas de média en France. L’appât du gain, la promesse d’un juteux pactole venu de Chine sut pourtant exciter la LFP. Des chaînes établies telles que Canal +, RMC Sport ou même le qatari BeIn Sports présentaient toutes des dossiers plus solides. Malheureusement, ce n’est pas la certitude d’être payés qui l’aura emporté, mais la promesse de ramasser gros, bien trop gros pour le triste spectacle souvent offert par notre championnat de football.
C’est le 29 mai 2018 que le sort du football français s’est joué, Mediapro raflant les droits de Ligue 1 pour la période 2020-2024. Alors directeur exécutif de la LFP, Didier Quillot bombait le torse en compagnie de ses lieutenants Nathalie Boy de la Tour et Mathieu Ficot. Songez donc : 1,153 milliard d’euros par an. L’affaire du siècle – surtout pour Quillot qui aurait touché un bonus de 1,5 million d’euros dans l’opération. La Ligue 1 rattrapait donc son retard, devenant le championnat aux droits télévisés les plus importants.
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Une promesse de lendemains qui chantent, de grandes aventures européennes, de stars à Rennes, Nantes, Nancy et Bordeaux. En mettant 780 millions d’euros sur la table, Mediapro a fait rêver tous les derniers de la classe qui ne remplissent pas leurs stades et jouent à l’économie en Europa League, ces cancres qui ont plombé le coefficient UEFA du football français avec des équipes qui jouent mal. Qui irait payer autant pour voir ça tous les week-ends ? Neymar, Mbappé ou Memphis Depay ne suffisent pas à rendre attractive la Ligue 1.
En février 2018, deux mois avant le lancement de l’appel d’offre par la LFP, Orient Hontai Capital devenait actionnaire majoritaire d’Imagina, groupe détenant Mediapro. Ce fonds d’investissement venu de Chine et proche du pouvoir, notamment de la mairie de Shanghai, semble capable de s’affranchir de toutes les règles. Orient Hontai Capital n’a jamais vraiment voulu la Ligue 1, mais le championnat d’Italie qui reste plus prestigieux que le nôtre.
Vendre tous nos meilleurs joueurs ne suffit pas à combler les trous visiblement !
La hausse des droits télévisés provoquée par Mediapro et les enchères asymétriques de la LFP n’ont pas été corrélées à la valeur du « produit Ligue 1 ». L’offre ridiculement faible de Canal + était d’ailleurs une réponse par l’absurde à cette course perdue d’avance. Les masques sont tombés : Mediapro était une fraude. En refusant de payer les 172 millions d’euros dus au 6 octobre au football professionnel français, Jaume Roures a démontré que les sceptiques avaient raison. Il fallait 3,5 millions d’abonnés, à 30 euros par mois pour la seule chaîne Telefoot et la seule Ligue 1, pour rentabiliser cet investissement colossal ! Ils sont à peine 400 000. Les spécialistes comme Arnaud Simon pensaient même à l’origine que le plan de Mediapro était une ruse pour dévoiler autre chose. Non, il n’y avait là rien d’autre que la bêtise et la voracité.
Durant les dix-huit mois qui ont précédé la création de la chaîne Telefoot, les spéculateurs de Mediapro ont tenté de revendre les droits acquis en 2018. N’ayant pas obtenu l’aval de l’UEFA pour les droits de la Ligue des champions, Mediapro a dû se mettre à l’œuvre dans la précipitation. Le contexte n’était pas favorable, la pandémie limitant les sources de revenus des clubs et rendant plus erratique la programmation des matchs. Les conséquences du retrait de ce conglomérat de pieds-nickelés seront terribles, tant pour le football français qu’européen, pour les clubs que pour les abonnés. Avec 870 millions d’euros de dettes, Mediapro sera dans l’incapacité de rembourser ses abonnés qui ont payé d’avance. Les souscripteurs sont au cœur de l’opération de sauvetage. Ainsi, ils pourraient bénéficier d’un transfert de leur abonnement Telefoot vers le nouveau diffuseur. Pour Canal + ou BeIn, voire les deux en association, la perspective de récupérer les 400 000 abonnés de Telefoot pourrait être un atout. Les abonnés y trouveraient aussi leur compte.
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Le problème sera évidemment d’une tout autre ampleur pour les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, déjà largement déficitaires depuis 2016 en dépit des règles strictes de la DNCG. 101 millions perdus en 2016, 176 en 2017-2018 et 160 en 2018-2019… Quant à la dernière saison, elle battra tous les records de perte sans aucun doute. Vendre tous nos meilleurs joueurs ne suffit pas à combler les trous visiblement ! Les deux clubs majeurs des années 80 qu’étaient Bordeaux et Marseille, quand des dirigeants comme Tapie ou Bez présidaient à leurs destinées, sont dans le rouge et gérés par des spéculateurs américains inexpérimentés qui comptaient sur Mediapro pour gonfler la valeur de leurs actifs en France. Loupé.
La Ligue professionnelle de football ne peut même plus emprunter, s’étant humiliée en octobre en demandant un prêt pour compenser partiellement le non-versement des 172 millions de Mediapro. Le football professionnel ne peut s’en vouloir qu’à lui-même. Les clubs méprisent depuis trop longtemps les supporters et les amateurs. Ils ont cru que leur « produit » valait une dépense de 360 euros par an. Ils ont cru que c’était possible. Ce n’était pas le cas. « Eh bien ! dansez maintenant », pourront rétorquer François Pinault, Jean-Michel Aulas et Canal + aux clubs professionnels qui devront faire face seuls à la crise.





