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Événement : Houellebecq chez les royalistes

Hier soir, l’Action Française recevait dans ses locaux historiques le prince des écrivains français. Récit d’une soirée mémorable.

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Dans une salle bondée, l’écrivain commença par justifier la rareté de ses entretiens par la médiocrité qu’il estimait la sienne dans cet exercice, avant de démontrer le contraire pendant presque deux heures durant lesquelles l’auteur de Sérotonine répondit à toutes les questions qu’on lui posa sans esquive, avec profondeur et mordant, et ces raccourcis lumineux et caustiques qui le caractérisent. Se réclamant de Balzac, Baudelaire, saint Paul et Dostoïevski, d’une littérature authentique et « qui brûle » contre les faiseurs ou les tenants de l’art pour l’art, Houellebecq a jugé devant un public acquis à ce genre de déclaration que la Révolution avait été « une catastrophe », tout en suspectant que les débuts de la décadence devaient dater de la Renaissance, et plus certainement encore de la Réforme. À ce sujet, il avoua lire avec grand plaisir les textes de Joseph de Maistre sur la question. En dehors du génial Savoisien, l’écrivain répéta ne pas spécialement apprécier les écrivains préférés de la droite, ou qui avaient pu frayer avec l’école maurassienne, hormis le Brasillach des Poèmes de Fresnes, ce qui démontrerait, assura-t-il l’œil pétillant, qu’il est inspirant pour les écrivains que d’être condamnés à mort.

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La religion, « même merdique », indispensable au bonheur humain

Sur le terrain politique, sa défense de la démocratie directe et du RIC réclamé par les Gilets jaunes se voit tempérée par le constat qu’il arrive aux peuples d’errer sur certaines questions, faisant référence à l’euthanasie, contre la légalisation de laquelle Houellebecq s’est exprimé de nombreuses fois avec virulence, et qu’un référendum pourrait très bien ratifier. Il serait donc nécessaire, selon lui, qu’un pouvoir spirituel encadre la volonté populaire. Le fait qu’une religion soit indispensable au bonheur humain, d’ailleurs, « même merdique », précisa l’auteur de Soumission pourtant quant à lui spirituellement indécis, est une évidence contre laquelle se sera écrasée le communisme. Quant aux nouvelles polémiques suscitées à son encontre ces derniers mois, l’écrivain les pense engendrées par une gauche devenue d’autant plus agressive qu’elle se rend compte qu’elle est en train de tout perdre, tandis qu’elle se montrait davantage tolérante vingt ans plus tôt avec des écrivains de droite qu’elle tenait alors pour « des exceptions pittoresques », ne menaçant d’aucune manière son hégémonie.

Un enfant bossu ayant vieilli par mégarde, à la fois timide et espiègle, parfois foudroyant, voilà à quoi ressemblait le prince des écrivains français, hier soir, parmi les royalistes, qui ne démérita pas de sa couronne.

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