Michel Mujica, ambassadeur du Venezuela en France : « Nous sommes une épine dans le jardin latino-américain ».

@Capture RT / L'Incorrect

Depuis la réélection contestée de Nicolas Maduro à la tête de l’Etat venezuelien, Juan Guaido tente sans succès de renverser le pouvoir en place avec l’appui d’une partie de l’opinion publique et des grandes puissances occidentales.

Tandis que ce dernier tente de rallier les fonctionnaires du pays, voici un entretien exclusif avec Michel Mujica, ambassadeur de la République Vénézuélienne à Paris.

 

Plusieurs pays ont décidé d’appuyer Juan Gauidó contre Nicolás Maduro. Pensez-vous que cette décision soit conforme au droit international ?

 

Le Vénézuéla défend l’idée que chaque État est souverain, suivant la Charte des Nations-Unies. Que je sache, le président du Vénézuéla est Nicolas Maduro, le continuateur de l’œuvre de Hugo Chávez. Notre Président défend les intérêts de notre pays et non les intérêts d’autres pays.

 

 

Nous sommes une épine dans le jardin latino-américain, le géant du nord ne respecte pas notre autodétermination.
Cela s’appelle la doctrine Monroe. La tentative de coup d’État est une honte, le « seigneur Guaidó » a dit promptement à ses maîtres qu’il permettra leur entrée dans les projets pétroliers vénézuéliens, mais est-ce que cela surprend ?  

 

La France a une tradition diplomatique gaulliste, respectueuse de la souveraineté de tous les États. où est cette France?

 

J’aimerais bien le savoir. Pour nous, et pour beaucoup d’autres pays, le suivisme européen vis-à-vis des positions américaines continue à surprendre. Toute l’Amérique Latine se souvient du discours de Charles de Gaulle au Mexique. Beaucoup de générations latino-américaines ont regardé la France avec espoir, comme un bouclier contre les exactions arrogantes des autres.

 

J’ai toujours regardé la France comme un possible vecteur de ce monde pluriel, respectueux des différences de chacun. 

 

On aurait pu penser que la France allait se concentrer sur ses affaires intérieures, la crise des « Gilets Jaunes » par exemple. En revanche, je tiens à saluer la position italienne, autonome face au diktat bruxellois. 

 

Nicolas Maduro a dit récemment que le Vénézuéla se battait pour la pluralité contre le pensée unique libérale : peut-on encore être socialiste au XXIème siècle ?

 

Le socialisme est hétérogène, celui du XIXème n’est pas le même du XXème, ni celui du XXIème. Le socialisme est une idée dialectique, non une rigidité intemporelle. Même dans les siècles mentionnés, il y a eu des manières différentes de comprendre et vivre le socialisme.
Il est vrai que le Vénézuéla est parmi les nations qui veulent un monde véritablement pluriel, nos différences sont nos forces.

 

 

Les États-Unis veulent un monde à leur image, depuis toujours. Est-ce que le Moyen-Orient va mieux avec leur interventionnisme? Probablement pas. Devons-nous abandonner nos langues au seul profit de l’anglais ? Je ne le crois pas. J’ai toujours regardé la France comme un possible vecteur de ce monde pluriel, respectueux des différences de chacun. 

 

Quel message adresseriez-vous  au peuple français?

 

Je sais que beaucoup de Français ne sont pas d’accord avec la position de leur gouvernement. Je l’ai entendu de personnes de gauche, de droite et du centre! L’amitié entre nos deux nations est longue et profonde, nous partageons notre latinité et nous nous reconnaissons dans l’émancipation de l’humanité et le combat pour un monde plus juste et plus fraternel.

 

 

Le peuple français est un peuple formidable, son rôle dans l’émancipation universelle est incontestable. Chers camarades, chers amis, vive la France et vive le Vénézuéla !

Alphonse Moura est géopolitologue, maître en Sciences Politiques et Relations Internationales.

moura@lincorrect.fr

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