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Notre représentation du monde

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© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Le coronavirus a finalement remis les choses à l’heure pour qui sait regarder l’horloge nouvelle qu’il a disposée au beau milieu de la vie de chacun. Aujourd’hui, c’est l’heure du chaos et des lignes directrices qui se fracassent, personne n’ayant su prévoir ce qui allait arriver et chacun étant défait dans ses analyses d’une façon ou d’une autre.

 

Ceux qui prévoyaient la catastrophe, ceux qui se seront le moins trompés, imaginaient une nouvelle peste, ou une sorte de grippe espagnole, pas un rhume de l’enfer à peine plus létal que la grippe de base, mais dont la contagiosité aura sauf à déborder l’Occident presque en son entier comme l’aurait effectivement fait la Peste si nous avions été tels que nous l’imaginions: un continent solide et fort, les maîtres du monde, en d’autres termes la civilisation. Ceux qui invoquaient la « grippette », le « beaucoup de bruit pour rien », la catastrophe impossible, ont été rincés, car la « grippette » est ravageuse, elle tue en nombre, y compris les Chinois dont le bilan officiel semble largement illusoire, de telle sorte que l’on doive probablement le multiplier par dix.

 

C’est que nous avons trop vécu a priori, selon la certitude des probabilités, et en pensant que le monde que nous observions était le monde et pas notre représentation du monde, pour le dire comme Schopenhauer l’écrit dès la magistrale première phrase de son tube philosophique : « Le monde comme volonté et comme représentation ».

 

Quoique même de tout cela, on ne sache encore rien. Le coronavirus nous réserve peut-être quelques surprises, comme celle de perdurer par delà les saisons habituelles à sa famille de virus, ou d’infecter à nouveau ceux qui, déjà frappés, penseraient en être immunisés. On ne peut non plus complètement infirmer une sorte d’effet loupe, un concours de circonstances psychosomatiques à l’origine de cette catastrophe sanitaire. Tucydide lorsqu’il décrit la peste qui frappa Athènes remarque que les mois qui précédèrent l’épidémie furent pauvres en maladies, livrant au fléau venu d’Ethiopie nombre de proies qui lui permirent de s’étendre.

Le virus chinois aurait-il à son tour raflé ceux qu’une épidémie de grippe relativement douce avait jusqu’alors épargnés? En d’autres termes, la catastrophe est-elle là ou est-elle simplement présente parce que présente médiatiquement, hypertrophiée par l’oculaire des infos en continu ? Sans doute s’agit-il un peu des deux ; toujours est-il que personne n’en sait rien et que tous auront tort et raison dans un avenir plus ou moins proche. Le virus a cassé la pendule, pour nous renvoyer à notre ignorance qui, afin de se tromper encore, se gargarise de courbes, de statistiques ne voulant plus rien dire à force de manquer de cadre ; toute lecture raisonnable, sinon rationnelle, étant interdite de fait par les dimensions exponentielles des paramètres à prendre en compte.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Juste du courage

 

Ce que nous regardons-là, c’est la perspective du chaos, les aiguilles dérangées d’un monde sans gravité, en tentant de faire un travail d’historien sur le présent – donc un travail impossible. C’est que nous avons trop vécu a priori, selon la certitude des probabilités, et en pensant que le monde que nous observions était le monde et pas notre représentation du monde, pour le dire comme Schopenhauer l’écrit dès la magistrale première phrase de son tube philosophique : « Le monde comme volonté et comme représentation ».

 

Rémi Lélian

 
 
 

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