Juan Branco : « Nous serons probablement demain l’un et l’autre des ennemis principiels »

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Juan Branco, l’ancien candidat insoumis aux législatives en Seine-Saint-Denis, est aujourd’hui lancé contre la macronie triomphante de mai 2017. « Séparés, ils frappaient ensemble », dit un jour Léon Trotsky. Au-delà des excès et de la grandiloquence, rencontre en exclusivité avec un insider de la société du spectacle, avant la parution de l’entretien complet dans notre prochain numéro.

 

Rendez-vous était donné au fameux café de Flore, repaire historique de l’intelligentsia parisienne, antre de cette élite mondialisé honnie par ces Gilets Jaunes qui défrayent l’actualité depuis le début du mois de novembre 2018. Déjà attablé en terrasse, Juan Branco apparaissait la tête coiffée d’une chapka blanche lui donnant des airs d’anarchiste serbe des années 1900, prêt à deviser de son livre contre le système Macron (Crépuscule) et plus généralement de la situation pré-révolutionnaire qui embrase aujourd’hui la France comme l’ensemble du monde occidental.

 

« Le système gouverne mal mais se défend bien », pourrait-on affirmer en paraphrasant une citation célèbre de Marc Bloch, comme doit certainement le croire Benjamin Griveaux. On vous a, par exemple, reproché d’avoir « outé » Gabriel Attal, manière subtile de délégitimer vos révélations en les salissant. Un procédé classique consistant à utiliser le levier du politiquement correct pour disqualifier les opposants. Qu’avez-vous à dire là-dessus ?

 

 

Évidemment. Je vais même aller plus loin : je n’avais pas du tout envisagé que la question de son orientation sexuelle puisse devenir l’enjeu de ma communication. Je considère assez naturellement, de par mon parcours et mon implication profonde sur ces questions, que je connais très bien et que j’ai longuement travaillé, que l’homosexualité est devenue un fait naturel dans la société depuis que le mariage homosexuel a été légalisé, et que la stratégie de la communauté LGBT en rapport à l’homophobie doit s’adapter pour mettre en acte cette naturalité présupposée.

 

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Cette orientation sexuelle étant institutionnalisée, la question de sa révélation dans l’espace public ne doit plus se poser. J’ajoute que, outre le fait qu’ils évoluent dans un milieu social extrêmement protecteur à cet égard – ce qui rend toute comparaison avec la situation d’un membre de la communauté LGBT lambda pas même absurde, mais contre-signifiante – Messieurs Séjourné et Attal étaient pacsés.

 

Leur relation officielle, était de facto exposée à travers l’un de ces procédés insupportables qui ont cours au sein de la petite élite parisienne, qui parsème ses écrits de motifs codés – le terme « proche » par exemple, utilisé pour signifier en couple – afin de maintenir une asymétrie du rapport à l’information entre les « sachants » et le peuple que rien ne justifie en un espace démocratique.

 

« J’ai été, naïvement peut-être, ahuri que l’on ait cherché à instrumentaliser cet élément pour masquer l’exposition de graves faits de népotisme et de dévoiement démocratiques que je menais.» Juan Branco

 

J’insiste sur cette idée : j’ai été, naïvement peut-être, ahuri que l’on ait pu penser que c’était l’objectif de ma révélation, ou plutôt qu’on ait cherché à instrumentaliser cet élément pour masquer l’exposition de graves faits de népotisme et de dévoiement démocratiques que je menais, et qui étaient d’évidence la seule raison de ma communication.

 

La France Insoumise semble ne pas pouvoir traduire politiquement les grands mouvements de l’époque. Dans un entretien accordé à Atlantico, Emmanuel Todd affirme que l’idée nationale, qui est selon lui au cœur des Gilets Jaunes, ne peut pas être prise en main par les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon : « Il y a une généralité occidentale de la prise en charge de l’aspiration nationale par la droite, avec Trump et le Brexit par exemple. » Cela vous inquiète ?

 

Je ne suis pas inquiet. La société a sorti ses entrailles et laisse les forces vives se mesurer et se confronter. Nous serons par exemple demain probablement l’un et l’autre des ennemis principiels. Et je m’en réjouis : je vais enfin pouvoir me confronter à vous, à vos présupposés que je considère malsains, et par la force de l’idée et du rapport social, engager une bataille qui n’aura plus rien à voir avec les arrangements oligarchiques qui ont jusqu’ici présidé. C’est infiniment plus risqué, et je mesure les dangers d’une confrontation dont vous pourriez sortir victorieux, les immenses pertes que cela susciterait.

 

« Notre seul lien, le sens et la raison de cet entretien, c’est celui-là : la nécessité de retrouver une arène où confronter des idées étouffées, et remettre en selle un rapport au politique et au pays qui s’est complètement effondré. » Juan Branco

 

Mais je sais aussi le champ de ruines existentiel dans lequel nous nous trouvons, le besoin de réinstaurer un rapport de confrontation appuyé sur les idées et non l’intérêt. Notre lien, notre seul lien, le sens et la raison de cet entretien, c’est celui-là : la nécessité de retrouver une arène où confronter des idées étouffées, et remettre en selle un rapport au politique et au pays qui s’est complètement effondré. Je ne crois pas que demain vous dominerez : la pensée incarnée par les mouvements qui s’expriment généralement en ce journal n’est pas assez élaborée, gratuite, ancrée pour cela.

 

A ce titre, je ne crois pas que nous serons en confrontation directe. Mais ce qui est certain, c’est que s’ouvre une période lors de laquelle l’enjeu va être de sortir le politique du système de prébendes, en lequel se construisaient des vies confortables, éloignées des intérêts des gens puisque directement nourries aux mamelles de l’oligarchie qui s’installe en tout potentat. 

 

Entretien complet à découvrir dans le prochain numéro de L’Incorrect.

 

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grobin@lincorrect.org

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