Où en sont les Républicains ?

Réunion publique des Républicains à Belfort, 2018

La vie des Républicains n’est plus un long fleuve tranquille. Depuis l’échec de François Fillon au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, le grand parti de droite ayant succédé à l’UMP est devenu un petit parti. Naguère acteurs, les Républicains semblent désormais les spectateurs impuissants d’une vie politique française de plus en plus organisée autour du duopole opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen.

 

Les Républicains ont raté le coche dès mai 2017. Une partie de ses forces vives a d’abord été aspirée par Emmanuel Macron qui, sachant habilement mêler un libéralisme de façade à un autoritarisme d’opérette, a emporté de nombreux cadres et espoirs de la droite à la suite du 18 Brumaire du centrisme qu’il a pensé et mené à bien. L’erreur de Wauquiez fut alors de croire que Marine Le Pen allait s’effondrer dans la foulée de son second tour face à Emmanuel Macron. Une erreur majeure d’analyse l’a donc poussé à aller « à droite toute », sans jamais pouvoir l’assumer, et surtout sans avoir la possibilité d’incarner ce virage. Les Républicains tentent donc désormais un pénible rétropédalage vers le centre, officialisant le nouveau statut de ce parti, proche de celui d’un autre grand mammifère fossilisé appelé Parti socialiste : devenir un parti de maires sans ambitions nationales réelles.

L’erreur de Wauquiez fut alors de croire que Marine Le Pen allait s’effondrer dans la foulée de son second tour face à Emmanuel Macron.

Personne ne meurt jamais vraiment en politique, nous objectera-t-on. Mais quand les instincts des grands fauves cèdent la place aux calculs des animaux domestiques repus et gavés, il est souvent trop tard. La petite polémique autour du personnage Erik Tegnér est d’ailleurs un énième révélateur d’un parti qui ne sait plus vraiment où il se trouve. Interrogé sur l’éventualité de l’exclusion du jeune homme, Julien Aubert a ainsi déclaré :

 

« Non. Je ne pense pas qu’il faille exclure pour des idées. On a tout à fait le droit d’être aux Républicains et d’être favorable à des alliances, que ce soit avec le Rassemblement national ou avec la République En Marche. Il faut punir les actes et non les propos. Je pense par exemple au fait de se retrouver sur une liste d’alliance. J’ai eu Christian Jacob au téléphone, il n’avait pas en tête d’exclure Erik Tegnér mais de le suspendre. Il déplore ses critiques récurrentes du parti dans les grands médias, alors même que ses interventions sont décomptées de notre temps de parole. On part donc sur une suspension et non une exclusion. Dont acte. J’attends de voir ».

 

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Une initiative personnelle du député du Lot Aurélien Pradié ? Comme pour donner des gages à la direction de son parti, Erik Tegnér tenait des propos très durs à l’encontre du Rassemblement national le même jour. Des propos tenant d’une sorte de doxa thatcherienne qui a tant réussi à … François Fillon. L’ « union des droites » qu’Erik Tegnér tente péniblement de promouvoir semble donc un vœu pieux dans un parti dont les diverses composantes semblent avoir tant de peines à s’unir, en dépit de départs nombreux dans la majorité et au Rassemblement national aux dernières élections européennes.

« Je ne pense pas qu’il faille exclure pour des idées. On a tout à fait le droit d’être aux Républicains et d’être favorable à des alliances, que ce soit avec le Rassemblement national ou avec la République En Marche. Il faut punir les actes et non les propos ». Julien Aubert

Julien Aubert juge d’ailleurs que l’union des droites est « une expression très floue » : « On parle de quoi ? Les interprétations varient. Pour certains, ce serait avec le Rassemblement national. Pour d’autres, sans. Moi je vous le dis clairement, si l’union des droites c’est tous derrière Marine Le Pen à l’élection présidentielle, ce sera sans moi. Je ne souhaite pas qu’elle soit présidente. Il faut un projet mené par un candidat qui soit représentatif de toutes les tendances, et non point une addition de points de vues qui pourraient être et sont contradictoires. » Des propos qui sonnent un peu creux à l’heure où le Rassemblement national est incontournable, central dans la vie politique française et d’une résilience à toute épreuve.

 

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Un peu comme si les Républicains n’arrivaient pas à faire le deuil de leur gloire passée, pensant pouvoir rassembler le peuple derrière le panache blanc de Christian Jacob… Au fond, les Républicains sont déjà ralliés à Emmanuel Macron et l’ont intériorisé. C’est ce que nous disait, du moins, en « off » un autre membre important du parti : 
« On est entrés dans une phase d’épuration qui doit permettre au parti d’être Macron-compatible. D’aucuns jugent que nous ne sommes plus capables de gagner seuls et qu’il faut refaire le RPR-UDF avec LREM. C’est l’idée des chiraquiens, de Baroin. Les barons dans la cinquantaine et dans la soixantaine pensent qu’ils seront trop vieux dans sept ans si Macron gagne en 2022. Ils ont peur pour leurs régions, à l’image de Renaud Muselier dans le sud-est ou Roetner dans le Grand Est. Ils ont peur pour leurs circonscriptions. Des gens comme Estrosi ou Moudenc seront réélus avec le soutien d’En Marche dans leurs municipalités. S’ils perdent aujourd’hui, ils sont foutus pour toujours ! Ils vont donc initier le grand mouvement ! »
On est entrés dans une phase d’épuration qui doit permettre au parti d’être Macron-compatible. Un cadre de LR

Voilà qui clarifierait les enjeux et le paysage politique français : les Républicains seront bientôt en marche pour garder leurs postes.

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grobin@lincorrect.org

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