On croit connaître Marie-Madeleine : elle échappe à toutes les tentatives. Est-elle Marie la Magdaléenne, venue de la ville de Magdala, ou Marie « la Tour » (migdal en hébreu), la Grande, l’Intangible ? On sait que Jésus (selon saint Luc) la délivra de sept démons. Est-elle pour autant confondue avec Marie de Béthanie (sœur de Lazare), avec la prostituée repentie, présente chez Simon le Pharisien, et avec la femme qui, chez Simon le Lépreux, oignit Jésus d’un parfum coûteux et lui essuya les pieds avec ses cheveux ? La tradition de l’Église n’est pas univoque à ce sujet.
Ce que l’on sait, c’est que Marie-Madeleine était au pied de la Croix avec la Sainte Vierge et deux autres femmes, qu’elle fut le premier témoin de la Résurrection du Christ, et qu’une légende populaire la fait accoster, avec Marie Salomé et Marie, mère de Jacques, sur nos côtes méditerranéennes, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, justement. Selon cette version, elle serait enterrée à Saint-Maximin, au pied de la Sainte-Baume (et aurait bien de la chance).
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La tradition populaire en a fait l’idéal de la pécheresse repentie, grande amoureuse, qui avait littéralement le diable au corps. Éclairée par la charité, elle utilisa sa nature de feu pour faire le bien, avec le même enthousiasme et la même abnégation. Un tableau de La Tour la représente, dans une attitude à la fois chaste et séduisante, à la lumière – évidemment – d’une bougie.
Les imbéciles qui considèrent que la foi catholique se contente de mépriser et de crucifier la chair n’ont rien compris : elle lui donne, au contraire, son sens véritable, celui de ne pas faire de son ventre son dieu, comme dit saint Paul. Les mêmes disent que le christianisme fait une fixation névrotique sur la sexualité, qu’il condamnerait aveuglément et d’une manière démesurée : alors pourquoi Marie-Madeleine fut-elle au pied de la Croix malgré son passé, et la première à voir Jésus ressuscité ? Bien au contraire, il n’est pas interdit de penser, avec Dante, que les péchés de chair sont les moins punis, parce qu’il vaut parfois mieux pécher par excès que de traîner un petit cœur sec sur les chemins du salut. À ce titre, Marie-Madeleine l’excessive, l’amoureuse, telle qu’elle nous est présentée, est celle qui passe de la luxure à la charité avec la même fougue et la même indifférence au jugement social.
On connaît cette blague de curé : quand Marie-Madeleine monta aux cieux, les chœurs des anges chantèrent bien plus fort que pour 99 justes
On connaît cette blague de curé : quand Marie-Madeleine monta aux cieux, les chœurs des anges chantèrent bien plus fort que pour 99 justes. Jalouse de cette fiesta céleste, une vierge, au bord de l’escalier du paradis, se tourna vers une autre et lui dit : « Eh bah, si j’avais su ! » Marie-Madeleine est l’exemple de la miséricorde en actes. Jean-Jacques Goldman avouait avoir « une tendresse particulière / pour ces filles qui n’ont pas de manières ». Il ne pensait peut-être pas à Marie-Madeleine, mais il sentait probablement, lui aussi, qu’il serait beaucoup pardonné à celles qui ont beaucoup aimé. Que son souvenir nous éclaire la prochaine fois que nous condamnerons, comme des petits-bourgeois, telle ou telle fille pas vraiment sainte, parce que nous sommes capitalistes jusque dans le slip, et que nous considérons la chasteté comme un capital.





