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Encore plus désiré que Miss Monde au Macumba Night de Maubeuge, l’arbitrage vidéo débarque sur le rectangle vert flanqué de son cortège de panégyristes progressistes. Ils nous promettaient une révolution, on ne voit qu’un début de déconstruction.
En notre lamentable époque, l’exultation est un plaisir aussi rare que précieux. Nonobstant le statut de bovin dégénéré que lui a depuis longtemps assigné la presse germanopratine, le supporter de football figure parmi les êtres qui éprouvent encore régulièrement cette joie pure, instinctive, et – osons le mot – mystique. Plus que le point au tennis, le panier au basketball ou même l’essai au rugby, le but constitue le moment paroxystique du match. Ce qui le consacre, c’est sa rareté. Lorsque le ballon fait trembler les filets et que l’arbitre, dans la même fraction de seconde, indique le point central, le supporter sait immédiatement qu’il peut se briser les cordes vocales et entrer dans un état d’agitation incontrôlée, sans que rien ni personne ne puisse troubler l’épanchement sonore de son trop-plein d’adrénaline. Certes, le supporter n’a pas le monopole de cette furieuse agitation des sens: sur la pelouse, le joueur peut l’éprouver lui aussi – à moins qu’il ne fasse partie de la triste engeance des footballeurs blasés, ceux qui ne sont là que pour faire le job et se dispensent arrogamment de fêter cet événement si futile, et pourtant si précieux qu’est le but. Le 8 mai dernier, après avoir marqué face aux Herbiers, Kylian Mbappé court comme un dératé sur la pelouse du Stade de France pour aller se jeter dans les bras de son ami Presnel Kimpembé. Un but de raccroc, celui du 2 à 0, qui vient sceller les espoirs du modeste club vendéen. Un but pourtant, un but quand même, un moment de joie intense et candide.
Jusqu’à présent, la vidéo a donné lieu à d’interminables débats presque à chaque fois qu’elle a été employée.
Les joueurs sont prêts à reprendre la partie quand, soudain, l’arbitre trace dans l’air un rectangle de ses doigts, puis s’en va regarder un petit écran jouxtant le banc des délégués. En mondiovision, le spectateur ébahi s’apprête à contempler la marche du divin Progrès. Réclamée à cor et à cri par les diffuseurs, quémandée depuis quinze ans par presque tout ce que la France compte de journalistes sportifs, la vidéo va parler. La VAR – acronyme barbare de Video Assistant Referee – est en effet utilisée cette année lors de certains matchs des coupes nationales à titre expérimental. Il faut d’ailleurs croire que l’expérience s’avère concluante, car le procédé sera étendu aux rencontres de Ligue 1 dès la saison prochaine. Et qu’importe si jusqu’à présent, la vidéo a donné lieu à d’interminables débats presque à chaque fois qu’elle a été employée : les thuriféraires de ce merveilleux outil ont décrété que s’il ne réglerait pas tous les problèmes, il éteindrait néanmoins neuf polémiques sur dix. C’est ce que nous verrons.
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Avec cet appel à la vidéo, M. Lesage se retrouve sous les feux de la critique. Il décide d’annuler le but pour une faute de main de Marquinhos, en amont de l’action de jeu. Les salles de presse se déchaînent, les réseaux sociaux s’enflamment, les experts crient à l’incompétence : la main était-elle vraiment intentionnelle ? N’est-elle pas elle-même précédée d’un accrochage de Joachim Eickmayer sur le défenseur parisien ? Ne faut-il point alors refuser le but (pour la main) et siffler un pénalty (pour l’accrochage) ? Auquel cas, quelle sera la sanction infligée au fautif, coupable d’avoir anéanti une occasion de but manifeste sans jamais avoir été en mesure de jouer le ballon? S’il avait suivi cette logique, l’arbitre aurait dû exclure le milieu de terrain des Herbiers, au risque d’être – là encore – descendu en flèche, cette fois pour sa prétendue « insensibilité » ou son « manque de psychologie » vis-à-vis du club amateur.
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Après une longue attente qui a ruiné le rythme, M. Lesage annule le but. Le jeu reprend par un coup-franc pour les Vendéens. Grand contempteur des hommes en noir devant l’Éternel, le journaliste Pierre Menès gazouille illico: « Donner la vidéo à un nul. Y main (sic) de Marquinhos mais dans ce cas y a peno ». Avec son habituelle virulence et sa vulgarité proverbiale, Menès endosse le costume de porte-parole d’une grande partie de ses collègues. Pour eux, si l’outil ne fonctionne pas, c’est forcément la faute de celui qui le manipule. Or admettre l’assistance vidéo dans un sport ou chaque contact, chaque duel est sujet à l’interprétation de chacun, c’est générer une arborescence de décisions possibles à chaque instant – et de ce fait démultiplier les interminables palabres d’après-match que l’on prétend par ailleurs éradiquer. Passée l’euphorie des débuts, la VAR ne fait cependant plus l’unanimité. L’attrait pour la nouveauté laisse peu à peu la place aux doutes et aux critiques. D’aucuns continuent de porter la technologie en étendard au nom de la justice ; mais de quelle justice s’agit-il? Une justice de comptables, une justice de chambre de commerce. Les arguments sont toujours les mêmes: d’une part l’importance des « enjeux » – entendez par là des enjeux financiers – qui ne peuvent être suspendus aux décisions d’individus faillibles, et d’autre part l’exigence de suivre le sens de l’Histoire. Au nom de cet hégélianisme faisandé, combien de fois Michel Platini a-t-il été qualifié d’infâme réactionnaire, du temps où il rechignait à céder aux saintes lumières du progrès technique ? D’autres amoureux du ballon rond s’inquiètent. Ils veulent voir perdurer l’émotion inhérente au spectacle footballistique, émotion aujourd’hui mise en péril par l’assistance vidéo. Ils refusent de retenir leur joie lorsque les filets tremblent, pour finalement pousser un soupir de soulagement – ou de frustration – après la décision finale des hommes en noir.
Voilà plus d’un an que la VAR est utilisée, à divers niveaux, sur les terrains de France et d’Europe. En un an, elle a réussi à dégoûter nombre de ses plus fervents partisans. Gageons que la dynamique se poursuivra. Dans les stades de football, la réaction a de beaux jours devant elle.
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