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Qui veut la peau de Nicolás Maduro?

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Crédit : @DR

Le dernier 4 août Nicolás Maduro fut la cible d’un attentat. Est-ce une faute? N’est-il pas un dictateur maléfique qui écrase son peuple et piétine le droit? Les bonnes âmes affirment cela avec un zèle touchant mais la situation – comme souvent – est bien plus nébuleuse et notre mission est d’aller au fond des choses, déserter la surface car elle est toujours mensongère et simplificatrice. Le gouvernement vénézuélien a déjà pointé les coupables, l’ultra-droite colombienne. Pour saisir la pertinence de cette dénonciation il faut analyser le trio suivant – Caracas, Bogotá et Washington DC.

 

Trump, peu soucieux des liens internationaux de son pays, a demandé successivement pourquoi les États-Unis ne pouvaient pas simplement envahir le Vénézuéla pour faire du regime change. Le président américain est un pragmatique, il fait une distinction nette entre le Moyen-Orient et les Amériques, sa connaissance géographique guide ses pas et il comprend très bien que l’empire américain ne peut pas, ne doit pas, ignorer les puissances qui se meuvent dans le Croissant fertile. Le Nouveau Monde est une tout autre histoire, là, fidèle à la Doctrine Monroe, Trump n’accepte pas une mise en cause quelconque sur la suprématie indiscutable de sa nation.

Apparaît la Colombie. Un état allié des États-Unis dans la région, très critique envers Caracas, l’antagonisme entre les deux pays remonte au XIXème et à une séparation turbulente. Souvenez-vous qu’après la vague décolonisatrice qui bouleversa les Amériques s’est formé un état que les historiens appellent aujourd’hui Grande Colombie (pour la différencier de la Colombie actuelle). Cet état comportait la Colombie, le Panama, l’Équateur, et le Vénézuéla actuels. La coupure de 1999 avec la révolution bolivarienne jeta les deux frères en positions diamétralement opposées. Le pays de Juan Manuel Santos (président sortant) et Iván Duque (président actuel) est proche de Washington, celui de Nicolás Maduro continue le chemin établi après ladite révolution.

 

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Ce qu’il faut reconnaître, pour rester dans l’honnêteté, c’est que la bataille eschatologique entre le socialisme et le capitalisme est réductrice, chaque camp utilise une rhétorique pavlovienne, puérile, hystérique. Revenons au faits. L’Union Soviétique n’existe plus, mais la Russie reste attachée à l’indépendance vénézuélienne et aux problèmes que cela pose à la thalassocratie calviniste. Les respectables capitalistes disent que le chaos senti par le gouvernement de Maduro a une explication claire, l’appauvrissement provoqué par les mesures socialistes. Pendant que ça marchait beaucoup mieux avec Hugo Chávez ils restaient plus prudents, plus silencieux. Ce qu’ils ne vous avoueront jamais c’est que les mesures prises par el comandante presidente sont partiellement semblables au distributisme du pape Léon XIII et de Chesterton. L’essentialisation du socialisme est un leurre.

En 2013 Jérôme Guedj caressait les média avec ses 50 nuances de socialisme, expression pleine de sens, le socialisme est tout sauf monolithique. Le socialisme barrésien de Marine le Pen, le socialisme trotskiste d’Olivier Besancenot, le socialisme rocardien d’Emmanuel Macron, le socialisme fasciste de Drieu la Rochelle, le socialisme saint-simonien de Clémentine Autain ou le socialisme anarchique de Bakounine. Tous socialismes. Tous différents et identifiables. 50 nuances peut-être pas, mais nuances il y en a. Ni tout le socialisme est social et ni tout le social est forcément socialiste.

 

La résistance vendéenne face aux exigences républicaines et la cruauté des laïcistes espagnols contre les religieux démontrent que le socialisme et le catholicisme étaient des ennemis presque métaphysiques

 

Les Européens connaissent mal les Amériques et connaissent très mal l’Amérique Latine. Ils appliquent une grille de lecture européenne au socialisme, notamment basée sur les expériences française et espagnole. La résistance vendéenne face aux exigences républicaines et la cruauté des laïcistes espagnols contre les religieux démontrent que le socialisme et le catholicisme étaient des ennemis presque métaphysiques. En revanche la situation américaine a parfois été témoin d’une union entre catholiques et socialistes contre le pouvoir de l’argent, contre l’individualisme, contre le libéralisme, imposés par les forces protestantes.

L’empire étasunien n’est pas meilleur ou pire que les empires d’antan, commander requiert une bonne dose de flexibilité, comme dirait Machiavel, la politique n’est pas morale ni immorale, elle est simplement amorale; l’oublier déchaîne des guerres épouvantables et interminables, purificatrices et existentialistes, cataclysmiques et apocalyptiques. La question provoquée par la tentative d’assassinat est explicite. Veut-on défendre un monde westphalien ou veut-on trouver une nouvelle ossature aux relations internationales?

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Ceux qui veulent la peau de Maduro ont voulu aussi la peau d’Assad, l’amélioration du monde dans l’absence des deux hommes reste à prouver, nos hérauts des lendemains paisibles devraient purger leur hargne et affiler leurs esprits, rouvrir les livres qu’ils ont lus il y a longtemps, pensant avoir tout compris. Ils s’apercevraient qu’un dictateur n’est pas un tyran, malgré la souffrance que cela pourra causer à la pensée unique et au politiquement correct. Soyons logocrates, restituons aux mots leur dignité et rejetons la simplification abêtissante et les synonymes fallacieux.

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